Laurence Paoli, Actes sud
La prise de conscience de la pollution sonore de l’Océan est de plus en plus grande. Laurence Paoli, l’auteure, a travaillé au Museum national d’Histoire naturelle sur la communication animale. La pollution sonore est un sujet complexe qui demande que des algorithmes soient mis au point pour étudier la propagation du son. Elle a mené une enquête pendant deux ans pendant laquelle elle a rencontré plus d’une cinquantaine de personnes qui ont répondu à ses questions, consulté de très nombreux ouvrages et publications. Dans cet ouvrage, elle nous fait partager le travail et la passion de « tous ceux qui mènent jour après jour, dans un des milieux les plus difficiles à étudier de la planète, ce combat contre le bruit et pour la vie ». Sont retracées d’abord toutes les recherches et découvertes menées depuis 1939 sur l’émergence de la bioacoustique sous-marine avec les noms des spécialistes et lieux de leurs travaux. Ainsi, depuis les années 1980, Kathleen Mary Stafford, spécialiste des américaine des baleines boréales est « une référence absolue dans le monde de la communication des baleines, une sorte de Jane Goodall de ces majestueux animaux ». Dans des encadrés sont données des explications techniques sur des sujets pointus comme la colonne d’eau. Comment les organismes marins « entendent » ? Les pinnipèdes possèdent une oreille moyenne amplificatrice. Comment émettent-ils ? Les mammifères marins produisent, avec leur larynx et les cordes vocales, des grognements, des cliquetis… dans des fréquences situées entre 100 et 10 000hertz. Comment voient-ils ? Les ondes sonores leur servent à voir, c’est le principe de l’écholocation. Michel Hignette, directeur honoraire de l’aquarium de la Porte Dorée à Paris a fourni beaucoup d’informations dont une cartographie de l’Océan réalisée avec des satellites. Une communication acoustique a lieu quand une espèce émet des sons pour faire peur, pour donner des informations et pour entrer en relation. Laurence Paoli a interrogé Charlotte Curé, chercheuse en bioacoustique au Centre d’études et d’expertise pour les risques (Cerema, qui est la grande spécialiste des expériences de « playback » chez les cétacés. Lors de ses sorties en mer, elle va récupérer des données qui vont lui permettre de déterminer la fonction de leurs chants. Le chant émis pendant une heure par une baleine à bosse mâle est-il pour séduire une femelle ? Les balises sont bien utiles pour constituer une banque de sons. Qui le produit ? Dans quel contexte ? Une autre grande spécialiste, Fabienne Delfour, a formulé l’hypothèse que les chants des baleines revêtent quatre dimensions. Roger Payne publie des articles révolutionnaires dont le premier expliquant que les baleines à bosse chantaient des airs structurés et évolutifs et le deuxième expliquant que les sons émis par les rorquals peuvent se diffuser à des milliers de kilomètres. Le paysage sonore est formé de la biophonie : l’écoute des ultrasons ; de la géophonie : l’écoute des sons naturels et de l’anthropophonie : l’écoute des sons anthrophiques. Les bruits émis par les hommes sont de deux sortes : impulsifs (sonar et éoliennes) et continus (trafic maritime). Ils empêchent une bonne communication entre mes mammifères marins. Quels sont les effets ? Ils sont de deux sortes : ils endommagent le système auditif et perturbent le comportement en provoquant par exemple des peurs paniques. Il leur est difficile d’échapper aux bruits ! Au fil du temps des mesures ont été prises, en 1956 l’ONU a lancé la première conférence sur le droit de la mer aboutissant en 1958 à quatre conventions dites de « Genève ». En 1977 a été créé le premier dispositif permettant la localisation, pendant quatre-vingt-dix heures, d’un animal équipé d’une balise sur le dos. Le projet « Atoc » a été lancé pour étudier les variations de changements de température. En 2000 une autre révolution est l’arrivée des cartes flash pour enregistrer des données en grande quantité pendant très longtemps. En Nouvelle Zélande et au Cap vert, on a constaté de nombreux échouages, ainsi que d’autres régions du monde. Une scientifique, Susannah Buchan explique le rôle essentiel des baleines dans l’océan dont celui de la fertilisation. Notre arrivée dans l’Océan a provoqué beaucoup de souffrances aux espèces marines. Des études d’impact ont été réalisées. Aujourd’hui des mesures sont prises pour interdire le dépassement de certains seuils, inciter à l’utilisation de la voile, privilégier les éoliennes flottantes, utiliser la technique d’un rideau de bulles, décarboner les navires …demandant la mobilisation de scientifiques de différentes disciplines : physique, musicologie, mathématiques, biologie… Dans sa conclusion, Laurence Paoli évoque sa sortie en mer avec Hervé Glotin, bio-acousticien, pour « écouter ». elle peut entendre les dauphins qui évoluent autour d’eux. C’est un véritable choc : nous sommes « ensemble ! Dans cet ouvrage de référence en bioacoustique marine, Laurence Paoli fait découvrir comment cette science est née et s’est développée. Cette scientifique passionnée a été à la rencontre de nombreux spécialistes de terrain travaillant sur la pollution sonore provoquée par l’homme et sur les solutions pour protéger ces extraordinaires mammifères marins.






