Olivier Renaud, Actes sud (Mondes sauvages)
Olivier Renaud, philosophe, s’intéresse aux relations entre humains et non-humains et défend l’importance du récit pour (ré)orienter nos comportements à l’égard du vivant. Ne vous est-il jamais arrivé de rêver que vous vous étiez transformé en un animal et que vous aperceviez complétement différemment votre environnement ? En forêt de Rambouillet, Olivier Renaud passe des nuits à accompagner des garde-forestiers dans le cadre d’un suivi de populations d’amphibiens. Cette nuit-là, il vient pour « vivre des instants de connivence avec eux. Il s’endort et quand il se réveille, tout lui revient. Narsa une grenouille des Pyrénées lui racontait une histoire très ancienne, l’épopée des cycles de vie des grenouilles et qu’elle avait pris conscience qu’il fallait qu’elle quitte sa terre natale pour échapper au changement climatique trop dangereux pour les siens… Il revoit la grenouille et pour la suivre il plonge à son tour ! Après avoir traversé des galeries, ils arrivent à un hôtel pour grenouilles fondé pour répondre à une situation catastrophique. Il comprend que Narsa cherche un témoin et un allié. Sa métamorphose avait été rapide. J’ai ainsi accompagné Nara jusque dans les Pyrénées. Avec une belle écriture, vive et légère, il conte ses aventures, jouissant de nouvelles sensations « je fus estomaqué par mon agilité soudaine » … Mais les grenouilles ne trouvent plus le même goût à l’eau, leur monde n’est pas paisible ! Il l’entend raconter aux têtards comment elle avait retrouvé son chemin, utilisant des récepteurs sensoriels dans sa tête. Lui aussi capte des ondulations sismiques. Il essaye de l’imiter dans sa manière de se nourrir et de se déplacer. « Humain je vivais avec mes yeux. Amphibien j’existais par ma peau… Je détectais les changements de vitesse des molécules d’air… Il comprend que les amphibiens avaient jadis conclu un pacte avec les éléments. L’air, l’eau et la terre étaient des amis ancestrales ». Puis il reprend sa forme humaine.
Le rêve est achevé mais Narsa est toujours là… Il entend des grenouilles chanter leurs disparus et nous demandant de les sauver. Avec Laurent Tillon, biologiste vivant au plus près des arbres, nous observons cette mare. En s’allongeant, les coulées de vase argileuse le font songer à une « voie lactée inconnue ». Il aime cette mare où les animaux de la forêt viennent y boire. Les souvenirs d’enfance du lidoptèriste Robert Michael Pyle font comprendre que « l’extinction globale des espèces n’est pas le seul problème. L’autre problème est ce qu’il nomme l’extinction locale ». Olivier Renaud déplore le traitement réservé aux terres d’eau. Il serait bon de le les laisser se régénérer toutes seules. Depuis sa métamorphose, il n’avait jamais autant « remarqué les flux souterrains et aériens des milieux humides. « Les mares d’une forêt forment des arborescences inaperçues…des jeux de mouvement et de matière qui se poussaient et se pressaient… » Lors de sa métamorphose il l’avait compris. « Les amphibiens savent qu’un plan d’eau qui disparait est capable de resurgir un jour ».
Au Muséum, à Paris, il rencontre Damien Germain pour visiter les collections d’amphibiens. Dans un moule, la contre empreinte d’une goutte d’eau qui remonte à des milliers d’années…Avant la vie, il y eut donc la pluie ». Les amphibiens, dès les premières gouttes, se préparent à traverser les routes. Olivier Renaud raconte ses expériences de pluie, cette pluie vitale dont les ethnologues ont décrit la place dans les civilisations anciennes. Du fait de la fréquence des inondations succédant à des sécheresses, notre continent est un ensemble d’ «océans de pluie ». Des scientifiques ont étudié les formations de nuages qui nous font comprendre que l’eau est vivante. Les amphibiens font attention à ces masses aériennes qui leur apportent l’humidité dont ils ont besoin. Dans son rêve, Narsa l’alerte sur la raréfaction des pluies. Les nuages sont des points de repère, ils nous unissent, humain et non-humains.
« Les amphibiens nos ramènent au temps de fondations des empires et des villes… aujourd’hui plus aucun coassement ne résonne dans nos rues ». L’auteur expose les idées du philosophe Gaston Bachelard dont une idée force est « la matière se rêve ». Le philosophe Ivan Illich est dans la continuité de Bachelard, il regrette que l’eau ait perdu sa pureté. « L’eau toxique tue la vie autant que le rêve ». Il faut envisager nos villes avec les yeux de Narsa. Des architectes proposent de nouvelles structures pour s’ajuster à tous les comportements de l’eau pour redonner droit de cité à l’eau. « Si une ville était habitée par les humains qui avaient choisi de vivre en accord comme des amphibiens, elle ressemblerait à un rêve qui réunirait des corps d’eau ».
Olivier Renaud rédige un véritable « manifeste des amphibiens » où les humains trouveront tout ce dont ils doivent s’inspirer afin de réduire l’écart qui nous sépare du vivant.
Olivier Renaud nous fait rêver ! Il nous conte cette expérience unique où en suivant Narsa, une grenouille des Pyrénées, il redécouvre toutes les sensations éprouvées par les amphibiens dans les terres d’eau. Et si aujourd’hui les humains réapprenaient à vivre avec l’eau, l’humidité, les nuages… ? Olivier Renaud alliant, la fable et le conte à plein d’informations scientifiques sur la vie et la place dans le vivant des amphibiens, nous invite à nous en inspirer pour vivre en harmonie avec les éléments et ré-enchanter nos vies.






