Jean-Pierre Luminet, Bouquins éditions (La collection)
Avec Les origines du monde, Jean-Pierre Luminet marche sur les pas de bien de ses prédécesseurs. Ainsi, comme le dit l’un d’eux, Charles Wolff en 1886: « Je me propose de résumer, aussi brièvement que possible, les différentes hypothèses d’ordre purement scientifique, par lesquelles les Astronomes et les Philosophes ont essayé, à diverses époques, d’expliquer le mode de formation des astres qui composent l’Univers. » Aux différences près toutefois, que le propos de l’auteur est à la fois beaucoup plus vaste scientifiquement, qu’il le dépasse très largement puisqu’il traite également des récits fondateurs de très nombreux peuples et qu’il envisage aussi les transformations littéraires de ces questions. En effet, les écrivains de diverses époques se sont saisis, avec leurs propres règles, de ces questions toujours présentes : mais d’où venons-nous, où allons-nous ?
De résumé, il ne saurait en être question car c’est une véritable encyclopédie de l’histoire de la cosmologie en 1 000 pages que nous propose l’ouvrage. Le parti pris du livre est de présenter chaque sujet ou thème par une courte introduction de l’auteur et un large choix de textes produits par les peuples et les scientifiques ou écrivains de toutes les époques et cultures. Une première partie – Les mythes de la création – nous fait voyager en 13 chapitres sur tous les continents habités dans un dessein ethnographique d’ensemble. Les grandes civilisations ne sont pas oubliées mais les mineures non plus : sibériennes, indiennes nord-américaines, océaniennes, africaines. Deux grandes parties sensiblement égales suivent – Premières cosmogonies scientifiques & Cosmologie moderne – la première démarre avec l’Antiquité, Platon, Aristote et Lucrèce, poursuit avec Descartes, Leibniz et Newton pour se continuer au XVIIIe avec Kant, Buffon, Laplace et se terminer au XIXe avec Arrhenius, Poincaré et Moreux ; la seconde commence avec Einstein, puis Friedmann, Lemaître, de Sitter, Gamow et se termine avec Rovelli. Cette énumération n’est pas exhaustive et ce sont 31 auteurs dont les écrits majeurs sont cités. La dernière partie – Cosmogonie littéraire – s’appuie sur plus de vingt textes littéraires, épopées ou poèmes en vers ou en prose, transcriptions des récits mythiques ou scientifiques précédemment exposés.
Dans toutes ces parties, le lecteur peut prendre connaissance des idées développées dans leurs contextes scientifiques et culturels dans les textes originaux et comprendre comment les nouveaux concepts et idées peuvent s’introduire et s’imposer. Cette lecture oblige à une gymnastique intellectuelle passionnante pour apprécier au plus juste la difficulté de ces progrès. En effet, certains propos, pris dans notre contexte savant actuel, pourraient nous sembler désuets voire naïfs alors qu’ils ne sont que la trace de la difficulté à trouver une voie à des concepts très novateurs. Mais c’est aussi un grand plaisir de suivre les propos des uns et des autres car leur langue en est toujours belle et bien tournée. La quatrième partie, littéraire donc, est remarquable à cet égard et il est rafraîchissant de voir le rêve et l’art poétique fleurir sur les concepts scientifiques progressivement introduits. Et c’est aussi en tous les cas, une rencontre avec des humanistes de talent.
Un livre de référence, à lire à la demande, pour comprendre finement l’histoire des idées sur le cosmos dans une perspective largement humaine mobilisant toutes ses dimensions scientifiques, philosophiques, littéraires et cultuelles. Un livre rare donc de par ces multiples perspectives.






