Sandrine Mirza, Ill. Blanche Sabbah, Casterman (Bande dessinée)
Parait une nouvelle édition augmentée de cette bande dessinée « Histoire de France au féminin » qui a remporté un énorme succès. L’auteure, Sandrine Mirza, historienne, passionnée par la vulgarisation, a écrit plusieurs ouvrages pour la jeunesse. L’illustratrice, Blanche Sabbah, est une militante féministe. Il est vrai que jusqu’à ces dernières années les femmes étaient peu présentes dans les manuels scolaires. Aujourd’hui les progrès sont encore insuffisants. Les femmes sont encore peu nombreuses dans les domaines scientifiques, les filles estimant que les sciences sont réservées aux garçons. Il a été fait le choix de la bande dessinée dont la lecture est appréciée par les jeunes. Les dessins expressifs et plein d’humour de Blanche Sabbah redonnent vie à des femmes de la vie quotidienne et permettent de s’identifier aux personnages, de ressentir les colères ou de partager les victoires. De la préhistoire à nos jours, en suivant un plan chronologique, le lecteur va découvrir quelle place avait les femmes selon les époques, des portraits de femmes peu connues. Sur une pleine page est faite une biographie illustrée des femmes qui ont marqué leur époque. Chloé et Jules regardent l’affiche de la journée internationale des droits des femmes le 8 mars. Pour Mamina « c’est l’occasion de faire un bilan de la situation des femmes… et de promouvoir l’égalité entre les femmes et les hommes ». Mamina explique que l’inégalité remonte à la Préhistoire. Les femmes participaient à beaucoup d’activités mais les paléontologues n’en ont pas tenu compte. Au Néolithique, la domination masculine s’est accentuée. Au début de l’Antiquité, les hommes se sont emparés de tous les domaines. Les jeunes veulent en savoir plus et demandent à Mamina de leur raconter. Qu’en était-il au temps des Gaulois ? Il semblerait que les gauloises occupaient certaines fonctions et disposaient d’une certaine autonomie. A l’époque gallo-romaine, le droit leur est défavorable. De plus quand elles ont leurs règles, elles sont jugées impures. Aux premiers siècles du christianisme, les femmes étaient infériorisées et n’avaient aucune responsabilité. Au début du Moyen-Age, les situations étaient inégales selon les royaumes. Chez les Mérovingiens, il y eut 2 reines très cruelles. Pendant la dynastie carolingienne, l’instruction fut encouragée. DHuoda fut une érudite, elle a rédigé un manuel expliquant ses devoirs à son fils. Au cœur du Moyen Âge, les femmes avaient des vies différentes selon le groupe auquel elles appartenaient. Aliénor d’Aquitaine fut une reine exceptionnelle : à 15 ans reine de France, elle a gouverné seule pendant que son fils faisait la troisième croisade. Une jeune femme de 22 ans fut élue première abbesse de l’abbaye de Fontevraud. L’histoire d’Héloïse est célèbre, fort instruite elle fut séparée de son professeur, Pierre Abélard. L’Université était interdite aux femmes. La plupart des femmes vivaient à la campagne et travaillaient beaucoup. En ville elles étaient artisanes ou commerçantes. A la fin du Moyen Âge, les couples ne pouvaient pas divorcer. Les femmes ont été écartées du trône de France. Christine de Pisan prit la plume pour dénoncer les propos misogynes et faire connaitre les mérites des femmes. La mode pour les femmes obéissait à des critères esthétiques. Anne de Beaujeu fut une puissante régente, provoquant le rattachement de la Bretagne à la France. A la Renaissance la situation des femmes n’est pas très favorable. Les érudits allant jusqu’à dire que l’embryon féminin est la version inachevée de l’embryon masculin. Nicole Estienne a publié : « Les misères de la femme mariée ». Les femmes étaient écartées des domaines techniques et prestigieux. Une exception, une femme a été architecte du château de Chenonceau. Catherine de Médicis fut une reine mère puissante. Louise Bourgeois, sage-femme de la reine Marie de Médicis, fut la première à écrire des livres sur sa pratique. Sous l’Ancien Régime, des « frondeuses » se sont révoltées contre le pouvoir royal. D’autres ont pris la plume comme Marie de Gourmay qui a publié « L’égalité des hommes et des femmes » en 1622. Les « Précieuses » ont voulu réformer les comportements amoureux. Mme de La Fayette a ouvert son propre salon et a écrit des romans. Des religieuses ont bravé les interdits pour émettre des critiques. Au siècle des Lumières, Poullain de la Barre a écrit : « De l’égalité des deux sexes ». Une querelle s’ensuivit entre Rousseau et le mathématicien D’Alembert. Certaines femmes étudiaient en cachette dont la mathématicienne Sophie Germain, la botaniste Jeanne Barret… Emilie du Châtelet s’est passionnée pour les sciences : elle a aménagé un laboratoire et publié « Institutions de physique » et a traduit l’œuvre de Newton. Rose Bertin put exprimer son talent dans la couture mais dans les domaines artistiques les femmes avaient du mal à exister. Elisabeth Vigée-Lebrun fut une exception. Quels changements vont apporter la Révolution ? Les femmes vont participer. Certaines ont fondé leurs clubs politiques. Olympe de Gouges fut une des grandes figures, elle consacra toute sa vie à lutter contre l’injustice. Les femmes ont gagné des droits, celui de divorcer, mais sur le plan politique, elles ont été perdantes. Que s’est-il passé au XIX° siècle ? Qui étaient Flora Tristan, Marie Duplessis, Suzanne Valadon, Berthe Morisot, Camille Claudel, Julie-Victoire Daubié ? Marie Curie, scientifique de génie a reçu deux prix Nobel. Louise Michel a pris une part active à la Commune. Hubertine Auclert a été une « suffragette » pour réclamer le droit de vote pour les femmes. Durant la première guerre mondiale, les femmes ont dû remplacer les hommes et ont été infirmières. Suzanne Gros, chirurgienne esthétique, répara les « gueules cassées » Cela a permis dans l’Entre-deux-guerres que l’émancipation des femmes se développe. Pendant la seconde guerre mondiale, des femmes résistantes dont Lucie Aubrac ont fait preuve d’un courage exceptionnel ! L’après-guerre verra le droit de vote accordé aux femmes. De plus en plus de femmes sont entrées sur le marché du travail. Simone de Beauvoir a lancé une deuxième vague féministe. Gisèle Halimi a défendu les femmes victimes de viol et Simone Veil a fait voter le droit à l’avortement. Aujourd’hui le mouvement #Meetoo a encouragé les femmes à parler des violences subies. En fin d’album, 16 pages inédites sur l’aventure de cette BD et les événements récents : inscription de l’IVG dans la constitution, prise de parole de Judith Godèche… Cette bande dessinée, illustrée de dessins expressifs et plein d’humour de Blanche Sabbah, retrace la situation des femmes dans la société au cours de l’histoire de France et met en valeur des femmes exceptionnelles qui ont fait avancer les droits des femmes. Un livre essentiel sur une question de société, d’une brulante actualité pour le public familial.






