Olivier Cotte, Dunod (A la plage)
Le but de cette collection, comme son nom l’indique, est de donner au lecteur une lecture agréable et à la portée de tous sur un sujet en faisant appel à des auteurs connus pour leurs qualités de médiation. Olivier Cotte, spécialiste et historien du film d’animation est également scénariste, romancier et réalisateur. Il est l’auteur de plus de vingt ouvrages consacrés au cinéma dont 100 ans de cinéma d’animation. Le nom de Méliès est connu du grand public comme le génial réalisateur de films d’animation. Par contre sa vie est beaucoup moins connue, en particulier comment de magicien de théâtre il est devenu l’un des premiers cinéastes de l’histoire. Comment Méliès a acquis les traditions de la scène ? Son père a beaucoup appris de sa femme, originaire des Pays-Bas, sur la vie en société. Il a ainsi créé son entreprise de chaussures. Georges Méliès, né en décembre 1861, est « curieux de tout sauf de chaussures ». Interne dans un grand lycée, il fait preuve d’aptitudes graphiques. Adolescent il produit son premier spectacle avec succès devant sa famille. Bachelier, il veut devenir dessinateur. Il va suivre les cours du peintre Gustave Moreau. A Londres, il découvre les spectacles de magie ; Méliès est fasciné ! il apprend la magie. De retour à Paris, il va profiter de la passion pour le spiritisme. La lanterne magique, développée par Christian Huygens, a joué un grand rôle dans ce goût pour les apparitions fantastiques. Il y aura ensuite le fantascope. Méliès utilisera de nombreuses évocations de diableries et autres phénomènes paranormaux dans ses futurs films. Marié, il décide de s’adonner à la magie et ses représentations au musée Grévin ont du succès. Il s’intéresse aussi à la photographie, à la sculpture et au modelage. Il va devenir professionnel en achetant le théâtre Robert Houdin, célèbre illusionniste très doué en mécanique du spectacle. Méliès s’en inspire pour la technique, les trucs et dispositifs scéniques. Le théâtre est un gouffre financier. Il met au point des spectacles, dont Le Décapité récalcitrant et Les farces de la Lune qu’il adaptera au cinéma.
Il sera très marqué par la présentation par les frères Lumière de leur Cinématographe le 28 décembre 1895. La commercialisation de la plaque « étiquette bleue » a un grand succès. 2 500 billets par jour seront vendus pour « L’arrivée d’un train en gare de La Ciotat ». Méliès suit les recherches sur la restitution du mouvement filmé. Il a assisté aux séances où Emile Reynaud utilise le théâtre optique que Méliès reprendra dans ses films. Méliès s’intéresse à Robert W. Paul qui travaille sur le spectacle cinématographique en salle. Louis Lumière réussit à être le premier à mettre au point un appareil : « le Cinématographe », une caméra réversible ! Les Lumière ne veulent pas vendre un appareil à Méliès car ils commercialisent eux-mêmes. Il retourne à Londres acheter un Animatograph qu’il transformera en appareil de prises de vue. Son premier film est « Une partie de cartes ». Un an après la séance historique des Lumière il aura réalisé soixante-dix-sept films de « vues photographiques filmées ». Mais ce travail lasse Méliès et il passe au film de fiction demandant une intervention sur le contenu visuel et sur le scénario. Il va tourner des films qui suivent de près l’actualité internationale dont Quais de La Havane. Le film qui change tout est « Escamotage d’une dame chez Robert-Houdin » utilisant l’arrêt de caméra. Le public est émerveillé. En 1896 il construit son premier studio. Les spectacles d’illusionnisme sont moins nombreux au profit des films. Il construit un nouveau studio à Montreuil où il va complexifier la mise en scène, avec des tournages en extérieur.
Un chapitre est consacré aux effets spéciaux chezMéliès, souvent invisibles aux yeux des spectateurs. Dans le film « l’Homme à la tête en caoutchouc » il a été utilisé un procédé spécial, un truc de déplacement dans l’axe de la caméra. Méliès s’intéressait plus à la technique qu’au scénario. Plusieurs exemples sont donnés sur l’utilisation des fonds noirs. Autres questions techniques seront l’utilisation de la couleur, en particulier la colorisation des films. Un mouvement contemporain a influencé Méliès, celui des « arts incohérents ». La caricature pratiquée par Méliès s’inscrit dans cette lignée. La danse y tient aussi une grande place. Un des genres les plus explorés est la féerie. Son film « Le royaume des fées » fait penser à des gravures des livres de Jules Verne.
L’industrialisation du cinéma est fort intéressante à connaitre. En effet, avant la Première Guerre mondiale, la France occupe la première place. Mais des compagnies américaines ne vont pas hésiter à s’approprier des films. Edison a, par exemple, volé Méliès ! En 1910, Méliès renoue avec le théâtre. En 1911, Pathé lui propose de retravailler avec eux. Il réalise « hallucinations du baron de Münchhausen » et « A la conquête du pôle » très spectaculaire. Par la suite Méliès aura des difficultés financières. Heureusement dans les ouvrages traitant de l’histoire du cinéma, Méliès y est en bonne place. En 1931 son œuvre est célébrée. En 1948 aura lieu la première exposition sur l’œuvre de Méliès.
En conclusion, il est légitime de s’interroger pourquoi l’œuvre de Méliès est restée si longtemps dans l’oubli. Aujourd’hui ses films sont appréciés pour leurs qualités et leur originalité, car ses films échappent aux catégories classiques. Son legs le plus important est d’avoir conçu rapidement que le cinéma était destiné à la fiction et à l’émerveillement. En fin d’ouvrage, des repères chronologiques et une bibliographie.
Cet ouvrage apporte des éclairages biographique et cinématographiques indispensables pour comprendre l’œuvre de Méliès, un des premiers cinéastes venant du monde de l’illusion et très porté sur les inventions techniques, qui a été un pionnier du cinéma qui a suscité l’émerveillement de tous ceux qui le découvraient.







