Dorothée Lépine, Flammarion
Dorothée Lépine, auteure, met en lumière des femmes oubliées. Après avoir entendu parler d’Andrée Viollis, comparée au « prince des reporters » Albert Londres, par un heureux hasard, a trouvé la tombe d’Andrée Viollis, avec pour seule date, celle de sa mort en 1950. Lancée dans des recherches, elle est immédiatement séduite et se lance dans l’écriture du « roman de son existence ». En octobre 1929, Andrée Viollis, envoyée spéciale du Petit Parisien, veut se rendre à Kaboul. Malgré un vol à haut risque, elle est déterminée. Arrivée à Kaboul, elle tient son « scoop », aucun autre confrère n’a réussi à y parvenir ! Quelle a été la jeunesse de cette baroudeuse ? « Je ne veux pas être une jeune fille « dit-elle à son père. Andrée aimerait aller à l’aventure comme Michel Strogoff. Plus tard elle sera marin. Après la mort de son père, elle est envoyée en Angleterre dans un pensionnat moderne. Elle fait partie des quelques femmes qui passent le baccalauréat. Elle fait une licence de lettres à la Sorbonne,« une défricheuse » 2% de femmes à peine parmi les 8 000 étudiants ! D’une santé fragile, toute sa vie Andrée « plie mais ne rompt jamais ». Elle repart en Angleterre pour être institutrice dans la famille Harcourt qui l’aidera à se cultiver. En 1895 elle épouse Gustave, professeur de philosophie. Revenus à Paris, Andrée se tourne vers le journalisme. Andrée Viollis s’intéresse au sort des femmes dénonçant la violence qu’elles subissent. Elle se range derrière Jean Jaurès qui soutient les femmes. Elle écrit dans la fronde, apprenant le métier sur le tas. Comme Nelly Bly, cachant son identité, elle se fait embaucher pour dénoncer la mauvaise condition des femmes. Son couple bat de l’aile. Son mari a attaqué Marie Curie ! Divorcée, elle n’a pas la garde de leurs deux filles. Une nouvelle vie commence avec Henri d’Ardenne de Tizac. Chroniqueurs tous les deux, ils voyagent beaucoup. Ils réunissent leurs contes en roman. La guerre arrive. Andrée est envoyée sur une péniche-ambulance puis dans un hôpital : « surmenage atroce » ! Elle écrit son premier papier pour le Petit Parisien qui a un grand succès. Mais elle doit aller se faire soigner en Suisse. Puis elle saisit sa chance, en Angleterre, pour écrire des articles. Et le patron du Times les remarque ! Elle pourra interviewer le premier ministre : c’est la gloire ! Le « grand reporter « est apparu. « Elle a le scoop dans le sang, le souci de l’information exacte aussi ». Sa voie est tracée : « devenir une professionnelle de l’aventure ». Dans les années 1920, la vie a repris. Les préjugés vis-à-vis des femmes persistent. Andrée Viollis a maintenant les cheveux courts et fume, deux signes d’émancipation. Elle fait le portrait de personnalités en mettant les femmes à l’honneur. En 1924 elle est élue au comité directeur du Syndicat des journalistes. Elle fait le portrait du grand journaliste Albert Londres qui à son tour fait ses éloges. En 1926 elle part pour la Russie : « une femme seule en Russie bolchevique » ! Aimant être à la pointe de l’actualité, elle va en Arménie où il y a eu un violent tremblement de terre. Elle fera le une du Petit Parisien. Ce sera sa consécration ! Des pionnières publient leurs récits d’aventure dont Alexandra David-Néel. Andrée est très fière de son reportage en Afghanistan où elle a retrouvé des amis archéologues. 1933, Andrée continue ses reportages, louée par ses collègues pour la recherche de la vérité, « sa vérité ». « Son sens de l’adaptabilité est la marque des grands reporters ». Tout en étant en tenue de bourgeoise, elle est « une patrouilleuse » sur tous les terrains, avec une volonté inébranlable pour défendre ‘la vérité et les causes justes ». De 1930 à 1933, elle passe d’un pays à l’autre. En Inde elle rencontre Gandhi qui l’impressionne. Son reportage paraitra en volume, préfacé par Sylvain Lévi du Collège de France : « Mme Violis a voulu voir l’Inde souffrante, l’Inde militante… ». Paul Reynaud lui propose de l’accompagner en Indochine. Elle reste, après le voyage officiel, pour connaitre la vraie situation des habitants au Laos et au Japon. A peine guérie d’une grave maladie, elle fait un reportage sur la victoire du Japon. Après dix mois en Extrême Orient, elle rentre à Paris. Elle reçoit le prix de l’Europe nouvelle et est membre du jury qui décerne le premier prix « Albert Londres », décédé un an plus tôt. Et pourtant elle est déprimée, devant l’incompréhension des gens face aux transformations du monde. Dans la Sarre, elle constate l’omniprésence nazie et l’atmosphère « irrespirable’ ! Après le cri d’alarme lancé par André Malraux, elle publie dans la revue Esprit un témoignage sur les pratiques coloniales. Elle publie un livre coup de poing : « Indochine S.O.S. ». 1936, trois femmes font leur entrée au gouvernement. Rêvant d’un journal où on peut dire la vérité, elle crée « Vendredi » avec deux complices antifascistes. Elle veut attirer l’attention sur ce qui se passe en Espagne sous Franco. Elle choisit de s’engager. Elle démissionne du Petit Parisien et entre à Ce soir. Voulant faire bouger les choses, ses articles gagnent en « intensité dramatique, inaugurant un journalisme partisan, idéologique ». Mais suite au pacte entre Hitler et Staline, les journaux communistes sont interdits. Elle se retrouve au chômage ! « Que vais-je faire ? ». La France est coupée en deux, elle se rend à Dieulefit où elle retrouve des amis dont Emmanuel Mounier, directeur d’Esprit. Dieulefit devient la capitale de la résistance avec les quatre femmes, « les fées de Beauvallon » dont Marguerite Soubeyran qui sauve des enfants juifs. Elle soutient la résistance. A la libération, elle reprend le reportage sur la route conduisant à Paris. Elle sera « envoyée spéciale » aux Etats-Unis où elle remporte un grand succès en racontant la résistance en France. « Marin un jour, marin toujours », elle est enthousiasmée de monter sur une vedette ayant servi au débarquement. A 75 ans elle saute en parachute ! Rentrée en France, elle assistera au procès de Nuremberg. Une presse féminine encourage les femmes à prendre leur place dans la société. N’en pouvant plus des guerres, elle s’engage pour un règlement pacifique au Viêt Nam et reçoit HôChi Minh à son appartement. Pour montrer qu’elle est toujours prête à s’indigner, elle publie « Afrique du Sud, cette inconnue ». A sa mort en 1950, de nombreux hommages sont rendus à la journaliste, la militante. « Partout où il y avait de la misère, de l’oppression… on voyait arriver, volontaire, inlassable, la petite dame aux yeux bleus » écrit Jean-Marie Domenach. Mais la profession sera bien ingrate puisqu’elle tombera dans l’oubli jusqu’en 2006 ! En fin d’ouvrage, des photographies montrent des moments importants de sa vie. Dorothée Lépine a su restituer, dans un récit passionnant, non seulement la carrière d’une journaliste exceptionnelle mais aussi la vie d’une femme d’une grande humanité qui toute sa vie s’est battu pour les causes justes et a voulu rendre compte de la vérité là où des hommes et en particulier des femmes, luttaient pour améliorer leur situation.







