Jaap de Roode, Editions Les liens qui Libèrent
Et si les humains n’étaient pas les seuls à savoir se soigner ? Jaap de Roode, professeur renommé de biologie, spécialisé dans l’écologie, dirige un laboratoire à l’université » Emroy à Atlanta. Il nous invite à une exploration insolite du monde animal où certaines espèces ont développé des pratiques médicales sophistiquées pour lutter contre les parasites et les pathogènes. Il en donne plusieurs exemples dont certains révélés par des observations et des expériences sur le terrain de la toute dernière actualité. Il présente les scientifiques qui nous les ont fait connaitre. L’objectif de ce livre est double : montrer que les animaux sont « des experts chevronnés » et que l’homme peut bénéficier de ces recherches. Savez-vous pourquoi les papillons monarques sont d’excellents médecins ? Ils utilisent des plantes médicinales, des asclépiades, quand ils sont infestés par le parasite « OE ». Connaissez-vous le terme « zoopharmacognosie » ? Il désigne l’ensemble des méthodes utilisées par les animaux pour se soigner : la prophylaxie, la médication thérapeutique, l’application d’une pommade et la désinfection. Un chimpanzé malade a été à l’origine d’un tout nouveau domaine scientifique. En 1991, un primatologue a suivi une femelle chimpanzé, Chaisiku, qui pour se soigner mangeait une plante, le Vernonia. Déjà dans les années 1961, Jane Goodall, la célèbre primatologue avait observé dans les selles des chimpanzés des feuilles entières de plantes. Huffmann, le primatologue, a rassemblé des preuves montrant que toutes les plantes utilisées étaient dures et couvertes de minuscules poils raides. Pourquoi les animaux ont besoin de médication ? L’auteur fait référence à Darwin et Wallace pour leurs théories de l’évolution et de la sélection naturelle qui ont fondé la biologie moderne. Les parasites et les pathogènes jouent un grand rôle dans l’évolution des espèces obligeant les espèces à s’adapter en développant un arsenal défensif. Comment reconnaitre un animal en train de se soigner ? L’auteur a consacré de nombreuses années à l’étude des parasites. Il faut que soient respectées plusieurs conditions : amélioration de l’état de santé, utilisation de ressources externes et recherche délibérée du médicament. Pour passer d’une hypothèse à une certitude, il faut des expériences contrôlées comme celles menées sur l’usage des répulsifs par les oiseaux. Puis l’auteur donne des exemples de médication chez les insectes. Des scientifiques ont créé des fourmilières en laboratoire. Il a été démontré que la résine est médicinale pour les fourmis rousses. Les chenilles peuvent manger des feuilles de cinq espèces différentes pour se soigner. Comment les animaux font-ils les choix qui leur permette de rester en bonne santé ? Certains choix sont innés et d’autres résultent d’un apprentissage par essai-erreur ou d’interactions sociales. La compréhension et l’adoption de ces comportements peuvent être essentiels au bien-être animal et à la mise en œuvre de meilleures pratiques agricoles. L’observation de chèvres fut d’abord déroutante. Provenza, un scientifique, a démontré qu’un animal peut faire des choix assez complexes en matière de nutrition et d’automédication. Ces mêmes principes pourraient être appliquées pour venir au secours des abeilles mellifères en souffrance. Pourquoi de nombreux carnivores mangent de l’herbe ? Il est important de laisser la liberté à nos chiens et chats de continuer à choisir ce que leurs ancêtres mangeaient pour avoir une vie plus saine. Les animaux peuvent nous aider à découvrir de nouveaux médicaments à partir d’herbes médicinales et d’autres substances naturelles pour réduire la souffrance chez les humains. Connaissez-vous la légende des « chèvres guillerettes » ? Un berger remarqua que ses chèvres étaient toutes guillerettes quand elles mangeaient des baies d’un caféier. Un moine les utilisa dans une infusion, inventant le café. La consommation de cocaïne remonte à l’observation des lamas du Pérou pour augmenter leur endurance. Les ours mangent de l’écorce de saule riche en acide salicylique quand ils sortent de leur hibernation. L’auteur cite plusieurs exemples d’automédication. En observant un éléphant se soigner, un médecin a administré à ses patients la même plante dont il est établi aujourd’hui qu’elle présente une activité antibactérienne. Aujourd’hui encore les éléphants nous font découvrir des plantes médicinales jusque-là inconnues. « Une grande part de notre savoir médical vient des animaux ». Savez-vous que les chats peuvent nous aider à lutter contre les moustiques ? Les chats se roulent sur les feuilles de népéta ou de vigne argentée. Les chercheurs en ont analysé les extraits chimiques révélant qu’ils ont un effet répulsif contre les parasites. Il s’agit d’un comportement inné chez les chats. En montrant que les animaux nous font découvrir les composés chimiques, il reste beaucoup de médicaments à découvrir. La crise de la biodiversité entraine des difficultés pour les animaux à utiliser leur pharmacie naturelle. C’est une raison supplémentaire pour protéger la nature. Nous pourrions par exemple au lieu de pelouse bien tondue, avoir un jardin aux plantes variées. S’appuyant sur de nombreux exemples d’animaux qui ont leur propre pharmacie naturelle pour se soigner, Jaap de Roode, biologiste, démontre que les animaux sont des « experts chevronnés » dans l’automédication. Par des recherches sur les principes actifs il révèle un monde passionnant dont s’inspirent les chercheurs pour mettre au point de nouveaux médicaments. Une raison supplémentaire pour protéger la nature afin de conserver cette pharmacie vivante et d’en faire profiter les humains. Un champ de recherche absolument captivant !






