Antonio Damasio, Odile Jacob (Sciences)
Antonio Damasio, scientifique de renommée mondiale, est professeur de neurosciences, de neurologie, de psychologie et de philosophie à l’Université du sud à Los Angeles et auteur de plusieurs best-sellers mondiaux. Nous sommes des organismes dotés d’esprits. Que veut dire « avoir un esprit » ? Cela désigne « la présentation d’images mentales générées par un système nerveux ». Les images mentales représentent des acteurs et des actions. Dans l’esprit de chacun se déroule « le plus grand show auquel on puisse assister sur Terre ». Nous ressentons des sentiments qui sont de deux sortes : homéostatiques servant à la régulation de la vie et émotionnels. Les sentiments homéostatiques sont les héros de ce livre « ils sont en réalité responsables de la conscience ». Dans cet ouvrage, Alain Damasio présente les problèmes qu’ils ont tentés de résoudre. Qu’est-ce que la conscience ? Comment se construit-elle ? A quels signes reconnait-on qu’elle est présente ? « Cet ouvrage est né d’une conviction : « Je crois qu’il est possible d’expliquer de manière convaincante comment la conscience est fabriquée et ce qu’elle apporte à l’humanité ». Il donne cette définition de la conscience : « le processus biologique qui permet à chacun de faire l’expérience de sa vie individuelle… La conscience nous permet de sentir (sense) que nous sommes en vie, que nous existons ». Au fil du livre, il va expliquer la machinerie biologique qui sous-tend ce processus de la conscience. Et il va justifier cette affirmation : « la conscience est une conséquence directe des sentiments homéostatiques ». En quoi l’esprit humain est-il différent ? Il possède une capacité créative comme le montre bien la création de la musique. Mais il y a aussi le côté négatif, aujourd’hui augmenté par l’intelligence artificielle (IA). Il est indispensable d’« éclairer les mécanismes sous-jacents à l’esprit conscient ». Pour cela, Antonio Damasio explique comment l’intelligence naturelle à introduit la conscience dans les organismes vivants et les « conséquences » sur le fait d’être conscients. Il s’appuie sur des découvertes scientifiques récentes et sur plusieurs disciplines : la philosophie, la psychologie, la biologie, la neurologie clinique et les neurosciences. Sa première définition est complétée par celle-ci : « la conscience est un processus biologique qui permet aux organismes dotés d’un système nerveux de découvrir à la fois leur propre existence et l’existence d’un univers environnant ». La conscience et l’esprit sont deux processus distincts. La conscience est au service de l’esprit. L’auteur répond à deux questions : Dans la première partie « Générer la conscience », comment la conscience est-elle fabriquée ? Les processus mentaux à l’œuvre derrière l’« esprit » sont de différentes natures : l’esprit sensible qui produit les sentiments homéostatiques ( la régulation de la vie est appelée « homéostasie ») ; l’esprit « perceptif » et un troisième « l’esprit réflexif/ linguistique » pour se remémorer et réfléchir. Les contributions coordonnées de ces trois processus créent l’« esprit coordonné ». Les « sentiments d’existence » sont très importants dans le processus d’esprit sensible. Pour bien comprendre ce qu’est la conscience, il faut connaitre « les mécanismes par lesquels les sentiments homéostatiques sont fabriqués par une coopération bien organisée entre le corps et le cerveau ». Pourquoi une explication satisfaisante n’a-t-elle pas été fournie jusqu’à présent ? Il n’a pas été pris en compte que les sentiments homéostatiques détectent les ajustements nécessaires au bon fonctionnement de la vie dans l’organisme. « Privés des sentiments et de la conscience pour guider le processus de vie, des organismes comme les nôtres deviendraient ingouvernables ». Toute la chorégraphie, dont celle des molécules qui mènent à l’ «intéroception » est une pure merveille. Dans la deuxième partie « Au cœur des mécanismes », comment la conscience affecte-t-elle ceux qui en sont dotés ? Comment l’intéroception et ses mécanismes biologiques produisent des sentiments homéostatiques ? Et comment ils parviennent à rendre conscients également les processus mentaux intégrés ? Dans la troisième partie, « Maintenant que nous savons » il est fait une comparaison entre la conscience et les processus de détection chez les bactéries et les plantes qui leur permettent de survivre en l’absence de conscience. Sont abordés aussi les conséquences sociales de la conscience pour les humains et pour l’IA. Il ne manque pas de parler de tous ceux qui ont apporté des contributions. Dans la quatrième partie « Réflexion après coup », il fait part de ses réflexions sur la signification de l’intelligence naturelle et sr l’apparition et l’expansion de la conscience. « N’est-il pas déjà incroyable que, mus par cette pression insistante, nous soyons parvenus à approcher au moins une petite partie du mystère- la fabrication de la conscience- et à la résoudre ? ». Quelle belle réussite de médiation scientifique ! Pour répondre à des questions sur la nature et la fabrication de la conscience, Antonio Damasio, soucieux d’expliquer clairement les mécanismes à l’œuvre, permet au grand public d’accéder aux dernières recherches définissant la conscience comme « le processus biologique qui permet à chacun de faire l’expérience de sa vie individuelle ». Un ouvrage essentiel et passionnant !






