John Gribbin, Alisio sciences
Comme le dit si bien la Reine à Alice : « Il m’est arrivé de croire jusqu’à six choses impossibles avant le petit-déjeuner ». C’est donc à ce petit exercice de foi en six impossibilités que nous invite John Gribbin, astrophysicien et vulgarisateur. Le voyage est singulier et rend sensible les difficultés conceptuelles auxquelles fait face la mécanique quantique. Il ne va pas jusqu’à nous faire comprendre cet impossible, car quoiqu’en dise la Reine et Lewis Carrol, c’est là mission impossible. Cependant, l’auteur nous met à même de percevoir le caractère inabouti de six explications incomplètes de la mécanique quantique proposées depuis ses premiers pas.
Deux premiers actes de cette histoire – deux chapitres introductifs en quelque sorte – exposent l’un la centralité de la question de la dualité onde et corpuscule et l’autre l’intrication de deux corpuscules dont le résultat – au moins apparent – serait la propagation instantanée (contredisant la finitude de la vitesse de la lumière et la causalité) d’une information d’un point à un autre aussi distants qu’ils puissent être l’un de l’autre. Cette contradiction entre nos expériences sensibles usuelles de la physique classique et nos expériences instrumentalisées de la physique quantique est la source d’interprétations différentes, voire de querelles incessantes entre spécialistes autour de l’irréductible étrangeté du monde quantique.
Et c’est ainsi que l’auteur nous fait partager en autant de chapitres les six « réconforts » du physicien pour se rassurer qu’il est plus qu’une simple machine calculant juste, mais sans y rien comprendre. Se succèdent alors les interprétations de Copenhague, de l’onde pilote, des mondes multiples, de la décohérence, de la non-interprétation des ensembles et enfin de l’interprétation intemporelle. Pour chacune, nouvelle alternative faisant suite à la précédente, s’ouvre une nouvelle possibilité interprétative, expliquée, détaillée puis buttant sur un écueil nouveau. Elle ouvre alors la voie vers une autre tout aussi impuissante.
Le livre reste ardu, pour un public averti, mais il est intelligible et original en ce qu’il en reste à l’essentiel et aux fondements des tentatives d’explication rationnelle de la mécanique quantique. Les curieux de science y trouveront satisfaction pour nourrir leurs interrogations. Mais, faute d’une solution satisfaisante connue, le curieux devra se satisfaire d’en rester seulement curieux et éveillé.






