Étienne Davodeau, Futuropolis (BD)
Étienne Davodeau a déjà écrit des bandes dessinées « uniques » où il exprime tant de choses sur la vie. Cette fois, c’est en couple qu’il a conçu cette BD, se rendant compte que sa femme vivait des moments très riches sur le plan humain dans son métier. D’abord réticente, Françoise Roy, donne son accord pour faire ensemble un livre pour partager son vécu et aider des familles de patients touchées par des maladies neurodégénératives comme la maladie d’Alzheimer. L’excellent choix du noir et blanc pour les dessins traduit très bien la force des sentiments exprimés. Etienne et Françoise s’expriment tout en nuances et en délicatesse, partageant, comme dans un couple uni, la même complicité et l’écoute attentive de l’autre. François raconte ses visites à différents patients en tant qu’infirmière spécialisée dans l’accompagnement de personnes atteintes de troubles cognitifs. « Monsieur Saunier » est étonné d’être en France, il se croit en Allemagne ! Il emmène Françoise en voiture jusqu’au parc. De retour chez lui, il prend Françoise pour sa fille. En discutant avec son mari, elle se rend compte qu’elle a fait une erreur : imposer une réalité qui n’est pas la sienne. Et si « raconter les choses permet de mieux les comprendre » ? Un passage fort émouvant quand le lecteur voit que Monsieur Saunier ne sait plus qu’il est marié et qu’il a des enfants : moment de grande tristesse pour lui « Qu’est-ce que j’ai fait pour mériter cela ? ». Etienne, contrairement à sa façon habituelle de procéder, rencontrer les personnages de ses BD, dit à Françoise que c’est elle uniquement qui répondra à ses questions : « Je vais me mettre dans tes pas là où tu vas ». « Madame Marchand » a besoin de gestes tactiles pour entrer en contact. Dans des vignettes sans texte, tout est pourtant dit de ces instants où on prend la main d’une personne, moment très fort éprouvé par toux ceux qui essayent de tisser des relations avec des personnes en difficulté et qui annonce qu’un lien va pouvoir se tisser. Comment trouver l’attitude juste quand une personne ne sait plus utiliser les toilettes ? Quand Françoise lui apporte des fleurs, elle retrouve les gestes précis qu’elle faisait quand elle était fleuriste. S’appuyer sur la mémoire procédurale, la mémoire du corps, aide beaucoup les gens à se retrouver. « Les mots » sont si importants ! Plus que désigner le nom de la maladie, il faut parler des capacités préservées d’une personne qui est « comme nous ». « Madame Maleau » refuse toute aide. Françoise lui apporte de beaux livres de peinture, des objets de toilette pour jouer… « pour réveiller la mémoire des gestes ». Il faut être conscient qu’il s’agit d’ une relation humaine particulière , une relation humaine apaisante « c’est pour cela que j’aime ce métier » ! « Savoir faire, savoir être », une femme prend son fils pour son mari, la mémoire ancienne est moins abimée que la mémoire récente. Françoise soumet d’autres exemples à son mari. Lors des discussions, elle lui recommander de ne pas parler de « malades ». « ça ne marche pas toujours » accompagner les aidants est parfois plus compliqué. « Carpe diem » Françoise raconte son parcours professionnel, son expérience enrichissante au Québec. « Transmettre » Françoise intervient pour faire part de son expérience au personnel dans un EHPAD. Un jour Étienne a croisé « Cédric ». Il lui demande s’il veut raconter. Et Cédric est d’accord. Avant d’écrire cette BD, ils sont partis tous les deux, pour prendre le temps… Pour raconter les expériences très riches sur le plan humain de sa compagne Françoise, Étienne Davodeau lui dit « Là où tu vas, chaque jour, tu seras mes yeux et mes oreilles. Retransmettant avec une grande délicatesse et sensibilité la vie de ces « personnes » touchées par des troubles neurodégénératifs, Étienne Davodeau avec sa compagne Françoise réalise une bande dessinée qui nous touche beaucoup, nous émeut et nous fait partager ce que vit Françoise exerçant « le plus beau métier du monde » ! Et encore plus émouvant et enrichissant pour ceux qui vivent avec ces « personnes » au quotidien.






