Gérard Berry est un ancien professeur au Collège de France sur des chaires d’informatique de pointe. Il est aussi un caractère qui ne néglige ni l’éclectisme ni la facétie. Et ses pages – deux chapitres du livre – sur des thèmes de pataphysique exposées avec brio en sont les meilleurs exemples qui permettent la décontraction avant l’exposé de problèmes fondamentaux en informatique : complexité, asynchronisme et synchronisme qui n’en sont pas moins des chapitres ardus. Pour qui penserait que l’informatique n’est qu’une technique d’usage, servante de toutes les sciences, il lui faut rapidement déchanter car les concepts manipulés de programmation, de langage, de temps ou de déroulement des processus, d’algorithmes, de logiques et de complexité sont loin d’être triviaux et il faut parfois des relectures pour appréhender au mieux ces concepts. Pourtant, comme précise l’auteur, les points les plus difficiles sont heureusement sautés ou renvoyés à d’autres publications plus sérieuses. Le temps est un fil conducteur heureux. On commence par les considérations initiales et usuelles du temps continu et de l’histoire de la mesure. Nous sommes tous devenus familiers du temps universel que partagent tous les humains et toutes les nations. Et c’est l’instant que choisit Gérard Berry pour introduire le temps informatique. Ce temps qui tente dans les applications de l’Internet à se satisfaire de processus informatiques exécutés indépendamment les uns des autres tout en maintenant un à peu près de synchronisme (un asynchronisme de fait) au prix d’erreurs sans grandes conséquences. Ce même temps tente également dans les applications d’automatismes industriels de respecter un synchronisme absolu entre des processus indépendants pour garantir une sécurité absolue. Le lecteur comprend alors que ces deux perspectives informatiques du temps conduisent nécessairement à des innovations informatiques profondes en logiciels, en langage, en logique, en circuits imprimés et en preuve de bon fonctionnement. Un ouvrage rigoureux, quoique très éclectique dans les domaines abordés ou consultés, mais qui est une bonne introduction à la maturité scientifique d’un domaine scientifique des plus récents au croisement des mathématiques et de la physique des solides.






