Tahnee Juguin, Ill. Amandine Puntous, Futuropolis
Voici un récit d’une grande force sur un peuple qui lutte pour rester en vie. Tahnee Juguin, scénariste et Amandine Puntous, illustratrice, ont passé deux longs séjours sur le terrain, à Long Tevenga, en Malaisie, où vit le peuple Penan. Elles se sont inspiré de personnages réels et de conversations avec plusieurs familles, avec le soutien de l’ONG Bruno Manser Fonds (BMF). Amandine Puntous a réalisé sur place les dessins de cette bande dessinée. Ses illustrations donnent vie, d’une manière très précise, aux paysages, à la vie quotidienne, aux traditions et au combat du peuple Penan. Superbes planches, sans texte qui magnifient la forêt ainsi que les relations intimes que ce peuple entretien avec elle. Comme dans d’autres pays, la déforestation menace l’écosystème et fait aussi peser une menace de disparition pour le peuple Penan.
Le lecteur est tout d’abord immergé dans la forêt où les Penan assistent impuissants à la destruction de leur maison-barrage. Ils demandent de l’aide. Au village, ils racontent comment ils ont dû apprendre à résister, confronter la police, saboter des engins, apprendre le malais… Ils ont récolté les données du GPS pour dresser une carte précise de leur territoire pour montrer que chaque endroit est utile au peuple Penan nomade. Ainsi est née l’association Sawry Ngivun. Liaa étudiante en anthropologie, a expliqué, dans son travail autour des cartes, que « déforester ce n’est pas seulement exploiter c’est aussi contrôler le vivant ». De nuit, ils reconstruisent une maison–barrage en travers de la route pour empêcher les ouvriers d’avancer. Ceux qui détruiront ce barrage, seront empêchés d’avancer par les esprits et n’auront que quelques jours à vivre !… Le grand-père leur explique que « le nomadisme est l’essence même de notre mode de vie ». Comme ils n’ont pas de carte d’identité, ils sont vulnérables. L’Etat soutient l’action de l’entreprise car elle veut faire une autoroute. Il leur est proposé de leur attribuer un territoire où ils pourraient vivre en paix et le reste serait attribué à l’entreprise ! Jusqu’où iront les dirigeants de l’entreprise ? Un événement tragique suscitera une vive réaction des ouvriers qui refuseront de suivre les ordres donnés.
A la fin de la BD, un dossier très complet sur Tana Pengurip : La forêt vivante des Penan. Comme tous les peuples autochtones, les Penan entretiennent des liens très étroits avec la forêt. Ils en connaissent toute la richesse biologique et ainsi peuvent vivre en autonomie. La déforestation s’apparente à un ethnocide. C’est pourquoi ils mènent un combat depuis plus de 40 ans. Puis Tahnee Huguin explique son combat, accompagné de nombreuses photos couleur légendées où on découvre les vrais personnages dans leur vie quotidienne et leur lutte pour garder leur forêt. Apprenant, en 2018, que le peuple Renan avait gagné un procès face à une exploitation forestière, elle veut comprendre comment ils combattent. Lors de son deuxième séjour, avec Amandine Puntous, la maison-barrage s’est imposée comme le thème principale autour duquel bâtir son récit. Elles ont soumis leur récit aux principales personnes concernées afin qu’elles donnent leur avis.
Ce roman graphique, illustré de dessins réalisés sur place, est né d’un amour partagé pour un très beau territoire essentiel à la vie du peuple Penan entre Tahnee Juguin et Amandine Puntous et ses habitants. Celles-ci se sont immergées dans la vie des familles, écoutant les acteurs du combat, admiratives de leur endurance pour empêcher la destruction de leur forêt qui est partie intégrante de leur vie et de leur culture. C’est un récit qui vous émeut, mesurant la douleur d’un peuple nomade qui se demande s’il va survivre et qui nous interpelle quant au non-respect des peuples à disposer d’eux-mêmes.






