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Seuls dans l’Univers. De la diversité des mondes à l’unicité de la vie

Cet ouvrage peut surprendre car il va vraiment à contre-courant de l’idée généralement admise par presque tous les humains de cette planète à savoir que la Terre est une planète comme les milliards de planètes qui tournent autour de leur soleil, dans notre galaxie et dans les autres. Même Épicure parlait déjà de « la pluralité des mondes », sous-entendu habités, suivi par Giordano Bruno, puis les scientifiques au cours des siècles. Et aujourd’hui, l’auteur précise que « la question « Sommes-nous seuls dans l’Univers ? » ne s’est jamais trouvée menacée d’une réponse scientifique négative. » Sans se décourager, Jean-Pierre Bibring va nous entraîner à travers une série de considérations qui vont apporter une confirmation de son hypothèse, la Terre est unique et la vie aussi. Même à l’époque pas si lointaine où nous ne connaissions que très peu de planètes, la Terre apparaissait comme vraiment différente avec ses océans, ses nuages et son atmosphère, depuis 1995 les exoplanètes ne semblent pas révéler une jumelle de la Terre. Ces arguments sont trop faibles pour convaincre le lecteur, l’auteur ne manque pas d’arguments forts qui vont être développés dans les différents chapitres. Il faut noter que beaucoup de ces arguments n’auraient pas pu être évoqués avant les nombreuses découvertes majeures liées souvent aux engins d’exploration spatiale. Deux exemples. Ce sont les analyses des échantillons lunaires rapportés par Luna 24 et Apollo qui ont convaincu les scientifiques que la Lune est issue d’une monstrueuse collision d’un objet aussi gros que Mars avec la Terre. Cet événement a totalement changé le destin de la Terre et sans doute aussi de la vie. Sans violer les lois de la dynamique, il est difficile d’imaginer que cette collision n’a pas été le fruit du hasard. Deuxième exemple : la découverte des exoplanètes, en particulier de leur système planétaire, a obligé de revoir complètement le modèle décrivant notre système solaire et en particulier les migrations planétaires oubliées. Cela a conduit à mieux comprendre, entre autres, comment la Terre a reçu toute son eau. L’idée principale du livre est bien étayée aussi par l’étude détaillée de la formation des planètes à partir du très jeune Soleil où l’on constate que leur évolution va être façonnée par des milliers de transitions, de bifurcations totalement aléatoires, profondément exceptionnels, infiniment improbables. « Ce que le hasard recouvre ne requiert ni dessein ni architecte. Il traduit l’immensité des possibilités ouvertes… » Cela vaut bien sûr aussi pour la Terre qui de ce point de vue n’est pas une exception, elle a simplement eu de la « chance ». La seconde partie du livre est intitulé « Unicité de la vie », l’auteur y consacre 7 autres chapitres. Un beau chapitre est consacré à l’aventure Rosetta et Philae (à laquelle l’auteur a participé) et les apports importants de cette mission. Elle a en particulier montré que le noyau cométaire est surtout constitué de carbone et non de glace comme on le croyait. De nombreux composés organiques complexes ont été détectés. Cela conduit aux deux chapitres interrogatifs suivants, « Le vivant : une origine extraterrestre ? » et « La vie aurait-elle des principes ? ». Suivent le chapitre sur l’évolution du vivant et celui intitulé « Le vivant : un concours unique de contingences ! ». Dans ces chapitres, l’auteur fait le tour des hypothèses existantes pour nous convaincre que la vie est unique et n’a trouvé de conditions favorables que sur la Terre.
Dans la conclusion, l’auteur résume les fondements de sa conviction par cette phrase : « Le hasard … relève d’un traitement parfaitement classique traduisant une double réalité : celle d’une part du « chaos » reflétant la sensibilité à la précision des conditions initiales… ; celle d’autre part de l’immensité du champ des possibles ouverts séquentiellement à chaque étape de l’évolution ; immensité que nous ne pouvons maîtriser, et qui dépasse le nombre pourtant extraordinairement élevé de planètes dans l’Univers observable. ». Si l’Univers était infini, comme le pensait Giordano Bruno, la probabilité d’une deuxième Terre serait non nulle. L’Univers n’est pas infini si on admet que la théorie du Big bang est valide et que l’Univers est donc daté, mais nous devons ici comparer deux nombres énormes comportant des dizaines de zéros. Jean-Pierre Bibring a clairement choisi le premier. Au lecteur de juger. Il n’est pas facile d’aller à contre-courant des idées reçues. Ce livre apporte une contribution intéressante au débat et il sera donc très utile de le lire pour en juger. En hors-texte de très belles photos en couleur et des figures.

Jean-Pierre Bibring, Odile Jacob

5/5
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