Romain Bertrand, Ill. Jean Dytar, Delcourt (BD)
Dès les premières illustrations, le lecteur est frappé par la qualité esthétique des dessins, d’une très grande précision autant dans la restitution des édifices que des vêtements de la civilisation aztèque, qui nous emmènent dans le monde aztèque. En l’an 1539, dans la ville de Texcoco, Don Carlos est mis en accusation pour avoir versé dans l’idolâtrie. Un jeune indien, Antonio Baleriano, aperçoit un père missionnaire très en colère. Il se sent obligé de le suivre. Le padre Bernadino de Sahagun rentre dans une église. Apercevant le gamin, il l’invite à suivre la messe. Plus tard il sera baptisé. Le padre veut comprendre le pays d’Anahuac. Pour cela, il va avoir de longues discussions avec Antonio. Il va le faire rentrer au collège de Sainte-Croix. Le père s’absente pendant cinq ans. Antonio est un brillant élève, apprenant le latin et découvrant la sagesse des anciens grecs. Un espagnol fait part au roi de son inquiétude : les pères apprennent aux Indiens à parler latin et à lire les sciences ! Un soir, avec ses amis, Antonio lance des pierres sur une maison de démons… De retour, le padre Bernadino lui explique que ce n’est pas la bonne manière de moissonner ! Bernadino repart en mission. Ils arrivent un jour de fête d’un ancien dieu « Tezcattipoca » que les Indiens célèbrent en même temps que la fête de la St Jean : le démon prend le masque de la vraie foi ! Il leur faut connaitre plus précisément ce qu’ils ont à remplacer. Une terrible épidémie s’abat sur le pays. Les Indiens se demandent si les anciens dieux ne sont pas revenus se venger ? Le padre interroge les anciens au sujet du Cinquième soleil. Bernadini comprend que leurs rites sont aussi pour célébrer le cycle des jours et des nuits. Il est rappelé comment les espagnols ont massacré des Indiens lors d’une cérémonie d’accueil ! Les Indiens se vengèrent et ce fut un carnage ! Le fils du chef s’inclina devant don Hernan : « Ce fut la fin, ce fut le début ». Antonio se trouve confronté à deux versions de l’histoire de son peuple, « deux torrents aux impétuosités contraires : à la fois la honte pour ceux qui vivaient de sang et de violence et à la fois l’émerveillement pour Nezahualpitti, un sage et un poète qui vivait entouré de scientifiques, s’intéressant aux choses du ciel et à l’invisible. Qui dit la vérité ? Et je me mis à penser que « l’entreprise du père Bernadino pouvait n’être que rien d’autre que son propre rêve ». Ils vont suivre le père Bernadino pour l’aider à rédiger un dictionnaire des pratiques idolâtriques dans un couvent. Auparavant, Antonio va voir sa famille où il est procédé à une lecture des signes pour prédire l’avenir de sa cousine Isabelle. Au couvent, les anciens répondent aux questions, traduites en latin ou castillan, par une suite de peintures, de glyphes, de croquis… Pourquoi utilisez-vous plusieurs calendriers ? Suite à un avertissement d’un Indien, son âme est prise de doute : « Le monde des anciens et celui des Espagnols n’appartenaient-ils pas tous deux au passé ? ». Un grand événement arrive dans sa vie : il se marie avec Isabel. Son Excellence va le charger de gouverner un quartier. « Un autre chemin attendait mes pas ! ». Il sera nommé juge gouverneur de Mexico. Un jour ses amis viennent le trouver pour lui dire que tous les manuscrits du livre de Père Bernadino ont été dispersés ! Sa majesté ordonne la confiscation des documents. Les volumes de l’histoire des choses de la Nouvelle Espagne » seront-ils envoyés au Pape comme le souhaitait Bernadino ? A la fin de la bande dessinée, dans « Sources et sentiers de l’enquête » sont données des informations très complètes sur Bernadini de Sahagun, Antonio Valeriano, les 2500 pinturas, les sources iconographiques, une bibliographie, un glossaire des termes en néhuatl et espagnol, la liste des divinités et des glyphes légendés. Toutes ces données permettent une relecture passionnante de l’histoire de ces deux héros. Pour rédiger cette bande dessinée, Romain Bertrand a accompli un travail remarquable d’historien. S’appuyant sur des documents tels que les codex, il donne à l’histoire de Bernadini et d’Antonio une véritable authenticité scientifique. Il en est de même sur le plan de l’iconographie, de très beaux dessins parfaitement exacts, l’illustrateur Jean Dytar restitue parfaitement l’environnement naturel et urbain de Mexico. Cette bande dessinée permet au lecteur de se rendre compte que lors de la conquête coloniale par les Espagnols, les indigènes sont restés « acteurs de leur propre histoire ». De par ses qualités scientifiques et esthétiques, cette bande dessinée est exceptionnelle !







