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La fable du centaure. Un voyage initiatique

Après avoir rédigé sa thèse en philosophie « Penser l’hybride », Gabrielle Halpern l’a transformée en un essai « Tous centaures » (Le Pommier), puis s’est lancée un défi, choisir la BD «objet hybride par excellence» pour arriver à l’essentiel sur l’hybridation. «Je suis amphibien, un centaure(…). Je suis partagé entre deux moitiés ». La citation de Primo Levi est une très bonne introduction à la fable de cette bande dessinée. Une jeune centaure, Gabrielle, a pour père, un cheval et pour mère une humaine. Les grand-parents sont bien perplexes ! Ils pensent que leurs enfants ont donné naissance à un monstre ! Le récit est très vivant, sous forme de dialogues, chacun défendant son point de vue : «Nous sommes tous des hybrides et c’est grâce à cela qu’on a survécu pendant des millénaires ». Didier Petetin fait preuve d’une grande créativité. Ses dessins sont super drôles, parfois tellement expressifs qu’ils se substituent au texte. Plus grande, comme tout son entourage lui dit qu’elle est anormale, « Ta place est à l’écurie », Gabrielle décide de partir pour savoir de quel monde elle fait partie. Elle va rencontrer entre autres un centaure partisan de la fusion, un caméléon qui suit le mouvement car dans le business, un être déstructuré qui a fait le choix de la juxtaposition, une sculptrice qui marie des matériaux qui vont se recombiner, un blob intelligent pour qui il n’y a pas d’identité, uniquement de la métamorphose et qui alerte sur la trop grande homogénéité dans les groupes d’humain. Gabrielle Halpern livre de nombreuses réflexions autour de la science, la vérité scientifique, la soif de connaissance, les modes de recherches. « Que ce soit en biologie, en chimie ou en physique, ce thème de l’hybridation est d’une richesse extraordinaire. Les sciences ont tant à nous apprendre ». Elle dénonce le manque d’hybridation par exemple entre le Conseil scientifique et les cabinets ministériels et, sur un sujet d’actualité, les maisons de retraite éloignées des musées, salles de sport, crèches … qui devraient être des « tiers-lieux », lieux de « jubilation » et d’ hybridation des générations et des activités. De retour chez ses parents, Gabrielle raconte qu’elle a constaté que l’« hybridation est une chance pour les individus, les entreprises et les institutions publiques, comme pour la société. nous rend meilleurs, moins intolérants, moins dogmatiques, plus humbles ». « L’hybridation, conception de la vie et projet de société est la grande tendance du monde qui vient ». Si l’on veut arriver à quelque chose de créatif, il faut croiser des mondes, des disciplines, des usages, des matériaux. Pour innover, il faut hybrider ! Une BD « science » originale et géniale qui tout en étant pleine d’humour, nous fait faire « un voyage initiatique » sur les perspectives d’avenir positives offertes par l’hybridation.

Gabrielle Halpern, Ill. Didier Petetin, humenSciences (ComicScience)

5/5
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