Cédric Dentant, Ill. Cécile Guillard, Futuropolis
Cette bande dessinée science est née d’un double constat : celui d’une inquiétude face aux changements climatiques et celui du besoin de proposer des clés pour apprivoiser une nature a priori sauvage. Qui mieux qu’un botaniste pouvait répondre à ce besoin ? Cédric Dentant, botaniste et membre du service scientifique du parc National des Écrins, en toute complicité avec Cécile Guillard, illustratrice expérimentée dans le travail d’enquête et passionnée de montagne, ont choisi pour s’exprimer la bande dessinée « science », qui permet d’allier le récit aux informations scientifiques car « la science raconte le monde par la production de faits ». Comme l’écrit Jean-Marc Rochette, « Cécile sait dessiner la montagne, ses levers de soleil, ses moraines, ses faces tranchantes. Elle la connait, elle a traversé le col des Écrins ». Jeanne, journaliste, est démoralisée devant les drames humains en montagne. Elle vient d’écrire un article sur un père qui a perdu sa fille lors d’une avalanche Il est urgent qu’elle parte ailleurs ! Elle se rend chez sa sœur au col des Guérins. Elle rencontre Nico, un botaniste qui lui propose d’aller voir des plantes. Il lui explique comment la Céüse s’est formée et est devenue un temple de l’escalade. « Vous entrez dans la beauté du monde ». Jeanne fait part de son souhait d’écrire un article sur la vie en montagne. Nico lui fait découvrir « une petite merveille, la plante la plus rare de France ». Il lui fait part d’un projet de scientifiques de L’INRAE : étudier la dynamique des plantes sur le mont Aiguille. Jeanne se documente sur l’écologie verticale, les plantes les plus hautes du monde. Lors de l’escalade, elle se fait reprendre par Nico : quand on parle d’une plante on parle d’un être vivant et non d’un truc ! Elle observe les scientifiques faire « parler » les plantes et découvre qu’on peut faire de la science en s’amusant ! « Ils pratiquaient une science vivante et joyeuse, loin des clichés habituels. Le lieu, les fleurs, tout appelait à la vie, A essayer de la comprendre, je découvrais une autre montagne… et peut-être une autre Jeanne ». Cette bande dessinée sous forme de reportage est aussi le récit introspectif d’une personne qui se cherche et qui essaye de renaitre à la vie. Elle rencontre enfin Cédric Dentant, le fameux botaniste, qu’elle voudrait suivre dans son travail de terrain dans les Écrins. Cédric lui donne des pistes, en particulier sur ce que la construction de la biodiversité pourrait dure de notre relation au vivant. Elle découvre les écrits de Pierre Lieutaghi, ethnobotaniste qui analyse les liens entre humains et nature. Elle est émue par ces écrits où la plante est un être vivant digne d’attention pour lui-même. Jeanne découvre un autre monde, celui de l’attention, celui de nommer. Elle participe à un inventaire fait par des fous furieux qui inventorient toutes les espèces sur leur commune. Pendant une douzaine d’années, Cédric avec une équipe a parcouru la montagne pour étudier les plantes sur les sommets des Écrins, du mont Blanc et du Viso. Elle replonge dans ses tourments en voyant les noms d’enfants emportés par une avalanche. Sébastien Lavergne, spécialiste en biologie de l’évolution, l’invite à les accompagner dans leur tour de la barre des Ecrins pour récupérer des échantillons et poser des capteurs. Ce sera une découverte exceptionnelle sur le plan scientifique et sur le plan personnel : « J’étais comme aimantée ». Encore un coup de stress…elle a du mal à quitter la montagne « Rester en vie ; Juste encore un peu ». Elle va enfin voir les vivants ! Les données contenues dans un capteur permettent de connaitre l’histoire d’une plante, ici l’évolution du Silène à travers les siècles. Serait-elle Apprivoisée ? « Enrichir le vivant que je suis avec le vivant que j’observe ». A la fin de la BD, des photographies légendées sur les fleurs observées, des portraits des principaux personnages dont les scientifiques et celles et ceux qui travaillent et qui habitent dans la montagne. Cette bande dessinée, à la fois reportage et récit introspectif, est une réussite ! Elle offre un autre visage de la science, « une science vivante et joyeuse » qui se fait sur le terrain, en équipe, à la découverte du vivant. Cette réussite est due à une collaboration fructueuse entre art et science, entre Cédric Dentant qui a découvert les arcanes de la scénarisation d’une BD et Cécile Guillard qui, sur le terrain, a acquis un autre regard sur les plantes « êtres vivants ». Cette BD est aussi un hymne à la beauté et au vivant, immergée dans la beauté au cœur du massif des Écrins, Jeanne reprend goût à la vie en découvrant une autre façon d’habiter le monde !






