David Grémillet, Ill. Bénédicte Marin, Actes sud (Mondes sauvages)
- Dans cette excellente collection qui nous fait pénétrer dans les « Mondes sauvages » pour en découvrir les merveilles, Daniel Grémillet, océanographe et directeur de recherche au CNRS, est parti à la rencontre des tortues marines dans différents pays, Guyane, Costa Rica, Groenland… rendant compte d’observations scientifiques de sept espèces, menées grâce à des instruments perfectionnés. David Grémillet raconte sa rencontre en Guyane française avec une tortue luth dont il entend le souffle puissant. Les Caraïbes sont avec le Gabon les principales zones de ponte des tortues luths. Il découvre sa dextérité pour creuser un nid pour y pondre 10 kilos d’œufs. Afin de vraiment les connaitre, il passera vingt-trois nuits sans dormir. Jeune chercheur à l’Institut pluridisciplinaire Hubert-Curien (IPHC), il utilise les GPS miniaturisés et balises Argos qui permettent de suivre leurs déplacements en mer. « Comme un feu d’artifice, les tortues luths s’éloignent de la Guyane sur des milliers de kilomètres dans tout l’Atlantique. Il est important de prendre contact avec la population pour la sensibiliser à l’avenir incertain des tortues luths. Comment cela se fait-il que pour d’autres espèces, la situation soit meilleure ? Les descendantes des premières tortues nous sont parvenues avec « une armure qui englobe le tronc ». Les scientifiques ont reconstitué leur évolution depuis le lézard obèse vieux de 260 millions d’années. La découverte d’un fossile révèle le chainon manquant entre les mammifères terrestres et les cétacés. La morphologie des tortues fossiles est proche des tortues océaniques d’aujourd’hui. Elles ont traversé sans problème l’âge d’or des dinosaures. Au Mésozoïque, il y avait des géantes. Il en observe une au Muséum d’histoire naturelle de Vienne. Il a très envie d’en savoir plus sur leur histoire évolutive. Suite à une découverte, il se rend en Catalogne pour observer une tortue marine géante du Crétacé, d’une longueur de 4 mètres ! Il est étonnant que les tortues marines aient résisté à toutes les apocalypses ! « Elles sont des ultimes survivantes, les voyageuses éternelles d’un passé aussi profond que les entrailles de la Terre ». Dans le golfe du Bengale, à 500 kilomètres au sud de Calcutta, sur une pirogue, les tortues olivâtres sont abondantes. La moitié de la population mondiale vient s’y reproduire. Il raconte en détails comment une femelle procède à la ponte. Puis un expert local procède au transfert du nid. Des scientifiques américains ont découvert que suivant les températures d’incubation des œufs, naissent des mâles ou des femelles. Quel va être l’impact du changement climatique ? Cela va-t-il entrainer un choix différent de plages ? Sur une plage au nord-ouest du Costa-Rica, de petites tortues vertes émergent. Il assiste à leur course folle pour atteindre l’écume, « un spectacle inoubliable » ! Des éco-volontaires et des scientifiques les protègent. Quelle est leur vitesse de nage ? Une jeune est capable en deux jours de s’éloigner de 48 à 72 kilomètres de la côte. Alliant natation et courant océanique, des modèles mathématiques ont permis de simuler leurs voyages. Des suivis par balises dessinent leurs parcours dans les anneaux du Gulf Stream. Certaines atteignent les Açores au bout d’un an. Il fait part de l’admiration de sa fille pour une tortue quand elle nageait tout près d’elle. Savez-vous que les tortues sont les championnes de l’apnée par la durée de leurs immersions ? Malgré ses problèmes, David Grémillet se remet à la plongée. Quelle est leur physiologie de la plongée ? Les durées hallucinantes de plongée sont « dues à une utilisation extrêmement parcimonieuse de l’énergie et de l’oxygène disponibles en réduisant leur fréquence cardiaque. Leurs mouvements sont efficaces et mesurés. Elles sont capables de moduler le volume d’air transporté sous l’eau et d’anticiper tous les détails d’une plongée alors qu’elles sont encore en surface. Avides de profondeurs, elles peuvent être aussi rester à la surface de l’eau, immobiles. Devant Halifax, au large de la Nouvelle-Écosse, il faut bien s’équiper pour plonger car l’eau est glaciale. Lee plongeur le plus expérimenté du Canada lui fait part de ses projets avec les travailleurs de la mer qui fourniront des données. Des tortues sont équipées de balises Argos. La plupart viennent d’une petite île à 4000 kilomètres plus au sud. Il fallait faire donc attention à ce qu’elles ne soient pas prises dans des filets de pêche. « Leur nage est entrecoupée de plongées à plusieurs centaines de mètres avec un record à mondial à 1280 mètres » ! Ce voyage de plus de 10 000 kilomètres en vaut-il la peine ? Chaque tortue avale 260 méduses par jour, ce qui leur fournit un tiers de l’énergie nécessaire pour un an. Comment retrouvent-elles la même plage ? Il était supposé qu’elles avaient une sorte de compas. Elles se servent du champ magnétique. Mais comment ? On l’ignore. Il faut savoir qu’elles ont des papilles gustatives développées pour détecter des territoires marins. Greta, une tortue, a emmêlé ses nageoires dans les filaments de pêche. Elle perdra l’usage de ses membres inférieurs. Il la retrouve dans un bassin : « j’ai envie de pleurer » ! Dans ce centre de soins, il y en a plein d’autres ! Des tortues viennent en grand nombre dans les iles Kei, dans le sud des Molusques en Indonésie. Il aimerait rencontrer les plus vieilles tortues marines. Jonathan est le doyen, cent quatre-vingt-treize ans. Comment déterminer leur âge ? De nouvelles techniques moléculaires sont en cours. David Grémillet est frappé par « l’apparence immuable des tortues marines rencontrées un peu partout dans le monde ». A quoi est due cette négligeable sénescence ? Leur remarquable tolérance à l’oxygène ? Leur morphologie qui leur permet d’échapper aux prédateurs? Les tortues marines sont présentes en Méditerranée depuis des dizaines de milliers d’années. Cachées dans un monde en guerre, les tortues vertes nicheuses sur la rive nord de Chypre migrent le long de la rive sud de la Méditerranée en hiver. La protection porte ses fruits, au nord de Chypre quatre fois plus de tortues viennent pondre. « Rêves de tortues » : l’auteur rappelle son souhait de partager le quotidien des tortues dans les pays du sud. Il a identifié en Australie un programme de conservation mené par les peuples premiers. Le bilan de son voyage en Australie est positif : les tortues se portent relativement bien. Aujourd’hui, les tortues marines résisteront-elles aux actions des hommes ? En fin d’ouvrage, les portraits de sept belles nageuses. A travers ce récit captivant, fruit d’enquêtes scientifiques dans différents pays du monde, David Grémillet nous communique son amour pour ces extraordinaires tortues marines. Après avoir raconté comment ces « discrètes » ont traversé toutes les épreuves des temps passés, il décrit les incroyables performances physiques, les migrations à travers les océans de ces animaux patients, résilients qui suscitent notre admiration.







