Catherine Vidal, Dunod
Catherine Vidal, neurobiologiste, membre du Comité d’Ethique de l’INSERM, est une spécialiste des relations entre neurotechnologies et intelligence artificielle. Le grand public se pose beaucoup de questions à propos de l’essor des technologies numériques. Apporteront-elles des améliorations à notre vie ou mettront-elles en danger notre intimité et liberté ? Des scénarios envisagés dans des œuvres de science-fiction, des puces électroniques implantées dans nos cerveaux, sont en train de devenir des réalités. En médecine, les neurotechnologies permettent, par exemple, de redonner la parole aux victimes d’AVC. Elles sont aussi utilisées pour surveiller et contrôler les cerveaux. Cet ouvrage a pour objectif d’informer sur les innovations neurotechnologiques et de questionner les enjeux sociétaux et éthiques qu’elles soulèvent.
« Les neurotechnologies : un grand pas en avant pour l’exploration du cerveau ». De véritables prouesses ont été rendues possibles grâce au développement des neurosciences, les technologies numériques et l’IA. Après avoir développé les connaissances sur le rôle des neurones et découvert la « plasticité cérébrale », la capacité d’adaptation du cerveau au monde environnant, des procédés, « implanter des microprocesseurs dans le cerveau, décoder les signaux électriques produits par les neurones… » sont devenus possibles chez l’homme et permettent de mieux connaitre le fonctionnement du cerveau
« Les neurotechnologies pour soigner le cerveau malade : des progrès et des promesses à tenir ». Il s’agit de stimuler le cerveau pour mieux le soigner. La stimulation cérébrale profonde (SCP) peut apporter des améliorations pour la maladie de Parkinson mais ne bloque pas la maladie. Les puces électroniques sont implantés pour rendre la mobilité aux paralysés et rendre la parole. Elon Musk veut augmenter les capacités humaines grâce aux technologies numériques ; Il se réclame du « transhumanisme ». Les expériences de Neuralink sont tenues secrètes. D’autres sociétés se sont lancées dans la course des implants cérébraux. Mais « aucun implant ne laisse le cerveau indemne ». Les conséquences ne sont pas aujourd’hui mesurées. L’auteure retrace l’histoire du transhumanisme qui date des années 1970. Pour François Berger, spécialiste des interfaces cerveau-machine au BrainTech Lab de Grenoble « le transhumanisme est un charlatanisme dangereux ». Le cerveau ne ressemble pas à un ordinateur. « Il est constitué de 100 milliards de neurones interconnectés dans des réseaux infiniment complexes… Les neurones artificiels ne fonctionnent eu aucun cas comme de vrais neurones ». Le « machine learning » nécessite d’être alimenté par des milliers d’exemples. « La vraie intelligence est celle des chercheurs qui ont conçu le programme informatique ».
Catherine Vidal passe en revue, dans les chapitres suivants, les questions concernant le dopage intellectuel qui va au-delà du désir d’améliorer nos performances. Des sociétés commercialisent des casques et bandeaux EEG pour des thérapies du bien-être. Leur efficacité reste à démonter. Il en est de même pour le neurofeedback pour améliorer les troubles de l’attention. Les neurotechnologies sont utilisées dans les écoles aux Etats-Unis pour repérer les élèves en difficulté mais n’y a-t-il pas un danger de pénétrer dans l’intimité de la vie psychique de l’enfant ? Le neurogaming, jouer à un jeu vidéo par l’activité cérébrale, sans manette de jeu, pourrait être utilisé, avec de gros profits, par les industries du jeu vidéo. Les entreprises manifestent des intérêts pour utiliser les neurotechnologies, le « neuromanagment », pour augmenter la productivité des salariés. Dans les métiers à risque, celles-ci permettraient la surveillance des états mentaux de conducteurs ou de soldats.
Les enjeux éthiques et sociétaux des neurotechnologies sont nombreux. Qu’en est-il de la protection de la vie privée des patients et de l’égalité d’accès aux soins ? En particulier chez les jeunes, leur usage pourrait perturber la construction de la personnalité. Des organismes dont L’UNESCO se soucient de la protection des données cérébrales et ont publié un document en 2025 : « Recommandation sur l’éthique des neurotechnologies ». Une charte, élaborée par la France, pionnière en 2022, a été transposée à l’Europe. Dans quelles mesures ces recommandations seront-elles suivies ? En fin d’ouvrage un glossaire des termes scientifiques d’Electroencéphalogramme à Transhumanisme en passant par Neurofeedback. Références, des rapports institutionnels et un index pour des recherches ponctuelles.
Dans cet ouvrage indispensable, Catherine Vidal alerte sur les développements à venir des neurotechnologies. Neurobiologiste, elle donne des informations très claires, bien accessibles au grand public sur les innovations des neurotechnologies, dans le but que chacun puisse se faire une opinion sur les enjeux de ces nouvelles technologies dans notre vie. « Nous vivons un moment charnière : les neurotechnologies sont porteuses d’immenses promesses thérapeutiques tout en représentant une menace pour la vie privée mentale et la liberté de penser ».






