Blanche Sabbah, Ill. Blanche Sabbah, Dargaud (BD)
Blanche Sabbah, féministe convaincue et militante pour le climat, a déjà démontré son talent de scénariste pour présenter ses idées sur la place des femmes dans les bandes dessinées « Mythes et Meufs » et « Histoire de France au féminin ». Elle invite les lecteurs à suivre le destin de femmes à la grande personnalité dans une saga médiévale en six volumes dont la principale héroïne est Kin d’Ebénite, héritière du royaume. Le titre « La cité des dames » est inspiré de l’œuvre de Christine de Pisan, écrite au XV° siècle, qui témoigne d’une volonté de résistance au patriarcat et aux dominations malheureusement toujours actuelles. Par ses dessins, Blanche Sabbah immerge le lecteur dans le Moyen-Age, reconstituant avec précision la vie à cette époque, en particulier l’architecture et les costumes des personnages et donnant vie à leur ressenti au fil des événements. Le père de Kin, veut lui choisir un époux. Mais Kin qui rêve de s’affranchir du joug paternel, veut faire son choix elle-même. Elle ira jusqu’à entrainer à la mort un de ses prétendants en lui lançant un dangereux défi ! Lors d’un grand banquet en son honneur, Baldwin, fils d’un sénéchal, fait la connaissance d’Agar, ménestrelle. A la princesse Kin qui est révoltée de ne pas pouvoir aller à l’université de Lorian, Baldwin lui répond « C’est le lot des femmes » ! Et Kin « Quand ton père et le mien auront décidé de mon destin, n’hésitez pas à me le faire savoir ! ». Dans le royaume d’Ydrid, on s’inquiète de la mort de la reine de Lorian, des plaies anciennes pourraient se rouvrir… Le roi annonce son remariage avec Maëlle Kraft, les Kraft « cette caste de magiciens », et il déshérite sa fille, la princesse Mahaut, exilée dans un couvent, comme sa mère avant elle. La situation des femmes est très dure entre les mariages forcés, les répudiations, les viols et les accusations de sorcellerie… Baldwin raconte son enfance pauvre et comment il est pour lui incroyable de parler à la fille d’un duc ! Amoureux, Kin et Baldwin rêvent à leur avenir « A la capitale nous pourrons œuvrer ensemble pour que les femmes ne succombent plus sous les coups ou sur le bûcher » et ajoute Baldwin : « et que le peuple n’est pas à choisir entre la famine et la potence ». Au couvent la princesse Mahaut doit racheter le péché de sa mère. Agar avoue à Kin que ses parents l’ont payée pour la surveiller, elle est étonnée des connaissances du corps humain acquises par Kin dans les livres… On parle de nouvelle croisade… Agar violée par l’oncle du roi, l’attaque… elle a pris des risques énormes. La mère de Kin la félicite d’avoir « manœuvré comme une vraie politicienne » en assurant une protection à Agar. Au couvent, la mère supérieure avertit les religieuses de se méfier des canins qui vont venir. Mahaut est très inquiète, elle a des visions. Accusée de sorcellerie, elle est sauvée au détriment d’une autre religieuse sacrifiée. En fait elle est « presciente », elle possède l’un des douze dons de la déesse, ses visions sont des bribes du futur. Kin raconte à Baldwin, étudiant à l’université, « en cherchant des sorcières, je ne tombe que sur des destins de femmes exceptionnelles ! » et cite le texte particulièrement subversif d’une philosophesse : « combien de femmes on peut voir par la faute d’un mari cruel user leur malheureuse vie dans les chaînes du mariage… elle affirme que rien n’est impossible à une femme intelligente ni la politique ni la guerre » ! Kin réaffirme que mariée à Baldwin ; « nous aurons tout le loisir de mettre en place une version de cette « cité des dames ». Quelle sera le destin de Kin ?
Dans cette saga médiévale, Blanche Sabbah, utilise les codes de l’héroïc-fantasy à sa manière, celle d’une féministe qui à travers l’héroïne, dénonce les maux toujours actuels de la société, pour rêver à une « Cité des dames » où enfin les femmes seraient respectées et libres d’exercer leurs talents.






