François Bill, Ill. Yann Arthus- Bertrand, Tana éditions
Comme l’indique Yann Arthus- Bertrand « nous allons dans ce livre vous faire découvrir l’eau douce, chacun avec notre perspective : moi vue d’en haut, depuis le ciel ; Bill vue d’en bas, sous la surface ». François Bill, biophysicien, nous propose de « redevenir, le temps d’une lecture, amphibies… d’adopter leur double perspective : survoler et plonger ». Les très nombreuses photographies de Yann Arthus-Bertrand, superbes et spectaculaires, plongent le lecteur dans ces milieux aquatiques pour en apprécier la diversité et la beauté. Les textes et les dessins légendés de François Bill apportent des informations précises sur l’anatomie et le comportement d’habitants de l’eau dans différents écosystèmes. Dans la première partie, « L’eau dans tous ses états », les auteurs font découvrir « la personnalité hors du commun de H²O, une molécule fabuleuse… dont les fantaisies semblent défier la science ». L’eau est un miracle. L’eau accomplit plein de prouesses ! Parmi les sept problèmes du millénaire, en fait partie la résolution de la trajectoire de l’eau qui coule. « La tension superficielle est une petite force aux grandes conséquences ». Qu’est-ce que l’anomalie des 4°C ? La majeure partie de l’eau douce terrestre, 68% environ, est sous forme de glace. Les glaciers sont une source d’eau indispensable. Comment lire les nuages ? Savez-vous qu’ils sont habités par de très nombreux petits êtres ? Savez-vous que 95% des eaux douces liquides du globe sont souterraines ? Sont décrits les nappes phréatiques, le travail de l’eau, les méandres, les bassins versants et les couleurs de l’eau. La deuxième partie « les veines de la biodiversité » est consacrée à la richesse de la biodiversité, 15 000 fois plus variée que dans les mers ! Sur une double page, une carte affiche les bassins versants matérialisés par des couleurs. Les auteurs invitent, au sein de chacun, à « explorer les multiples continents de l’eau, qui vus de l’extérieur portent tous les mêmes reflets, mais sont si différents sous la surface… ». L’Europe, forgée par les glaces. La comparaison des formes de vie permet de reconstituer le passé. L’Islande est le royaume des saumons. Savez-vous que des mâles rusés ne migrent pas et en profitent pour féconder les œufs des femelles avant les mâles qui remontent de l’océan ? Qu’en Espagne, un animal de l’ère glaciaire, le desman des Pyrénées y vit toujours ? Qu’il y a très peu de temps que la Baltique est une mer mais est en train de disparaitre ? De ce fait des espèces marines dont le phoque marbré se sont retrouvées piégées dans des bras de mer transformés en lacs. En Ecosse, dans la tourbe « comme la matière organique ne s’y décompose pas, on y lit l’histoire de la vie comme dans un livre ». Savez-vous que les anguilles, très abondantes dans la lagune de Venise, effectuent un invraisemblable voyage pour se reproduire ? « On pense que cette migration date de la période où l’Atlantique n’était qu’un étroit détroit. Les esturgeons, apparus avant les derniers dinosaures, ont pour refuge la Gironde. Avez-vous déjà remarqué, dans la Seine, ce fleuve ressuscité, des silures gigantesques et des sandres dans le canal St Martin ? L’Afrique, le creuset de l’évolution. Il y a un défilé de formes et de couleurs aussi différentes que les milieux aquatiques du continent qui vont des torrents glaciaires de l’Atlas aux lacs de soude des volcans du Rift. Dans l’Atlas, des truites ont un ADN différent quand on passe d’un ruisseau à l’autre, du fait d’une longue histoire de glaciation. Même au Sahara, il y a de petits cours d’eau, les oueds. Les gueltas rappellent que le Sahara, à la fin de la préhistoire, était un vaste marécage. Au Mali, un poisson, le dipneuste, peut survivre à sec car il possède des poumons ! Dans le lac Victoria, les teintes différentes des cichlidés sont une illustration de la théorie de l’évolution de Darwin. L’Asie, entre eaux sacrées et fleuves de glace. Le destin d’une goutte d’eau qui tombe en Asie peut être très différent : parmi les moussons, la goutte rejoindra les fleuves calmes : au centre du continent, elle peut atterrir dans des rivières qui ne verront jamais la mer ; vers le Nord, elle deviendra flocon de neige et rejoindra la mer grâce à l’un des fleuves tributaires de l’océan Glacial Arctique. Les Amériques, les terres de l’eau. « Du point de vue d’une goutte d’eau, les Amériques sont une éponge ». Les deux côtés sont très différents : côté ouest, les fleuves dévalent droit dans le Pacifique ; du côté est, une goutte d’eau devra traverser tout le continent pour rejoindre l’Atlantique. Il y a toutes sortes de biotopes et d’espèces. Suite aux nombreux échanges biologiques s’ensuit une uniformisation avec d’autres continents. Mais il y a encore de grands espaces déserts où la vie endémique abonde. L’Océanie… et les îles. L’Australie est le plus aride des continents. « La faune locale n’a eu d’autre choix que de s’adapter à cette ressource capricieuse et est devenue aussi bizarre qu’elle ». Il y a pourtant de l’eau sous le sol mais elle est saumâtre et chaude. Par contre les îles de l’Indo-Pacifique sont des paradis pour la vie aquatique. L’eau douce et l’océan. Savez-vous que sans l’eau douce, l’océan ne serait rien ? Ce voyage en suivant la route des gouttes apporte une nouvelle vision de l’eau. Les hommes se sont accaparés la moitié du débit de tous les cours d’eau du monde. L’eau se raréfie. Il faut considérer l’eau pour ce qu’elle est vraiment et non seulement une ressource pour répondre à nos besoins. Il y tant et tant encore à découvrir dans les milieux aquatiques ! Les auteurs ont fait le choix de montrer la beauté plastique, scientifique et artistique des eaux douces afin de susciter l’émerveillement. Les photographies exceptionnelles montrent les beautés du dessus et les textes accompagnés de dessins révèlent les merveilles du dessous. Comme le dit François Bill, « l’eau douce est un milieu minuscule, moins d’un vingt millième de l’eau sur Terre, et extrêmement riche, qui a autant d’espèces que dans les océans ». Ce fabuleux voyage nous fait prendre conscience qu’il faut absolument préserver l’eau douce afin de sauvegarder toute la richesse de ses écosystèmes.







