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La naissance du savoir. Dans la tête des grands scientifiques

Nicolas Martin, pendant six ans, a été à la tête de la « Méthode scientifique » sur France Culture. Il a reçu quelque deux mille scientifiques dans cette émission très appréciée par le grand public. Se posant beaucoup de questions, que se passe-t-il dans le cerveau d’une personne qui cherche à comprendre le monde qui l’entoure, comment naît et se développe une idée nouvelle… il a eu la très bonne idée de soumettre un questionnaire à dix-sept grands scientifiques, avec la même grille de lecture : 7 femmes, 10 hommes, 2 prix Nobel et 4 médailles du CNRS. Pour le préparer, il a consulté deux ouvrages essentiels : « La formation de l’esprit scientifique », de Gaston Bachelard et « Notebooks of the mind : Explorations of Thinking » de Vera John-Steiner. Ce questionnaire comprend trois grandes parties. Comment naît leur vocation ? Quelle est la nature de la formulation et de l’organisation de la pensée? Et quelles sont les circonstances propices à l’élaboration de la pensée ? Qui n’a pas rêvé d’avoir une rencontre avec des scientifiques qui vous ont passionnés, en les écoutant ou en lisant leurs ouvrages ? Nicolas Martin nous en offre l’opportunité. À la question : comment se formule votre travail de réflexion ?, Carlo Rovelli parle de sa chance d’avoir passé du temps avec Roger Penrose et Ted Newman. Totalement opposés, « Penrose a une imagination géométrique et spatiale étonnante ; Ted Newman a en revanche une extraordinaire capacité à manipuler les équations… C’était merveilleux de les voir travailler ensemble… ils ont fait de la physique merveilleuse ». Alain Aspect raconte un souvenir d’enfance qui est le point de départ de sa vocation scientifique. À l’époque les instituteurs avaient une formation scientifique substantielle. Une des leçons de choses m’a énormément frappé, verser du vinaigre sur un morceau de calcaire. Ce qui me fascine, c’est que l’on puisse interpréter rationnellement cette observation bizarre. « L’Île mystérieuse » de Jules Verne a été une source d’inspiration pour moi. En première et terminale, j’ai eu un professeur de physique absolument formidable. Une expérience qu’il avait faite m’a servi pour celle de ma thèse qui m’a valu le prix Nobel de physique. » C’est un jeune professeur, Christian Imbert, qui lui a donné un dossier sur un sujet peu étudié qui a été pour lui un déclic. Un beau témoignage sur l’importance des enseignants ! André Selosse, biologiste, explique comment l’évolution de la technologie a modifié totalement sa manière de travailler. L’évolution des techniques de biologie moléculaire a permis de savoir lister la les microbes d’un milieu. Avec le séquençage haut débit, on peut facilement identifier 10 000 champignons dans un échantillon. La chimie isotopique m’a permis de lever des questions. Pour Yves Agid, neurologue co-fondateur de l’Institut du cerveau, les qualités qui donnent envie de faire découvertes, ce sont la curiosité, l’élan vital, une pensée « à côté », l’imagination. « Il faut être capable d’inventer. Un artiste, en somme ». Il est essentiel aussi de lire l’histoire des sciences. Pour Hélène Lœvenbruck, linguiste, les artistes, comme les chercheurs veulent comprendre ce « quelque chose de profondément caché derrière les choses ». Albert Einstein, comme l’a dit Giacometti : « l’art et la science c’est tâcher de comprendre ». Avoir adopté le mode de la conversation rend cet ouvrage très vivant. On a l’impression que les scientifiques sont à nos côtés, ce qui donne à la science un côté familier. Le lecteur s’apercevra que, même si les questions sont les mêmes, les conversations sont uniques ! D’autre part, le choix de scientifiques de disciplines différentes offre des regards et des expériences multiples, ce qui donne une grande richesse à cet ouvrage. Pour tous les passionnés de sciences, les médiateurs auprès du grand public, il est très intéressant de comparer différentes réponses à une même question, l’importance d’accumulation de connaissances, le processus créatif, la part de méthode et d’intuition, pour prendre conscience de ce « besoin vital de comprendre, d’avancer, de transmettre » afin d’être à même à son tour de communiquer aux jeunes cette passion pour les sciences. Par cet ouvrage exceptionnel permettant de comprendre ce qui se passe dans l’esprit des scientifiques, une plongée inédite dans leur intimité, Nicolas Martin nous convainc complètement que « les sciences, c’est la vie ».

Nicolas Martin, Les Arènes

5/5
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