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L’usage du thé. Une histoire sensible du bout du monde

Lucie Azema est l’auteure de « Les femmes aussi sont du voyage » qui a remporté un grand succès. Elle fait part à nouveau de son goût du voyage, de la découverte d’autres civilisations et de son sens aigu de l’observation de la vie des habitants des différents pays visités. Rien de mieux que l’histoire du thé pour emmener le lecteur en Chine, dans les steppes d’Asie Centrale et les mers du globe à la rencontre de nombreux personnages : conteurs, caravaniers, botanistes, cueilleuses… « Le thé est une boisson en mouvement qui avance de l’Orient vers l’Occident, à rebours des grandes vagues de voyage de l’histoire ». Ce bel ouvrage, avec une couveture en tissu, est illustré de photographies de Lucie Azema, dans les tons sépia, sur les paysages, les villes et l’art de boire le thé. Une première partie est consacrée aux « errances » du thé. Puis ce seront les « escales », l’apprentissage des étapes. Et enfin la troisième partie décrira les « ancrages ». Quelles ont été les routes du thé ? Sur la route, le thé a coexisté avec de nombreuses autres matières précieuses. Tout d’abord le thé avait sa propre route, le long des contreforts de l’Himalaya, à l’époque de la dynastie Tang ( 618-907). Quels ont été les « vagabonds du thé » ? Les routes de la soie et du thé ont attiré les grandes voyageuses, Alexandra David-Néel, Ella Maillart et Jane Dieulafoy. Mais il y avait aussi des espions, trafiquants… La vie de Lu Yu, orphelin, est une belle démonstration d’une errance réussie d’un moine élevant le thé au rang d’art à part entière. Une autre aventurière, Susie Carson Rijnhart, décrit les caravanes de milliers de yacks chargés de thé. À partir du XVIIe siècle, la marine est très impliqué, en témoigne la première course de thé. Au XVIIIe siècle, c’est la grande époque des botanistes, dont l’anglais Robert Fortune qui s’est déguisé pour voler des plants de thé. Il utilisa pour les transporter la fameuse caisse de Ward. Tout au long de cet ouvrage, Lucie Azema fait preuve d’une grande érudition, sur le plan historique, ethnographique, linguistique, sociologique et culturel. Le lecteur va prendre un grand plaisir dans l’exploration des lieux immobiles, des lieux où l’on peut faire halte et apprécier une délicieuse tasse de thé parfumée, autrefois dans des caravansérails décrits par Pierre Loti et dans des « maisons de thé » où rodait le personnage le fantôme du mollah Nasreddine. Dans ses descriptions des paysages et de l’art de vivre, se révèle son amour de l’Iran. « Lors de la visite d’une mosquée… j’étais comme emportée ». Sa rencontre avec une Iranienne, devenue une amie, va lui démontrer que « le thé est un langage ». Chaque pays a son esprit du thé, ayant mis au point une dégustation avec des codes très précis. Ainsi au Japon, le thé se déguste dans « une chambre de thé » afin de marquer une rupture avec le monde extérieur, alors qu’en Inde le thé ne se déguste pas dans le silence. Marquée par un souvenir d’enfance, l’auteure avait pris une résolution : « répandre l’esprit du thé et en faire l’œuvre de ma vie ». «  Le thé, bu aussi noir que la nuit, constitue la clé de voûte de mon territoire, ma continuité dans l’espace et le temps : mon allié dans la déchirure, dans les ruptures de l’existence, dans les trébuchements du cœur ». Cet ouvrage passionnant, d’une très belle écriture et d’une grande sensibilité, montre que Lucie Azema a pleinement réussi à nous faire partager « l’esprit du thé ».

Lucie Azema, Flammarion

5/5
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