Kapik, Ill. Julie Bouvot, Steinkis (BD)
Mary Anning fait partie des femmes scientifiques qui pendant longtemps ont été oubliées ! Dans ce roman graphique, Kapik nous fait part de la vie de cette jeune fille qui, depuis l’enfance se passionne pour des fouilles sur les falaises de Lyme Regis dans le but de trouver des fossiles. Les dessins de Julie Bouvot, illustratrice scientifique, restituent avec beaucoup de précision les fossiles tout en recréant le contexte de l’époque et en faisant des portraits expressifs des principaux personnages. Imaginez, au XIX° siècle, une jeune fille qui s’occupe de science alors que celle-ci est uniquement une affaire d’hommes ! Lord Henley ne la croit pas quand elle affirme que le fossile n’est pas un crocodile… Son père étant décédé, la famille vit dans la misère, elle est donc obligée d’accepter des sommes dérisoires pour ses fossiles. Heureusement dans sa vie, des rencontres lui apporteront une aide inespérée. Miss Élisabeth lui montre un article où lord Henley s’attribue la découverte de sa superbe bête, ce qui provoque sa stupéfaction ! Elle reçoit en cadeau l’histoire de la géologie de Lord Robert Bakewell. Quand elle vient chez elle pour le lui rendre, la famille est horrifiée : comment Miss Élisabeth fait entrer dans sa maison « une enfant de misère ». Une autre grande difficulté que doit affronter Mary Anning, le préjugé très fort de classe existant à cette époque ! Avec son ami Henry, elle découvre la science passionnante de Cuvier. Une démarche scientifique va retenir son attention : pratiquer des comparaisons anatomiques : Elle se pose beaucoup de questions : « pourquoi les strates de la falaise sont-elles si différentes les unes des autres » ? Elle sait reproduire à merveille les gravures des livres. A un ami de Miss Élisabeth, le colonel Birch, elle montre un squelette plus gros que celui de Bentley et lui explique pourquoi même s’il est proche d’un oiseau, c’est quelque chose d’inconnu ! Pourra-t-elle compter sur Henry qui part à Londres étudier la géologie ? Il publie avec un collègue un article sur son fossile baptisé « ichtyosaure » et elle n’est même pas citée ! Le colonel lui donne un peu d’argent, sa toiture menace de s’effondrer… Elle ne perd pas espoir et continue inlassablement à fouiller la falaise avec obstination. Un scientifique est horrifié parce qu’elle ose le contredire, en lui affirmant que ces bêtes sont plus vieilles que la planète elle- même ! Elle va se heurter à l’Église pour qui toute créature que Dieu à créée est parfaite et ne peut disparaitre ! Elle est en colère après Henry qui ne veut pas prendre le risque de contrarier les scientifiques et l’Église… « Une femme ne saurait dicter la science aux chercheurs ni remettre le dogme religieux en question ». Un lord homme d’église et géologue provoque un scandale en rapportent les idées d’ « une fille de joie » ! Malgré tout, elle continue ses recherches avec détermination tout en s’interrogeant sur leur bienfondé : « J’ai trouvé des réponses à des questions que je n’aurais jamais dû poser ». Mary Anning parviendra-t-elle à faire partie du monde des scientifiques ? En fin d’ouvrage, un carnet documentaire apporte des informations complémentaires, en particulier une question primordiale qui a obsédé ses contemporains : comment est-ce possible qu’une femme soit aussi intelligente qu’un homme ? La dernière hypothèse donnait comme raison le fait qu’elle avait été frappée par la foudre ! Mary a laissé d’innombrables carnets décrivant sa vie quotidienne, ses considérations religieuses (adhésion aux « Dissenters » où elle a appris le questionnement) et métaphysiques, ses recherches scientifiques et ses rencontres, ses lectures… Kapik redonne vie à Mary Anning, cette pionnière de la paléontologie qui a montré une si grande passion pour les fossiles. Malgré toutes les difficultés, elle a continué à faire des découvertes scientifiques essentielles. Elle a dû affronter toute sa vie des préjugés machistes, sociologiques et religieux qui l’ont tenue à l’écart du monde scientifique : être une femme dans un monde scientifique exclusivement masculin, vivre dans la misère, un monde infréquentable par les scientifiques et affirmer des théories qui vont à l’encontre de celles de l’Église. Kapic redonne vie à Mary Anning, une femme scientifique extraordinaire qui suscite notre profonde admiration pour sa passion inébranlable de la science, sa grande rigueur scientifique et son obstination, malgré les préjugés du XIX° siècle, à poursuivre ses recherches !







