Sylvie Dodeller, Ill. Amandine Delaunay, École des loisirs (Médium)
Comme elle nous l’a montré dans ses livres précédents, « Sophie Germain, la femme cachée des mathématiques » et « Rachel Carson, biologiste lanceuse d’alerte », Sylvie Dodeller a à cœur de redonner leur place à des femmes qui, en science, ne sont pas assez reconnues voire même oubliées !
Dans cet ouvrage, elle invite à découvrir le parcours de dix femmes « Spacegirls » ou « astrogirls » qui ont fait progresser les connaissances en astronomie, en astrophysique et participé à la conquête spatiale. En excellente médiatrice, Sylvie raconte leurs vies dans un récit très vivant en donnant de nombreuses informations scientifiques, en particulier dans de grands encadrés sur Comment obtenir le spectre d’une étoile ?, la matière noire, le mal de l’espace… D’autres encadrés sont consacrés aux difficultés pour une femme d’être scientifique : Les stéréotypes liés au genre, Le plafond de verre, L’effet Mathilda, Le syndrome de l’imposteur… Suivant un plan chronologique, elle les présente en différentes parties avec pour chacune « Pour aller plus loin » bibliographie et sitographie et une chronologie illustrée.
Tout d’abord « les pionnières ». Au temps du paléolithique supérieur, hommes et femmes sans doute scrutaient le ciel avec la même curiosité puis avec l’agriculture, les femmes ont été assignées aux taches domestique. « L’astronomie est devenue une affaire d’hommes ». Vers 2240 av. J.-C., Enheduanna dont le nom en sumérien signifie « prêtresse de l’ornement du ciel » est la première femme astronome dont on a la trace ET l’image. En Mésopotamie, les prêtres sont aussi des astronomes qui cartographient le ciel. L’auteure raconte comment elle « mesure le ciel » et interprète les messages envoyés par les dieux. Astronomie et astrologie sont liées. Et le plus incroyable c’est qu’on a retrouvé ses textes sur des tablettes d’argiles ! Sylvie Dodeller donne les noms d’autres princesses et space girls dont la Grecque Hypatia.
Après une longue traversée du désert, ce n’est qu’au XVIII° siècle que « des femmes astronomes » apparaissent, souvent dans l’ombre d’un frère ou d’un mari. Parmi celles-ci, Caroline Herschel est sauvée des tâches domestiques par son frère, William tout d’abord musicien puis astronome. Elle sera son apprentie pour la construction de miroirs et assistante astronome pour noter les observations de son frère qui découvre une nouvelle planète, Uranus. Caroline découvrira huit comètes et un amas d’étoile « Caroline » Et événement, promue astronome, Caroline touchera un salaire !
Au début du XX° siècle, arrive l’ère de l’astrophysique. Les « Astrophysiciennes » auront bien du mal être admises ! Cécilia Payne, anglaise, a dû se débrouiller seule pour ses études en sciences physiques à l’université d’Harvard. En 1924, elle réussit brillamment ses examens mais, comme elle est une fille, elle n’a qu’une équivalence ! Elle est accueillie à l’observatoire de Harvard là où ont été accueillies cinquante ans plus tôt les « fameuses calculatrices humaines ». Cécilia présente une thèse en spectroscopie « cette thèse de doctorat en astronomie est toujours considérée comme la plus brillante jamais écrite ». Mais cette thèse contient une bombe à hydrogène… Le gros problème est qu’elle va à l’encontre de tout ce qui a été dit jusqu’à présent ! Elle sera obligée de dire qu’elle s’est trompée dans ses calculs ! Figurez-vous que quatre ans plus tard, Russel, celui qui avait dit qu’il n’était pas possible que les étoiles se composent essentiellement de gaz d’hydrogène, fait paraitre un article à ce sujet. Un bel exemple de l’effet Mathilda ! Elle poursuivra ses recherches toujours avec des difficultés ! Il faudra attendre 1956 pour qu’elle soit la première femme nommée à la tête du département d’astronomie d’Harvard. Elle a franchi « le plafond de verre » !
Après la seconde guerre mondiale, « les femmes astronautes » font leur arrivée dans « une piste aux étoiles ». Sally Ride est la première Américaine dans l’espace. Parmi les cinq astronautes de la mission Challenger, Sally Ride est la seule femme. Pour elle docteure en astrophysique, tout a commencé quand, en 1978, elle a vu une annonce de la NASA qui ouvre sa sélection aux femmes. Pendant quatre ans elle fait ses preuves au cours des entrainements très durs. En 1983 et 1984 elle fera deux missions. Puis professeure, elle crée une fondation pour aider les femmes qui entreprennent des carrières scientifiques.
Et aujourd’hui ? Sylvie Dodeller se réjouit de la mission de Sophie Ardenot et des signes positifs comme la nomination de Françoise Combes à la présidence de l’Académie des sciences. Mais il n’y a que 22% de femmes dans l’Union astronomique internationale en 2023 ! Heureusement des femmes astronomes sont reconnues pour leurs recherches comme Nathalie Cabrol, astrobiologiste. Au sein d’associations, « Elles bougent » et « Femmes & Sciences », elles interviennent auprès de collégiennes et lycéennes pour les inciter à faire des carrières scientifiques. En fin d’ouvrage, est ajoutée une liste de femmes astronomes, astrophysiciennes et astronautes et une timeline pour s’y retrouver et situer les space girls dans l’histoire de l’astronomie et de l’exploration spatiale. Quel ouvrage passionnant qui fait connaitre les parcours, avec tous les obstacles franchis, de ces femmes scientifiques qui, obstinées et volontaires, se sont battue pour mener à bien leurs recherches en astronomie, astrophysique et prendre leur place dans la conquête spatiale. A faire découvrir absolument aux collégiennes et lycéennes pour leur démontrer que, comme le dit Sophie Ardenot, soucieuse de transmettre et qui a beaucoup motivé Sylvie Dodeller à faire cet historique : « Que les filles s’autorisent à rêver et ensuite mettent en œuvre ce qu’elles doivent faire pour avoir un métier qui les fait rêver… J’ai nourri mon rêve de ce que j’ai vu des astronautes qui partageaient leurs missions… Ayez confiance en vous et en vos capacités ; Il faut y croire ! ».







