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Stupeur

Imaginez une jeune fille, en 1906, qui vit à New York. Elle vit avec sa mère sage- femme, son père a été déclaré disparu à la guerre. Prudence Galewski écrit son journal où elle raconte, au fil des jours, qu’elle se sent bien différente des filles qui l’entourent. Elle s’ennuie à l’école de filles, elle aimerait tant apprendre et avoir plus tard un emploi sérieux. Observatrice, elle se pose beaucoup de questions sur l’invisible, le biologique. Comment, ayant vu un schéma dans « Scientific American », les cellules composent-elles un visage ou une autre forme ? Elle aimerait vivre une aventure comme celle de Mr Peary l’explorateur polaire dont elle a vu le film ! Elle a un entretien pour travailler au département de la santé et de l’hygiène. Elle doit taper un texte à la machine (décrite par un croquis). Elle va découvrir ce qu’est un laboratoire. En écoutant Mr Soper, épidémiologiste, lui parler d’expériences, d’observations au microscope, elle eut le sentiment « qu’une porte s’était entrouverte … sur un monde nouveau ». Mais sa mère est contre ce travail : « Il n’y a pas de place pour une femme dans les sciences ». Devenue assistante, Prudence comprend qu’il est essentiel de rechercher comment a démarré la fièvre typhoïde. Ils vont visiter des familles, cherchant des preuves dans la nourriture, portant les échantillons au laboratoire. Elle fait ainsi l’apprentissage de la démarche scientifique. Observant des vers sur le sol, elle réalise qu’une créature vivante peut vivre dans une autre et s’en repaître. Cela expliquerait comment une cuisinière transmet la typhoïde à toute la famille. La vision des bactéries au microscope (dessin) lui donna envie de « voir le monde plus en profondeur ». Prudence va se plonger dans les livres pour découvrir les grands scientifiques comme Pasteur. Cela ne l’empêche pas de se sentir seule, réfléchissant aux différences entre les hommes et les femmes, à son attirance pour son chef : « Si nous sommes destinés à vivre ensemble, pourquoi nos relations sont-elles si compliquées ? ». Elle se pose aussi des questions d’éthique. Est-il juste d’arrêter une personne pour la mettre en quarantaine du fait qu’elle est « porteur sain », une découverte importante pour comprendre la diffusion de la maladie. Sa rencontre avec une femme médecin sera déterminante car la Dr Baker pense qu’elle ferait une très bonne docteure ! Comme le dit l’auteure, Julie Chibarro, « Écrire une fiction de la réalité n’est pas une mince affaire. En faisant le lien entre des documents auxquels on peut se fier ou non, un écrivain doit tirer sa propre interprétation de l’histoire ». Ce récit est une grande réussite ! Le lecteur s’attache à cette héroïne qui a envie de découvrir le monde et suit avec beaucoup d’intérêt la genèse d’une découverte scientifique importante, celle de « porteur sain ».

Julie Chibbaro, Ill. Jean-Marc Superville Sovak, lucca éditions

5/5
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