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Les sciences de l’Empire du milieu

Cet ouvrage a pour but de vous faire découvrir l’importance de certaines inventions du passé en mettant en lumière celles qui ont été tirées de la Chine. Jean-Marc Bonnet-Bidaud, astrophysicien français, mène des travaux d’histoire des sciences en particulier sur les racines de l’astronomie en Chine. Il a écrit précédemment « 4 000 ans d’astronomie chinoise » chez le même éditeur. Il s’appuie sur des sources chinoises historiques et sur des recherches archéologiques récentes. Ses nombreux contacts avec des scientifiques et historiens chinois lui ont permis de redécouvrir l’extrême richesse de l’astronomie chinoise ancienne. Des découvertes fondamentales ont été faites dans une seule partie du monde, dans la Chine ancienne. L’auteur a choisi dix découvertes, la soie, le papier, l’imprimerie… décrites de façon très précise dans le contexte de l’époque, avec les recherches archéologiques et les légendes, pour montrer que les Chinois, sur une période qui couvre plus de deux millénaires, étaient de vrais scientifiques. C’est toute une partie méconnue de l’histoire des sciences à laquelle le lecteur est invité. Ce livre est très riche sur le plan iconographique. Chaque thématique est illustrée par la reproduction de documents anciens et de photographies. Dans «La soie, route de la mondialisation », il est mis en évidence que dès le IVe siècle et sous l’empire Roman, la Chine était n’était connue que sous le nom de « Serica », le pays de la soie. Un secret bien gardé qui a assuré la richesse de l’Empire du milieu. Les premières traces remontent à l’ère néolithique. Qui a inventé la soie ? Le mérite reviendrait à l’Impératrice Leizu qui a mis au point un procédé complexe et délicat. En 2007, 20 pièces de textiles ont été découvertes dans une tombe datant aux environs de 700 AEC. Une avancée technique remarquable été faite avec l’invention d’étonnantes machines à tisser. En 2013, dans une tombe, ont été trouvées quatre répliques de métiers à tisser. Il est à souligner que le métier à tisser à pédale ne sera utilisé en Europe qu’un millénaire plus tard. La bannière et le livre de soie de plus de 2 000 ans révèle le degré de la qualité de la soie, permettant de l’utiliser comme support de l’écriture. Comment le secret de la soie a-t-il été transmis hors de Chine ? Il est raconté qu’une princesse du Khotan a dissimulé dans sa chevelure des graines de muriers et des vers à soie comme son futur mari le lui avait demandé. C’est ainsi que le secret s’envola !… Un autre support prestigieux a été mis au point en Chine, « le papier, vaisseau de la pensée ». Au nord-ouest de l’oasis du Dunhuang, à l’extrémité de la grande Muraille, on a découvert les plus anciens papiers connus datant des IIIe et IVe siècles. Cai Lun a organisé et promu la production de papier de haute qualité. Savez-vous que le plus vieux livre imprimé le 11 mai 685 et une carte céleste, le plus ancien atlas complet du ciel connu, ont été découverts dans une des grottes du monastère à Dunhuang ? Il est à souligner qu’il a fallu une démarche scientifique rigoureuse, faite d’expérimentations et de choix techniques réfléchis, pour sans cesse améliorer la qualité. D’autre part la Chine ancienne va voir une explosion de livres. Une innovation sera l’utilisation du papier-monnaie (décrite avec étonnement par Marco Polo). Et pourtant pendant longtemps, en Europe, le papier a été considéré comme une invention « arabe » ! Et que dire de l’imprimerie ? Des milliers d’estampages ont été reproduites à partir des stèles chinoises. L’imprimerie devient une véritable industrie permettant la diffusion d’ouvrages en très grand nombre. « La Chine entretenait un énorme ministère de la Culture et de l’Éducation sous les ordres de l’Empereur ». L’utilisation de caractères mobiles métalliques s’est faite plusieurs siècles avant la technique mise en œuvre par Gutenberg ! « Il s’agit là d’un des plus désolants exemples d’un européocentrisme constant… Pour ma part, la découverte de ces anciens ouvrages imprimés chinois a été une totale surprise qui a largement déclenché ma curiosité pour la technique et la science chinoises ». Jean-Marc Bonnet-Bidaud présente avec autant de détails comment et quand ont eu lieu l’invention de « La poudre », « La boussole », « L’acuponcture », « Géographies et historiens célestes ». Cet exposé très riche et fort documenté sur ces inventions chinoises amène à se demander pourquoi elles ont été faites en Chine et nulle part ailleurs ? Dans «La science chinoise, un dialogue avec la nature », l’auteur insiste sur la différence de conception : « L’être humain n’est pas une créature singulière issue d’une volonté divine, mais seulement un rouage discret dans la grande machinerie des éléments cosmiques. Il est avant tout spectateur du monde en quête d’harmonie avec son environnement ». De ce fait, l’être humain observe minutieusement les phénomènes naturels et les moindres fonctionnements du monde. Une autre particularité du monde chinois résulte dans la grande liberté idéologique alors qu’aux mêmes périodes, « la domination du pouvoir politique de l’Église catholique en Europe a prohibé toutes investigations qui pouvaient conduire à d’autres conceptions que celles contenues dans les textes religieux du christianisme ». Très longtemps l’apport scientifique de la Chine été sous-estimé en Europe. Il faut dire que les publications donnent le meilleur rôle aux jésuites et minimisent les découvertes chinoises. La Chine a fait un meilleur accueil aux sciences européennes, manifestant une grande curiosité et provoqué un spectaculaire rattrapage, surtout à partir de la première république chinoise en 1919. He Zehui, la Marie Curie chinoise est emblématique du renouveau scientifique de la Chine moderne. Cet ouvrage exceptionnel de référence, à la fois passionnant et surprenant, fort bien documenté avec une très importante iconographie, permet une véritable réhabilitation des scientifiques de la Chine ancienne, qui, par leurs découvertes, occupent une place majeure dans l’histoire des sciences et techniques.

Jean-Marc Bonnet-Bidaud, Belin

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