Philippe Pinczon du Sel, Delachaux et Niestlé
En plus d’être un ingénieur d’études au CNRS, Philippe Pinczon du Sel, est passionné d’exploration spatiale, et également, surtout, un « bénédictin » contemporain. En effet, il a inventorié l’ensemble des objets, matériels ou non que l’humanité a disséminé dans l’espace depuis la fin de la 2nde guerre mondiale. Un inventaire, non pas un tableau triste, lassant et sans fin d’une base de données mais un inventaire vivant où chaque objet se trouvé inséré, connecté à une histoire humaine, celle des projets et des hommes et femmes qui en étaient les participants. C’est donc toute cette histoire et celle des technologies employées qui sont exposées quelle que soit la nationalité de cette histoire : chinoise, états-unienne, européenne, indienne, japonaise, russe. L’iconographie est fabuleuse : de l’ordre de 180 pages et 380 photos en couleur dont certaines pleine page prises depuis l’espace ou depuis les laboratoires et ateliers. Il y a aussi de nombreux schémas explicatifs des processus de mise en orbite ou d’atterrissage sans compter les tableaux de données consultables en ligne moyennant QR codes.
Au titre des lancements satellitaires, ce sont plus de 20 000 satellites lancés ayant généré 140 millions de débris sources de danger d’abord pour les autres satellites. Au titre des missions interplanétaires ce sont près de 1 250 tonnes de matériel dispersés dans l’espace et sur les objets célestes, représentant de l’ordre de 5 000 débris. Ces derniers chiffres sont relativement modestes en comparaison du premier et ne posent pas les mêmes prises de risques que les premiers. Cependant, ils ne manqueront pas de pouvoir présenter des occasions de rencontre pour les futurs astronautes : certes l’espace est grand mais tous les sites où ils se trouvent sont les plus faciles d’accès, ils seront, n’en doutons pas, à nouveau visités. C’est sur ces objets que l’auteur concentre son propos.
L’ouvrage présente un premier chapitre court sur la nature et le nombre des débris, un second à peine plus long sur les lancements interplanétaires, un troisième sur les techniques des missions planétaires et leurs phases successivement orbitales puis d’atterrissages. Les deux chapitres suivants sont les plus fournis, l’un sur les objets techniques laissés par les missions et le dernier sur les objets insolites envoyés sur les objets célestes ou dans l’espace. Le catalogue des débris est alors foisonnant de diversité et d’originalité. Les objets techniques vont ainsi des sacs de déchets aux simples boulons en passant par des tôles, des boucliers thermiques, des parachutes, des câbles, des caméras, des pastilles de plutonium à haute activité radioactive etc. Les objets insolites vont des messages visuels (photos de famille, médailles commémoratives etc.) aux urnes funéraires et aux messages numériques sur supports matériels ou électromagnétiques…
Derrière cette quête de nos débris, se cachent les premiers jalons d’une archéologie de l’espace encore à naître: pour les archéologues d’aujourd’hui. Les poubelles de nos anciens sont riches d’enseignements pour les archéologues et les historiens futurs de l’espace. Ce travail de l’auteur est comme un connecteur entre objets et textes pour nos héritiers qui auront eux aussi besoin de comprendre pourquoi et comment nous avons voulu aller dans l’espace.
Et pour le lecteur d’aujourd’hui c’est une histoire contemporaine de la conquête spatiale, vive et dense, passionnée, par le menu détail, par la technique, par l’image.





