Nous sommes à Moscou, en octobre 1961, il a été créé « Tsar Bomba ». Comme l’annonce très bien le graphisme de la couverture de cette bande dessinée, un de ses concepteurs, AndreÏ Sakharov, physicien nucléaire, raconte, à la première personne son histoire, un récit entrecoupé par ses rêves. Depuis l’enfance j’ai été fasciné par « le lien entre l’infiniment grand et l’infiniment petit ». Plus tard il prendra du plaisir à comprendre la fusion nucléaire. Une frise montre les différentes étapes de son développement physique et intellectuel, avec des commentaires sur l’espace-temps. Il se rappelle jeune quand son père est emmené par des camarades du parti et qu’il lui recommande : « Ne pense qu’à la physique ! Rien d’autre !!! ». En 1941 il vit chez sa grand-mère à Moscou. Il ne prend même pas le temps d’aller jouer avec ses amis… il étudie la physique. Une suite de dessins explosifs révèle la dureté de la guerre. Après avoir retrouvé ses parents, il est envoyé au Turkmenistan pour y faire ses études. Cyril Elophe plonge, par ses dessins « ligne claire », le lecteur dans ces lieux sinistres, sombres et comme isolés du reste du monde. Devenu physicien et père de famille, il ose refuser une proposition de Moscou. Il est profondément perturbé par l’explosion de la bombe à Hiroshima ! Sa vie a changé : « c’était le fruit maudit de la grande science… ». Il se met à étudier tout ce qui est paru sur l’énergie nucléaire et enfin découvre la réaction thermonucléaire : « voilà de la superbe physique !! ». Il espère qu’elle servira de « dissuasion nucléaire ». Il se met à faire des cauchemars, « le temps suspendu », une sorte de parenthèse de science-fiction au récit, il se voit plongeant dans une « explosion lente, infinie, éternelle ». S’ouvre une autre grande partie de sa vie : Il est obligé d’aller travailler à « l’Installation » sur la physique quantique. Il n’aura aucun contact avec sa famille pendant deux ans. Il s’interroge en voyant un morceau d’uranium : « combien de vies de mineurs, d’ouvriers sacrifiés… sont concentrées dans ces barres ? ». Il a plein d’idées mais on lui fait comprendre qu’il doit travailler uniquement sur « l’engin », la bombe à hydrogène. Quand soudain la mort de Staline remet tout en cause ! Mais leurs travaux vont se poursuivre. Un premier essai a lieu. Des populations proches n’ont pas été évacuées ! Il est répondu à Sakharov qui est catastrophé : « vos expériences sont plus importantes pour notre nation… que quelques vies ». Comme à la fin du chapitre I, les trois cauchemars de Sakharov, ont, cette fois pour thème « le vol d’Icare ». Comment va se comporter Sakharov qui se pose de plus en plus de questions à propos de son travail ? Va-t-il se rebeller contre le pouvoir et le critiquer ouvertement ? Deviendra-t-il un dissident ? A la fin de la BD une interview de Fabien Grolleau et de Cyril Elophe. Cette bande dessinée immerge le lecteur, par des dessins très réalistes, dans le monde russe des années 1930 à la fin du XX° siècle où un physicien prix Nobel de la paix, Andréi Sakharov, eut en fait une vie tourmentée, pleine de « paradoxes ». C’est toute l’histoire d’une prise de conscience d’un homme par rapport à ce pouvoir russe implacable jusqu’à devenir un des artisans de l’interdiction internationale des essais nucléaires.

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