Nicolas Dehghani, Ill. Nicolas Dehghani, Sarbacane (BD)
Cette bande dessinée est exceptionnelle ! Tout d’abord, le graphisme vous saisit, alliance de dessins géométriques qui s’entremêlent avec des gros plans sur des visages très expressifs sur leur ressenti. Nicolas Dehghani, scénariste et aussi dessinateur, formé au cinéma d’animation, fait tout de suite ressentir au lecteur ce qu’il veut exprimer : un monde futuriste dominé par la technologie et des humains qui vivent sous contrôle permanent.
L’élite de l’humanité vit sur Providence, une planète terraformée en exploitant les ressources de la Terre sur laquelle le quotidien des habitants, exploités depuis de nombreuses années, est géré par des intelligences artificielles. Keren, un jeune Terrien boursier qui a intégré les institutions providencines et Eliam, son père, qui se bat pour assurer une place sur la Terre, sont les deux héros de cette dystopie de 320 pages.
Ken, dans sa voiture autonome Pathfinder, dialogue avec un collègue qui fait part de ses craintes du fait qu’il est un terrien. Enfin, il retrouve sa famille qui compte sur lui pour sauver leur planète. il est la fierté de son père ! Il leur explique son travail ennuyeux : mener des dizaines d’entretiens avec des terriens qui sont scannés et ensuite attendre le verdict des algorithmes… Pour se racheter, les Providencins ont créé la Concorde pour « œuvrer à une humanité unie, une terre rebâtie dans l’intérêt des terriens. Pour beaucoup de terriens leur « concorde » est une arnaque !
Parmi les dirigeants de Providence, une conciliatrice met en garde Ken Kepler sur les terriens qui, du fait qu’ils n’utilisent plus la force, en profitent pour nous affaiblir. Il écrit à son père : « J’me fais tellement ballotter dans tous les sens que j’ai du mal à savoir si je m’en sors bien ». Zoom sur son visage rouge de colère, il vient d’être relevé de ses fonctions… Terribles pages sombres, sa voiture se crashe !…
Dans une deuxième partie, le père est confronté à la mort de son fils, l’IA a choisi de sauver une petite fille. Il vaut savoir ce qui est vraiment arrivé. Sont évoqués les problèmes qui se posent à nos sociétés du XXI° siècle, fiabilité des voitures autonomes sécurisées, concurrence des entreprises étrangères en avance sur le plan technologique, partage des richesses… Révolte et désespoir du père exprimés avec force par la force de ces images sans texte. Il lui est proposé d’accueillir chez lui Abby, la petite fille rescapée de l’accident du fait que leurs profils sont parfaitement compatibles. Le récit de cette cohabitation se partage entre leur présence à des séances de travail et les réunions à son usine où Concorde leur propose de construire de nouveaux vaisseaux. Eliam ne pense pas que ce soit un vrai partenariat ! L’animateur demande à Abby si elle est d’accord pour aider la police à démanteler un réseau là où elle vivait.
Une troisième partie porte sur la suite donnée à la proposition de Providence. Asterr appelle à se révolter, porter un dernier assaut à Providence avec leur flotte de vaisseaux. Abby se fait violenter par ceux qu’elle est venue prévenir de la venue de la police. Eliam arrive pour la secourir. Ils s’enfuient du fait d’une explosion. Abby est en fait un « corbeau » qui transmet des messages aux insurgés qui se méfient de la technologie. Eliam sera-t-il repéré comme un insurgé ? Comment va évoluer sa relation avec Abby ? Eliam ne supporte plus que tout soit décidé par les algorithmes… Pourra-t-il surmonter sa haine ? Dans cette situation tragique, y-aura-t-il une lueur d’espoir pour Abby ? Cette bande dessinée est d’une grande force. Autant par le graphisme extraordinaire que par le scénario, deux mondes, un dominateur et un autre exploité, image de ce que pourrait être notre société entièrement dirigée par les intelligences artificielles. D’une grande actualité sur les problèmes cruciaux de notre XXI° siècle, elle amène à réfléchir sur notre devenir.






