La sensibilité du cachalot. Les émotions des cétacés une biologiste engagée à l’écoute

Voici un témoignage en direct d’une grande éthologue à l’écoute des animaux marins dans leurs milieux naturels. Fabienne Delfour, docteur en éthologie cognitive et cétologue, est chercheuse associée à l’Institute of Language, Communication and Brain d’Aix Marseille Université. Privilégiant le récit à la première personne, elle donne beaucoup de vie et de conviction à la description de ses expéditions, depuis des décennies, dans différents points du globe. De plus des QR codes permettent d’écouter des enregistrements sonores des animaux marins. Elle raconte comment un stage à Vancouver pour étudier les orques a été le point de départ de sa vocation scientifique. Puis dans le cadre d’une thèse, elle va travailler sur la « sentience animale, c’est-à-dire la capacité des animaux à ressentir des émotions, à éprouver subjectivement des expériences ». Pour comprendre l’animalité, elle s’est formée en biologie, bioacoustique, neurosciences, en éthologie cognitive, en phénoménologie, au bien-être animal et à la relation des animaux humains et non humains… « Etre chercheur est un métier merveilleux ! ». Il est essentiel de collaborer avec des chercheurs dont Véronique Servais et Denise Herzing. Le Gouf de Capbreton est un paradis pour cétologues. Savez-vous que les lamantins sont les cousins aquatiques des éléphants ? Depuis le bateau, les cétologues savent décrypter les mouvements des oiseaux marins et dans l’eau ils ont besoin de se transformer, d’incarner l’Océan pour être plus à l’écoute. Au parc Astérix, elle observe les comportements des otaries répondant aux sollicitations des soigneurs. Cela fait partie d’une façon d’étudier la personnalité des animaux. L’autre maniéré est de recueillir les réponses de ceux qui s’en occupent. Cela permet de montrer que les mammifères marins ont des personnalités différentes. Les scientifiques ont appris à déchiffrer les émotions des animaux, par exemple un dauphin en colère adopte une posture en S.  « La recherche est une discipline enthousiasmante… mais être chercheuse s’apprend ». Elle fait part de plusieurs expériences où elle a compris qu’il fallait oser se mettre à la place de l’animal. A la Réunion, ont été mis en place des travaux de recherche en éthoacoustique avec hydrophones et caméra qui filme à 360°. Les cétacés ont un langage. Pour les cétacés, les vocalisations, les sifflements et les sons pulsés servent à interagir et les clics d’écholocalisations servent à naviguer et à chercher de la nourriture. Savez-vous que baleines et dauphins sont toujours en mouvement ? Sans l’appui des prothèses technologiques, les cétologues ne pourraient pas les suivre. Connaissez-vous le rôle des bulles ? Les initiés connaissent les traces éphémères qu’ils laissent. Pour faire parler l’eau de l’océan, on récolte des fragments d’ADN, méthode utilisée par exemple pour les dugongs dans l’Océan Indien. A la Réunion, les cétologues utilisent les données des satellites pour suivre les migrations des baleines. Malheureusement la biodiversité est en danger ! Avec l’association Abyss à la Réunion, elle utilise des méthodes pour mesurer le stress des dauphins. Actuellement, la santé des dauphins et baleines est liée à celle des hommes, en effet de nombreuses espèces ont des lésions cutanées. De ce fait elle a mis en place un projet « one health « reconnaissant pollution sonore cétacés échouent sur les côtes ou dans les fleuves ? La protection des cétacés fait partie du métier de cétologue. Pour cela, Fabienne Delfour  fait partie de commissions de sauvegarde. Pour évaluer leur santé, les cétologues étudient également le microbiote et le microbiome des cétacés. Elle déplore les changements négatifs des océans : fonds marins asphyxiés par les algues, blanchiment des coraux, pollution sonore et chimique, invasion du plastique… Il est indispensable que leurs sites-clés soient préservés. Les projets Arts, Sciences et Environnement tissent des liens  entre différents acteurs. Pour ces projets, les trois axes sont : explorer, comprendre et émerveiller. Une action commune a été menée pour protéger « Sardine Runs ». Après 30 ans à étudier les mammifères marins, elle ressent le besoin de partager ces connaissances accumulées avec le grand public. « La science sert à documenter, partager et décider ». Elle cite en exemple Jane Goodall qui lui a montré la voie pour faire connaitre la personnalité et les émotions des cétacés. Il était temps de consacrer des recherches aux femelles qui pendant longtemps ont été oubliées par les scientifiques ! Aujourd’hui, Fabienne Delbour veut « faire partie de la solution, pas du problème… Les chercheurs doivent construire des approches inédites du vivant ». Elle fait part avec émotion de ce qu’elle a vécu au Sri Lana, émerveillée par une scène incroyable, leur embarcation est entourée de cachalots ! C’est l’effet Awe ! ». L’émerveillement est une attitude indispensable pour protéger et défendre le vivant ! Le témoignage de Fabienne Delfour qui, en cétologue passionnée, partage ses connaissances acquises lors de différentes expéditions auprès des animaux marins, est enthousiasmant ! Elle nous donne une vision positive de la recherche scientifique qui offrant des possibilités inédites et suscitant l’émerveillement, permet de protéger et défendre les cétacés, ces êtres « sentients » extraordinaires !

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