Pendant longtemps, il paraissait absurde de parler de conscience animale. Les avancées des neurosciences et de l’éthologie ont permis de lever le tabou de la conscience animale. De nombreuses recherches ont montré chez des espèces « des capacités d’abstraction mentale complexes, permettant une conscience de soi, de son propre corps et une conscience des autres ». Benoit Grison trace un historique de la cognition animale en expliquant que deux biais cognitifs ont empêché de percevoir la conscience animale : le biais de taille et le biais de dissemblance. Il est question de « métacognition » quand un individu est capable d’arbitrer consciemment entre plusieurs choix, de raisonner à propos d’options de résolution possible. Le but de cet ouvrage est de restituer l’émergence de ce champ scientifique novateur. Arnaud Rafaelian est un illustrateur scientifique de talent. Il met dans ses dessins beaucoup d’humour qui est un régal pour le lecteur. Dans « Le cœur à l’ouvrage : les techniques animales », plusieurs cas d’imitation de techniques ont été constatés chez des animaux. L’ éléphant est le mammifère qui sait le mieux manipuler des objets. Les castors utilisent spontanément des outils. Le raton laveur fait preuve de capacités de raisonnements étonnantes. Savez-vous que la cognition des oiseaux a été aussi revue suite à des constatations sur le terrain ? Perroquets et corbeaux étonnent par leurs performances cognitives. Il en est de même pour les mammifères marins. Il a été constaté chez certains animaux l’« intelligence d’attendre »comme chez l’ours blanc. Dans « Bêtes de calcul », Benoit Grison cite les travaux de scientifiques révélant que les animaux savent compter. Les corvidés et psittacidés sont connus pour leurs capacités cognitives. Savez-vous que des oiseaux ont la « bosse des maths » ? Les abeilles possèdent des capacités arithmétiques étonnantes. Ont-elles la maitrise du zéro ? Dans « le verdict du miroir », il est rappelé que Charles Darwin, suite à des observations du comportement de son fils, a été le premier à considérer que la reconnaissance dans le miroir est le signe de la conscience de soi. Des éthologues ont mené des expériences avec diverses espèces dont la pie qui cherche à effacer une tache qu’elle a sur le corps. Il en ressort qu’ils sont des animaux sociaux : «on ne peut devenir soi-même qu’à travers autrui ». Dans « Les règles du jeu », il est révélé que les jeux des animaux impliquent une activité consciente, « métacognitive ». Trois catégories de jeux sont distinguées : jeux moteurs, jeux d’objets et jeux avec autrui. Sont cités de nombreux cas étonnants dont un perroquet des montagnes qui émet un cri spécifique pour appeler ses semblables à jouer. Il y a un consensus pour affirmer que le jeu est une « parodie » de comportements fonctionnels utiles à la survie. La découverte la plus surprenante : certains bourdons se livreraient à des activités ludiques dont la pulsion est la curiosité ! Dans « l’intelligence du social », les recherches conjointes en sciences cognitives et biologie du comportement ont mis en évidence un fait essentiel :certains animaux décodent les pensées d’autrui et interprètent les émotions de leurs congénères. Comme l’humain, ils ont une « théorie de l’esprit ». Ces conduites parfois peuvent être qualifiées de ruse sociale et de tromperie, telles que les filouteries du drongo, un passereau africain. Dans « l’animal thérapeute », il est évident chez les biologistes qu’il existe une forme de médecine chez les animaux. Comment s’est construite cette nouvelle science, la zoopharmacognosie ? Dans les années 1970 fut observée une éléphante enceinte qui alla manger une plante pour faciliter le travail d’accouchement. Sabrina Krief a mis en évidence que les primates savaient se soigner par les plantes, connaissant les principes actifs des végétaux. Dans « Rabelais et le bonobo », il est question de l’anatomie du rire et du sourire. Dans « Du plaisir à l’addiction », l’observation scientifique repose sur la « sentience », l’animal éprouve consciemment des émotions et vécus subjectifs dont le « plaisir conscient ». Dans l’ombre de Thanatos, il est question de la perception de la mort dans le monde animal. A partir de 2010, a été initié un nouveau champ de recherche, celui de la « thanatologie comparée ». Des éléphantes transportent la dépouille de leur petit pendant très longtemps. Des conduites rituelles autour d’un animal mort ont été consignées. Il a été constaté qu’il existe « entre les grands singes et notre espèce, un monde de sentience partagé ». Dans le labyrinthe de la mémoire », contrairement à ce que des chercheurs avaient autrefois affirmé, les animaux ne sont pas enfermés dans l’instant. Ils font preuve de mémorisations tentaculaires. Il a été révélé l’ampleur de la mémoire de la seiche chez laquelle existe une « mémoire épisodique » sophistiquée. Les oiseaux ne sont pas en reste quant à mémoriser sur des temps longs. Les coliris en sont un bel exemple. Un tournant historique a été marqué par la déclaration de New York sur la conscience animale. Cette transformation de la vision scientifique de la cognition animale entrainera des changements majeurs dans les droits que nous accordons aux espèces distinctes de la notre, ainsi que dans les devoirs que nous nous imposons à leur égard ». Dans cet ouvrage, très judicieusement illustré par Arnaud Rafaelian, Benoit Grison offre une reconstitution passionnante de l’évolution de la conception de la conscience chez les animaux en retraçant l’histoire des travaux des chercheurs en sciences cognitives jusqu’aux immenses progrès en neurobiologie.

Grotte Chauvet, l’aventure scientifique
Le 15 octobre 2024, la Cité des sciences et de l’industrie présente Grotte Chauvet, l’aventure scientifique, sa nouvelle exposition temporaire consacrée à l’activité de recherche





