Thérèse Encrenaz, Athéna Coustenis, éditions Eyrolles
Thérèse Encrenaz et Athéna Coustenis, deux astrophysiciennes expertes en exobiologie, proposent au public un ouvrage richement illustré, aisé à lire, pédagogique, très complet, sans emphase sur un sujet qui ne cesse d’enflammer les esprits, celui de la vie dans le Cosmos. Pour écrire un tel ouvrage, elles adoptent une démarche scientifique, naturelle pour ces astrophysiciennes ayant fait leurs preuves, et couvrent l’ensemble du champ au travers d’un exposé d’une grande objectivité, passionnant et jamais ennuyeux.
Un premier chapitre donne les bases astronomiques à connaître et un bref historique de la question de l’existence d’autres civilisations. Le deuxième chapitre indique les bases de l’exobiologie et en particulier fait le point sur les modalités et conditions d’apparitions de la vie, prise au sens de l’existence d’organismes qui naissent, meurent et se reproduisent. Ces conditions sont au nombre de trois pour l’essentiel : eau liquide, présence de certains atomes désignés CHNOPS et source d’énergie. Leur coexistence en un certain milieu définit un habitat. Vie et habitat, pris dans ces sens restrictifs sont ainsi toute la matière de ce livre ; les prendre dans un sens plus extensif d’habitat pour d’autres humanités relèverait du rêve ou de la science-fiction.
Les trois chapitres suivants étudient en détail les 8 planètes du systèmes solaires et leurs satellites, les milieux qu’elles présentent et les mécanismes d’évolution qui les ont conduites à être ce qu’elles sont aujourd’hui en ce qui concerne la vie: pas de vie découverte à ce jour, mais présence détectée d’eau liquide pour nombre d’entre elles et plusieurs des espèces atomiques des CHNOPS. Pourtant relativement similaires entre elles et dans la zone réputée habitable de leur étoile, Vénus, Mars et la Terre, qui ont toutes contenues de l’eau liquide à un moment de leur histoire, ont connu des destins très différents. Il y a là sûrement une leçon à méditer pour conserver à tout prix notre bonne vieille Terre. Une catastrophe ne serait-elle pas toujours possible ?
Après un chapitre consacré aux techniques de détection des indices de vie, les autrices passent au concept de la zone d’habitabilité dans le système solaire : milieux propices à l’émergence de la vie. Les nuages de Vénus sont une piste ténue, les océans liquides piégés sous la surface de quelques satellites joviens ou saturniens : Europe, Ganymède, Callisto, Titan et Encelade en constituent d’autres pistes. Mais ce sont là des « habitats » très différents du sens commun d’habitat.
Les données obtenues sur les milliers d’exoplanètes découvertes à ce jour sont ensuite analysées. Mais la détection des atmosphères et de leurs constituants est encore très délicate, ainsi que les conditions de leur révolution autour de leurs étoiles. Améliorer nos connaissances sur ces exoplanètes, leurs atmosphères, la présence d’eau et les conditions physiques et énergétiques demandent des moyens de plus en plus puissants et coûteux : télescopes terrestres, télescopes sur satellites, missions spatiales sont en préparation ou en cours pour des progrès incrémentaux dans la détection à des niveaux de plus en plus fins. Des missions habitées (sens usuel du terme !) sont même envisagées par toutes les puissances spatiales malgré leurs coûts démesurés au regard des performances obtenues par les missions robotisées.
Au chapitre 10 sont exposés les projets et développements visant à la colonisation par des humains de milieux dans l’espace pour y vivre en substitution de nos habitats terrestres en cours de destruction. Au dire même des autrices, ces projets posent de multiples manquements éthiques au-delà d’être technologiquement hors de portée avant plusieurs décennies et de représenter des gouffres financiers abyssaux. Le chapitre 11 tente une dernière exploration vers les tentatives d’entrer en communication avec des mondes extra-terrestres mais l’on voit bien que les résultats obtenus ne justifient en rien les efforts déployés.
Le dernier chapitre est à méditer profondément. Les autrices se refusent à donner une réponse à la question de l’existence d’une autre forme de vie extra-terrestre. En effet, le produit d’une quantité infiniment petite (probabilité d’existence) par une quantité infiniment grande (le nombre possible de systèmes stellaires) est une indéterminée en mathématique tout comme en physique. Quelle que soit la réalité et l’impossibilité d’une communication, il reste pour elles que notre curiosité naturelle et notre soif de connaissances justifient un certain niveau d’investissement dans la poursuite de missions robotisées.
Mais, comme elles le soulignent, il y a d’autres impératifs : » Mais, dans le contexte actuel de crise climatique et environnementale, la préservation des ressources de notre planète et la garantie de leur utilisation juste et efficace doit rester l’absolue priorité ».
Cet ouvrage, richement illustré, de Thérèse Encrenaz et Athéna Coustenis, deux astrophysiciennes expertes en exobiologie, est indispensable pour avoir des connaissances approfondies sur les mécanismes de la vie, sur l’histoire et la quête de l’habitabilité de planètes dans l’Univers. Cet exposé d’une grande objectivité, passionnant et jamais ennuyeux permet au grand public de réfléchir aux limites de la science et aux enjeux éthiques de cette recherche de la vie dans le Cosmos.





