Katia Astafieff, biologiste, amoureuse des plantes, est une grande voyageuse. Elle nous avait déjà conté dans un livre : « L’Aventure extraordinaire des plantes voyageuses ». Ce voyage dans les Indes est original, une scientifique du XXI° qui va marcher dans les pas d’un botaniste du XIX° siècle : « sur les traces du botaniste français qui aurait pu devenir vice-roi du Cachemire ». Sur une carte, sont tracés en parallèle les itinéraires suivis par Victor Jacquemont et par Katia Astafieff « par les chemins des Indes ». L’écriture est très belle, aussi bien dans la description des paysages que des plantes observées, le tout avec beaucoup de poésie. Dans le prologue, l’auteur pour éveiller notre curiosité, décrit ainsi sa vie : «ton parcours est un grand roman d’aventures, ta vie une belle histoire d’amitié ». Très jeune il s’est initié aux joies de la botanique. Il a fréquenté de grands écrivains. Il est envoyé en Inde par le Muséum National d’Histoire Naturelle pour quatre ans. Enthousiasmée par ses écrits dont « Voyage dans L’Inde pendant les années 1828 à 1832 », Katia se demande comment il a pu tomber dans l’oubli ? Lui qui a suivi les cours de Cuvier et qui considérait que la vraie botanique se faisait sur le terrain. Savez-vous qu’il a été baptisé le « Schubert de la botanique » ?. La première partie va des jungles du Brésil à celles de Bourbon. Après un voyage aux États-Unis, il séjourne à Port-au Prince où il tombe amoureux de cette « végétation tropicale si variée, si riche, si émouvante ». En août 1828 c’est le grand voyage. Les escales on lieu à Tenerife puis Rio de Janeiro et en Afrique du sud, un paradis pour les amoureux des plantes ». A l’île Bourbon, il se demande s’il faut se réjouir de l’extension de la culture de la canne à sucre. Enfin l’Inde, à Pondichéry, le 10 avril 1829. La deuxième partie est consacrée à Calcutta, la cité du Grand Banian. Grâce à ses lettres de recommandation, il est accueilli dans la famille de l’avocat général du Bengale. Il s’attelle très vite à l’exploration du pays. Il se découvre une nouvelle passion : le dessin entre autres le grand banian qui ressemble à une forêt ! C’est à Calcutta que Karia Astatieff « commence son voyage sur ses traces ». Elle est déçue que le conservateur du jardin botanique n’ai jamais entendu parler de Jacquemont. Partie III:Le long du Gange, les fleurs du Taj Mahal. De Bengale, l’aventurier s’en va avec une maigre caravane. « Il aurait pu être le héros d’un roman d’aventures » ! Il n’hésite pas à prendre des risques pour observer des curiosités végétales. Chaque objet collecté doit être référencé : « mon herbier est une bibliothèque de souvenirs ». Bénarès décembre 1829, il va avoir beaucoup de contacts avec la société anglaise. Varanasi, février 2023, c’est le nom de Bénarés aujourd’hui. Katia se rend à une mosquée que Jacquemont a visitée. Inde centrale, janvier 1830, dans tous ses écrits, « il utilise un ton vif, énergique et brillant… Il offre un portrait personnel et documenté de l’Inde du XIX°siècle… une grande histoire du vivant et de la société ». Agra février 1830, il visite le Taj-Mahal. Agra, février 2023, Katia trouve le site magique et à son tour observe les plantes gravées dans le marbre que Jacquemont avait remarquées. Dehli, mars 1830, il est reçu comme un roi ! Saharampux, avril 1830, il se rend dans un jardin botanique qui, en 2023, décevra beaucoup Katia. Le voyage continue, pour les mêmes lieux, sont cités des extraits du livre de Jacquemont et le ressenti de l’auteure. Mais Katia tombe malade à Amritsar. Sa situation s’aggrave et elle doit demander un rapatriement. Partie IV, sous les cèdres de l’Himalaya. Avril 1830, il arrive au pied des montagnes himalayennes : la plus riche et difficile partie de son parcours. Il s’intéresse aux plantes sauvages et aussi aux pierres car il est aussi géologue. La chaleur épouvantable et la nuit très froide rendent le voyage laborieux. Sa santé se détériore mais il est confiant. « Il faut savoir repartir ». Katia est de retour à Chandigarh. Shimla, 14 juin 1830, cèdres grandioses, les fameux déodars… Il passe des moments conviviaux avec des personnalités, cela fait du bien après l’épreuve du froid! En juin 2023, Katia éprouve le même plaisir que Jacquemont, « une ambiance magique se dégage des sous-bois ». Elle déniche dans une librairie une histoire de la ville où est cité Jacquemont. Elle cite de nombreuses références littéraires. Pour se rendre à Rampus, la ville où Jacquemont était en 1830, le véhicule déglingué suit une abominable piste en lacets à flanc de montagne. Figurez-vous que Jacquemont avait perdu, à son grand désespoir, une seringue, Un rajah l’a fait chercher pendant trois mois et elle a été retrouvée ! Katia est au paradis à Kalpa où la vue sur les montagnes est extraordinaire. Elle retrouve dans les gravures numérisées, un dessin représentant la vue sur Kalpa : le même panorama ! Elle admire les pins néozas : « un tableau d’art moderne ». Le voyage de Katia s’arrête à Pangi… Du temple d’or aux roses du Cachemire, le lecteur suit les péripéties de Jacquemont jusqu’au moment où, à l’’âge de 31 ans, ses forces l’abandonnent. Il ne reverra jamais sa famille ! Ses restes reviennent en France et seront transférés dans une crypte au Muséum national d’Histoire naturelle. Katia Astafieff, après avoir constaté que beaucoup de choses ont changé, conclue : ce qui n’a pas changé, le sommet coiffé de nuages de Kinnaur Kailash. En fin d’ouvrage la liste des espèces nommées en hommage à Victor Jacquemont et une bibliographie. Ce récit, magnifiquement écrit, d’une botaniste du XXI° siècle partie sur les traces d’un botaniste du XIX° siècle, Victor Jacquemont, est captivant et fort intéressant ! Unis par leur même passion, cette confrontation de leurs points de vue, sur le plan botanique, géologique et ethnographique sur l’Inde, est une mine d’informations scientifiques et de réflexions sur l’évolution des sociétés. Katia Astafieff en redonnant vie à ce botaniste, lui restitue la place qu’il doit avoir dans l’histoire botanique française.

EXPOSITION DESERT
DU 2 AVRIL AU 30 NOVEMBRE 2025 GRANDE GALERIE DE L’ EVOLUTION MNHN Au printemps 2025, le Muséum national d’Histoire naturelle invite à un voyage




