Jours de sable

Quel contraste entre ce paysage désolé où règne la poussière et un homme en train de creuser dans la terre se demandant « comment il en est arrivé là » et l’agitation d’une ville, Washington, où ce même homme, John Clark, en pleine crise de 29, court pour aller à un rendez-vous pour un boulot ! Il lui est proposé, en tant que photoreporter, de partir faire un reportage en Oklahoma, dans le No Mans’Land où vivent des fermiers dans une grande pauvreté. Cette région est appelée le « Dust Bowl » car des tempêtes de poussière rendent la vie sur le plan agricole et humain très difficile. Il lui est donné une liste de thèmes sur la vie des habitants en faisant bien ressortir la réalité de l’intérieur. Le trait sombre et précis fait bien ressortit la tristesse et l’angoisse de cette période terrible où on voit, à New York, des gens dormir à même le trottoir. Du fait que la scénariste est aussi l’illustratrice, il y a une totale concordance entre les mots et les dessins. À ne pas manquer des pages saisissantes sur fond noir comme cet escalier et ces gens dont une maman avec un bébé faisant la queue à la soupe populaire et cette double page, dans les teintes sable et grises, ce paysage désolant et une famille entassée dans un camion fuyant cet enfer. « C’était un lieu touché par la mort ». Au début et au cours des huit parties de cette BD, une « vraie » photo d’autrefois venant des archives de la Farm Security Administration (FSA), comme pour dire au lecteur, cela a bien existé ! Pas facile d’aborder les gens dans un contexte pareil et de faire des photos sans lumière avec même le noir total : « minuit sans les étoiles ». Heureusement il y a les enfants ! Malgré ses malheurs causés par la poussière, il s’attache à ce « Dust Bowl » avec des moments de rencontres qui vont le marquer : la belle « Miss Molly » et Betty Harrisson, un Noir et de sa famille… « tous ces gens avec leur honnêteté, leur force et leur persévérance malgré tout ». John porte un regard différent sur son travail de photographe. « La photographie est l’art de la tromperie » et sur sa vie. Aurait-il changé ? Ce roman graphique est d’une grande force ! Le lecteur s’immerge complètement dans ce récit, gagné par l’émotion devant la détresse de ces gens et le ressenti du photographe, si bien rendus par le texte et le dessin d’Aimée de Jongh. Un très grand coup de cœur !

Aimée de Jongh, Dargaud (BD)

5/5

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