Jean Perdijon, Dunod
Jean Perdijon, ancien ingénieur et physicien au CEA, est plus connu dans le milieu des technologies de la radioactivité et de la mesure que pour des travaux scientifiques dans des revues à comité de lecture. Cependant, son approche de la physique au travers de ses progrès historiques est originale puisque ce n’est pas l’attitude majoritaire dans l’enseignement supérieur qui préfère n’enseigner que la science dans sa conception la plus actuelle. Jean Perdijon récidive en la matière puisqu’il avait déjà publié en 2008 une Histoire de la physique. Si les six premiers chapitres du livre, qui en compte sept, semblent proches de l’édition précédente, ils en diffèrent sans doute par les titres choisis qui font appel à deux ou trois mots qui sont des signifiants thématiques des périodes envisagées: « du mythe au système » pour l’Antiquité, « l’autorité du dogme » pour le Moyen-Âge, « la méthode expérimentale » pour la Renaissance, « le monde newtonien » pour Le monde des Lumières, « le triomphe de la physique » pour La révolution industrielle et « l’économie remplace la curiosité » pour La physique atomique. Ces désignations thématiques sont déjà des appels à la réflexion sur ces diverses époques et leurs paradigmes. Le livre compte surtout un chapitre de plus sur la situation actuelle et des réflexions sur l’impasse théorique d’une physique devenue opérationnelle sans arriver à élaborer des perspectives théoriques rendant compte des observations au moyen de nouveaux concepts.
En fait, en un peu plus de 200 pages l’auteur met le lecteur dans la position d’un esprit éclairé de l’Antiquité qui entreprendrait un voyage au très long cours depuis ces temps anciens jusqu’à nos jours, et qui, grâce aux interrogations nouvelles de chaque époque, acquerrait progressivement de nouvelles connaissances explicatives du monde matériel, supportées par des modélisations mathématiques toujours plus sophistiquées. Les impasses ou zones d’ombres de chaque époque se trouvent ainsi remplacées par des lumières nouvelles jusqu’au prochain cycle. Éclairer les nouveaux concepts au moyen des interrogations d’époque et des expériences qui permirent de valider ces nouvelles perspectives est une démarche très féconde pour fonder une compréhension physique du monde qui ne soit pas qu’une pure application mécanique d’un modèle opérationnel sans intelligibilité. En même temps, l’auteur ne rechigne pas à nous présenter de multiples équations, toutes bienvenues, pour montrer combien ces équations sont le résultat d’hypothèses nouvelles sensibles et physiques tout autant que révolutionnaires vis à vis des schèmes de pensée alors prédominants.
L’ouvrage est parsemé d’encarts bienvenus pour approfondir certaines notions. Le style est très pédagogique et d’une lecture simple avec de nombreux schémas. Même si l’encart sur les fonctions semble arriver trop tôt dans l’ouvrage, l’ensemble est d’une grande qualité. Le dernier chapitre est le plus spéculatif et en même temps l’un des plus intéressants car l’auteur discute les grandes attitudes ou démarches scientifiques et leurs oppositions entre réel et opératoire, continu et discontinu, déterminé et indéterminé, localité et non localité en s’appuyant sur quelques grands textes de grandes figures de la physique.
Ses derniers questionnements sur l’horizon relativiste de la matière en mouvement de rotation sont une nouvelle hypothèse à approfondir pour expliquer peut-être la non visibilité de matières ou d’objets aux échelles cosmiques et de l’infiniment petit. Pourtant, celle-ci est rarement mentionnée dans les ouvrages spécialisés.
Le lecteur a donc à sa disposition, dans un petit format, un abrégé de physique très complet car couvrant un très large ensemble de disciplines scientifiques tout en en faisant une synthèse structurée et par là même séduisante. Cet abrégé ne permet pas de se lancer dans chacune de ces disciplines mais il peut être une référence à qui voudrait se souvenir des tenants et aboutissants d’une théorie et du formalisme qu’elle utilise pour en rendre compte. La présentation même succincte des expériences déterminantes pour avoir fait basculer à chaque époque la communauté scientifique possède un pouvoir didactique indéniable. C’est en fait un très bon plaidoyer pour l’acquisition et l’usage, à ne pas limiter, de l’intuition physique.







