Emma Haziza, Ill. Edo Brenes, Delcourt / Encrages
Emma Haziza, docteure en hydrologie de l’Ecole des Mines de Paris, est enseignante et vulgarisatrice. Dans ce roman graphique illustré par Edo Brenes, elle partage ses connaissances sur cette molécule, son histoire et son futur. Emma Haziza raconte comment, petite fille, après avoir habité Paris, elle a découvert la nature, dans un petit village des Pyrénées-Orientales. Elle voulait comprendre pourquoi avait eu lieu une terrible inondation. Elle est devenue hydrologue. Des années plus tard, à l’occasion d’un achat d’une robe fabriquée en Inde, elle va raconter à sa fille, comment en Inde, pour faire face aux famines, les habitants ont pompé l’eau dans les nappes de plus en plus profond. Aujourd’hui cela amène à une situation catastrophique en agriculture. L’Inde a dû arrêter ses exportations de blé. L’industrie textile tourne à plein régime et a besoin d’énormément d’eau. Il est possible de mesurer les quantités d’eau prélevées sur Terre. En Inde, 17 milliards de tonnes d’eau souterraine par an ! S’ajoute en plus la pollution des rivières, ce qui entraine la migration de population. Plusieurs causes s’additionnent les unes aux autres dont l’absolue confiance dans la croissance. En mer d’Aral, on est parti d’une bonne situation économique à un asséchement de la mer du fait de la fabrication d’armes chimiques et du détournement de deux fleuves. La culture intensive du coton a de graves conséquences. Les dirigeants politiques, en Russie, ont utilisé l’eau comme un instrument de pouvoir, pour montrer leur grandeur et leur puissance aux autres pays. Il en est de même aux Etats-Unis lorsque, avec la construction de barrages, le fleuve Colorado a été utilisé comme outil de conquête. En Ouzbékistan, l’irrigation est contrôlée au moyen de 450 barrages-réservoirs. L’eau évacuée hors des champs est polluée. Un autre problème est apparu, la remontée de sel. « La moitié des terres d’Ouzbékistan est salée » ! Le manque d’eau annonce une mise en péril de la culture du coton. C’est le fruit d’une politique ayant pour but de dompter la nature. Aujourd’hui des ingénieurs pensent qu’avec la technologie on va résoudre tous les problèmes… Le cycle de l’eau, contrairement à ce qu’on a appris à l’école, n’est pas renouvelable ! En Colombie, les Indiens Kogi constatent la dégradation terrible de notre planète. Détenteurs d’une sagesse millénaire, ils voudraient dialoguer pour alerter. Éric, un scientifique sauvé par les Kogi, prépare une expédition scientifique. Emma Haziza est invitée à participer à ce dialogue entre deux mondes. Emma découvre des terres fertiles cultivées par les Kogi, alors qu’auparavant elles étaient ravagées par la culture du café. Elle observe une rivière polluée par les pesticides. Elle est émue de constater combien la nature est résiliente quand les équilibres sont rétablis. Elle part ensuite rencontrer une communauté dans les hauteurs de la Sierre Nevada. « Nous ne voulons pas prendre à la terre plus que ce qu’elle peut nous donner ». Quelle différence avec notre monde ! En Russie 2 millions d’hectares de forêt disparaissent par an. Sur une double page, « la déforestation mondiale » est donnée la situation pour plusieurs pays en Indonésie, Afrique, Amérique du sud… Notre monde moderne aurait tant à apprendre des Kogi en harmonie totale avec la nature. Leur question ; « qui est le père et la mère du plastique » l’amène à une nouvelle démarche.
Quels sont les pères et mères des sciences de l’eau ? Pour Platon, il existe deux mondes dont celui souterrain où l’eau entre et sort. Socrate lui présente une vision globale de l’eau. Plusieurs penseurs, dont Sénèque, Aristote… essayent d’expliquer l’origine des sources et eaux souterraines. Pierre Perrault devient le premier hydrologue. Dans son livre « De l’origine des fontaines » il montre que l’eau suit un cycle. Mais il passera à côté du rôle des nappes souterraines. Emma Haziza explique « que plusieurs types de particules peuvent servir de graines pour former la pluie ». Savez-vous que parmi celles-ci, une bactérie aide les nuages à fabriquer de la pluie ? Mais elle ne survit pas au-dessus de 30° ! Quand il y a moins de bactéries, il y a moins de pluies mais un océan plus chaud entraine des pluies intenses et des inondations. De plus en plus d’extrêmes mais il y a des solutions.
Comment est composée l’atmosphère ? Un schéma permet de visualiser sa composition. Le 1% de vapeur d’eau permet à la Terre d’être habitable ! Sur une double page, un très grand schéma explicite bien comment l’eau est un amplificateur et pas la cause principale. La vapeur d’eau joue un rôle crucial, aussi important que le CO2. Emma Haziza regrette que la science soit fractionnée en plusieurs spécialités : glaciologie, océanographie, hydrogéologie… Alors qu’il faudrait une vision globale. Une des pires causes d’émissions de CO2 est la déforestation. Il y a un gaz encore plus puissant : le protoxyde d’azote. « Mais le moins connu des gaz à effet de serre émis par l’homme est H2O !… Chaque molécule joue un rôle spécifique dans le déséquilibre global ». Il s’agit de prendre conscience ce qui se passe à l’échelle de la planète et arrêter, par exemple, de construire des bâtiments utilisés pendant un mois. « L’Europe se réchauffe 2 fois plus vite que le reste du monde » ! Sur une double page, sont présentés les « événements climatiques « qui touchent la planète. Italie et Espagne, entre inondations et sécheresse, souffrent de manque d’eau. Emma Haziza liste les conséquences de l’augmentation des températures dans le monde. La crise de l’eau est augmentée par le réchauffement et la diminution des ressources. La France n’est pas épargnée, des scandales comme la pulvérisation de pesticides, augmentent la pollution. La chimie a contaminé les eaux de la planète. La maman rappelle à ses enfants qu’en Occident on n’a pas su garder les vraies valeurs et garder la connexion à la Terre. On a voulu contrôler l’eau sans « jamais écouter son rythme, comprendre son fonctionnement … et si on la laissait respirer ? ». Dans le monde il y a de nombreux exemples de régénération. « L’eau attend qu’on l’écoute » ! La dernière phrase de cette bande dessinée traduit bien le message que veut transmettre Emma Haziza, hydrologue réputée, à travers ce dialogue avec ses enfants. Tout d’abord elle part aux racines de la situation actuelle de l’eau dans le monde. Pour en expliquer la gravité, elle raconte ce qui s’est passé dans des pays dont l’Inde et la Russie où les dirigeants ont voulu dompter l’eau. Elle oppose deux mondes, celui des Kogi qui ont gardé les valeurs essentielles et le contact avec la nature et le nôtre, celui de l’occident dominé par la surconsommation et le désir d’enrichissement. Dans une histoire de l’hydrologie, elle retrace à travers ses grands noms, l’évolution de cette science. Puis elle explique ce qu’est vraiment le cycle de l’eau, apporte des informations essentielles à connaitre et pourtant peu connues du grand public. Elle veut donner de l’espoir en montrant que des solutions existent. Un ouvrage essentiel pour toutes les générations incitant, en comprenant mieux les origines des problèmes actuels de l’eau, à protéger cette ressource vitale.




