Aurel vit à Montpellier. Il se sent « Méditerranéen ». En 2015, Aurel regarde un reportage sur des réfugiés syriens qui quittent la Syrie en guerre, en compagnie de son ami Guillem Perez Jorda, archéologue et professeur à l’université de Valencia. Celui-ci lui explique que les routes empruntées par les réfugiés aujourd’hui, sont celles suivies par les premiers agriculteurs il y a dix mille ans La mer Méditerranée, depuis l’Antiquité, a toujours été une voie naturelle de communication entre Orient et Occident. Aurel, interpelé par ces liens entre l’Histoire ancienne et l’actualité, va se lancer dans un énorme travail de recherches et documentation auprès de spécialistes, linguistes, historiens et artistes de différents pays. Mêlant la fiction au documentaire, il a inventé un personnage, Omar, Éthiopien étudiant en histoire, synthèse de la vie de millions de déracinés, qui va être le fil conducteur emmenant le lecteur sur les principales étapes de sa route jusqu’en Angleterre. En introduction, Aurel rappelle, par la découverte de corps flottants sur la mer par une famille naviguant sur un voilier, que « Dans la même eau certains se baignent et d’autres se noient ». Sète, un vrai Sétois, raconte comment, en fonction des origines de ses habitants, il s’en est inspiré pour ses plats riches en saveurs, de la même façon qu’à l’école ils parlaient trois langues. Au fil du récit, Aurel a dessiné des cartes légendées, une projection qui priorise les informations qu’il a voulues mettre en avant sur la géographie et l’histoire. Tout au long de la bande dessinée, Aurel ne manque pas de juxtaposer des planches montrant des scènes opposées : sur fond bleu, joies de se baigner en famille et dans les teintes sombres, la vie très dure d’immigrés ! Il cite un extrait de « La Méditerranée de Braudel », oeuvre de référence, qui demande que soient rendues à la Méditerranée ses vraies dimensions. Aurel dessine ses dimensions différentes selon les grandes époques historiques. Paris, Omar demande à Braudel de lui donner une définition : « C’est mille choses à la fois… innombrables paysages, des civilisations, des très vieilles choses qui côtoient l’ultramoderne… l’unité essentielle, le climat… ». Rencontre, au Collège de France, avec Patrick Boucheron qui définit l’œuvre de Braudel comme une histoire des rivages. Il est à souligner que les dessins d’Aurel sont pleins de fantaisie et d’humour, tel que celui montrant Patrick Boucheron monté sur une chaise pour évoquer les histoires « corsaires », explicitées par des cartes des Puniques à l’Empire romain. Aix en Provence, Louis- Jean Calvet, socio-linguiste à La Sorbonne, lui conseille de « suivre la piste des écritures : à l’origine il y a trois types d’écritures ». Un voyage culinaire autour de la Méditerranée est très riche en enseignements ! Un autre axe essentiel est les langues qu’il décrit de manière approfondie avec des exemples de mots. Et en illustration, un extrait d’une chanson de Georges Moustaki. Valencia en Espagne, Guillem Pérez, archéologue, rappelle que l’agriculture est née dans la partie orientale, avec une multitude de groupes qui se sont déplacés, donnant en exemple l’origine de différentes plantes. La Valette à Malte, le centre du rond-point de la Méditerranée, il retrouve Guillaume Calafat, historien, à la Bibliothèque nationale pour consulter des archives. Pour lui, il faut aller voit comment les gens vivent à côté ou malgré les autres. Delphine Diaz, historienne, rappelle les exils politiques des années 1820-1830, l’Europe terre d’exil, évoquant aussi la question coloniale. Tanger, un film est à l’affiche, sur un poète palestinien qui a dû s’exiler. Cette bande dessinée est d’une grande richesse culturelle, abordant tous les domaines comme en témoignent les extraits de lettres de Bob Dylan, Frédéric Chopin, Louis Dartige du Fournet, Vice-amiral qui a sauvé 4080 Arméniens. Paris, M’Hamed Pualdi, historien, travaille sur les esclaves méditerranéens en Europe du XVIII° et début XIX° siècle. Il recommande d’être positif sur «les influences dans tous les sens qui ont créé la Méditerranée : l’architecture, les voyages de Pythagore… Omar se demande comment il va faire tenir toutes ces informations dans une BD de 224 pages ! Aurel a réussi la prouesse de transmettre la richesse de l’héritage méditerranéen sous tous ses aspects, rendant, sous forme de dialogues, cette bande dessinée captivante et accessible à un large public ! Une bande dessinée de référence sur « Méditerranée : histoires d’un continent kaleïdoscope ».
Aurel, Futuropolis (BD)