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Peindre sa pensée dans les grottes

Après « Et si les animaux écrivaient » de Vinciane Despret dans la même collection en direction des enfants, Renaud Ego nous invite à porter un regard différent sur les peintures rupestres. Cet auteur a déjà écrit plusieurs livres sur l’art rupestre d’Afrique australe et à l’art paléolithique. Renaud Ego commence sa conférence en parlant des enfants qui en juillet 1912 font une découverte extraordinaire, celle de deux bisons modelés dans l’argile. Ils vont faire d’autres découvertes. En leur honneur, la grotte sera appelée « La grotte des trois frères ». D’autres enfants ont fait des explorations : grotte de Pech Merle, d’Altamira. Pourquoi nos ancêtres ont-ils déposé des images en des lieux si différent d’accès, très loin au fond de galeries privées de toute lumière ? Ils ont sans doute perçu ces endroits comme « les entrailles de la Terre ». Le plus souvent étaient représentés des animaux. Il y avait peu de silhouettes humaines si ce n’est des femmes représentées par un sillon ou un triangle. Une autre constatation est intrigante : la perfection du trait. Depuis 1997, il a étudié des peintures en Afrique australe. Leurs auteurs étaient les Sans, un peuple de cueilleurs chasseurs qui furent les premiers habitants de cette région. En ces temps de « l’humanimalité », la fusion était complète entre les hommes et les animaux. Sous forme de mythes sont racontées ces relations. Ils prêtent aussi à des phénomènes, comme la pluie et le vent, des pensées. On parle d’animisme. De ce fait lorsque vous parcourez ces lieux, vous adoptez une attitude respectueuse vis-à-vis des animaux. L’auteur nous fait prendre conscience que le dessin est « une opération extraordinaire » comme faire apparaître un animal absent, l’image est alors « une capture magique », donnant naissance à l’immuabilité. Les images ont aussi un autre pouvoir, celui d’imaginer un autre monde. De belles photographies montrent ces peintures au fil du récit. En fin d’ouvrage des questions des enfants sur les pigments, les voyages de l’auteur, la conservation des peintures… Renaud Ego conclue en montrant que les Sans écoutaient la terre avec plus d’intelligence que nous-mêmes. Ils nous amènent ainsi à réfléchir à la nécessité d’inventer une pensée aussi respectueuse de la leur à propos du vivant.

Renaud Ego, Bayard (Les petites conférences)
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