Titre et sous-titre laissent à penser que l’on est en présence d’une enquête archéologique et thanatologique. C’est vrai en partie puisque la découverte d’un cercueil en plomb non identifié à la croisée du transept et de la nef dans Notre-Dame, après l’incendie de 2019, est le point de départ du travail de médecine légale confiée à Éric Crébuzy. Ce travail est mené avec une grande compétence permettant peu après l’examen des restes du squelette contenu dans le cercueil à questionner une identification possible avec le deuxième plus célèbre des poètes de la Pléiade qui n’est autre que Joachim du Bellay. Les dates concordent, les traces des maladies sur le squelette (tuberculose méningée chronique) aussi, et également les comptes-rendus et minutes du chapitre de Notre-Dame sauf sur le point du lieu précis d’inhumation. Mais d’autres cas de lieux inexacts existent dans Notre-Dame. La preuve absolue manque mais le faisceau des indices argumente puissamment cette thèse d’identification avec Joachim du Bellay. Au-delà de cette passionnante enquête, le livre plonge le lecteur dans la France juste avant les guerres de religion et dans les mécanismes bien troubles de la société française entre aristocratie, gens d’église, gens de lettres et gens du peuple. Le lecteur est également amené à découvrir les travers de la papauté et de ses compromissions avec les pouvoirs temporels européens. Joachim du Bellay, lui-même chanoine et titulaire de diverses prébendes, est en effet le neveu du cardinal Jean du Bellay, doyen à Rome du Collège des cardinaux et grand protecteur de Joachim, de l’évêque Eustache du Bellay, évêque de Paris, de René du Bellay, évêque du Mans, de Guillaume du Bellay, grand capitaine de François 1er, et autres personnages illustres. On est donc au cœur des relations entre puissants de France et de Rome. Au-delà de cette sociologie du temps, l’auteur nous invite à une relecture de ce poète, somme toute peu connu hors du « Heureux qui comme Ulysse … », comme un poète de l’intime, de la souffrance et de la maladie qu’il endura sa vie durant. Enquête et étude historique et humaine bénéficient d’une belle écriture et l’intérêt de la lecture est toujours vif.

Exposition ESPIONS (Terminée)
À visiter en famille avec des enfants partir de 6-7 ans Ce n’est pas une exposition comme les autres : le visiteur est un personnage





