Catalin Pavel, Flammarion (sciences)
Catalin Pavel, archéologue roumain et auteur, est connu pour sa capacité à rendre l’archéologie vivante et profondément humaine. « Je me propose d’étudier ici, à partir de sources archéologiques, les interactions entre personnes humaines et non humaines dans la préhistoire et l’Antiquité, et de montrer le rôle catalyseur des animaux dans notre développement cognitif et émotionnel ». Dans l’introduction il explique ce qu’est l’archéozoologie. « L’une des plus anciennes inhumations d’un homme avec un animal date d’au moins 15 000 ans ». En Egypte, des squelettes entiers d’animaux forment le premier jardin zoologique au monde. De même, d’autres sites remontant à deux millénaires et demi ont été répertoriés, puis, en Suède, datant du X° siècle. Dans la littérature, sont mentionnés des animaux domestiques dans un contexte funéraire. Les résultats sont source de querelles entre spécialistes. Il en ressort que l’archéozoologie est une science qui repose sur la conviction suivante : les caractéristiques d’une société peuvent être affirmées à partir de la place accordée aux animaux. Cet ouvrage n’est pas consacré à des espèces exotiques mais à celles qui sont proches de nous.
Chaque chapitre est consacré à une espèce ou à une catégorie d’animaux. Ils sont classés par périodes historiques puis par zones géographiques. Un chapitre est consacré aux baleines, dauphins et un petit poisson. L’auteur donne des exemples d’artefacts en os de baleine, tout particulièrement dans les Pyrénées et l’Ecosse et d’utilisation en architecture et combustible. Il cite des découvertes dans des tombeaux dont des récipients décorés de baleines et des outils en os de baleines. Bien que le dauphin tienne le premier rôle, il est peu visible sur le plan archéologique. Il passe en revue l’Antiquité grecque et romaine et orientale pour donner des exemples trouvés en numismatique, sur les vases, la décoration des tombeaux, des histoires d’attachement de l’homme au dauphin et des statues. Quant aux poissons, ont été analysés des restes sous forme d’arêtes, les céramistes ont fait l’inventaire d’objets et de mosaïques dans différents lieux dont Pompéi, en Egypte et dans le monde viking.
« Le chien. Dans laquelle deux espèces interagissent, l’une surpassant toutes les autres en intelligence, l’autre bipède ». « S’il fallait raconter l’histoire de l’humanité à travers un seul animal, le chien serait le choix évident ». Sa biographie est difficile à écrire tellement il y a eu de représentions du chien. Il apparait qu’il existe une ambiguïté, objet d’amour ou de haine. Les découvertes archéologiques sont d’une très grande variété au Magdalénien. Quand a eu lieu la domestication ? Il y eut d’abord l’auto domestication du loup. La découverte la plus intéressante est celle de Bonn- Oberkassel où des chiens ont été inhumés il y a 14 000 ans avec des humains. Dans deux sites, deux grands cimetières datant du Néolithique, ont été trouvées des sépultures canines puis des sépultures avec des chiens en Egypte, en Italie… Il existe 70 races de chiens, les différences sont surtout géographiques. Au sujet de l’Orient, la plus importante découverte est celle du plus grand cimetière de chiens de l’Antiquité à Ashkelon en Israël. Pourquoi ces chiens à un tel endroit ? Il peut être envisagé qu’il s’agit d’un cimetière d’animaux de compagnie. Les explications seraient-elles religieuses ? Etaient-ils offerts à un dieu guérisseur ? Ou y-a-t-il une explication fonctionnelle liée à l’importation massive de chiens par les Phéniciens ? Une conjecture n’a que des adversaires : les chiens étaient enterrés car ils étaient considérés comme des personnes. L’Egypte permet de comprendre l’ambigüité du statut du chien dans l’Antiquité. D’une part, les Egyptiens éprouvaient un amour intense pour leurs chiens. Catalin Pavel en donne de nombreux exemples. D’autre part, dans leur grande majorité, les chiens étaient élevés dans de mauvaises conditions, destinés à être achetés par des pèlerins comme offrandes à Anubis. Dans l’Antiquité grecque, des fouilles ont montré que les chiens étaient élevés pour leur viande entre 2800 et 2300 avant J.-C. Dans l’art grec, sont représentées des milliers d’images de chiens sur des vases peints, des stèles funéraires, des scènes de somptueux banquets, coupes et cruches. L’auteur décrit avec beaucoup de détails les scènes représentées. Il aborde également le sacrifice des chiens aux dieux. Dans l’Antiquité romaine, la période qui est la plus documentée est celle du monde romain impérial. De nombreux auteurs dont Pline l’Ancien s’y sont intéressés. Le chien était l’objet d’un grand amour mais il est curieux de constater qu’il n’apparait pas dans les traités de médecine vétérinaire. A Pompéi, les lévriers sont présents, les plus étudiés sont les chiens de garde. Une découverte très rare est celle de deux cages à chien. Dans l’Italie, sont décrits des monuments funéraires avec les épitaphes d’adieu à leurs animaux de compagnie. De nombreuses déesses du monde celtique sont indissociables des chiens. Parmi les découvertes provenant des provinces hellénophones, une statuette en marbre représente un petit garçon, surnommé « le petit réfugié », tenant dans ses bras un chiot avec « tendresse et panique ». En Britannia, la Bretagne, une des provinces les mieux étudiées, sont montrées « les corrélations entre les chiens et la guérison, la vie nouvelle, la violence, et d’autres choses que l’on ne parvient pas à identifier. L’auteur n’a retenu que les temples au sud de l’Angleterre. Il apparaît que l’homme était capable de créer « son propre réseau symbolique complexe. Une corrélation existe entre les chiens et les fosses sacrées. La diversité archéologique étant très grande, il n’est pas facile de comprendre la place exacte du chien chez les habitants de Britannia.
Dans les autres chapitres, sont étudiés le chat, l’ours, le hérisson, le cheval et les oiseaux avec autant de détails quant aux découvertes archéozoologiques et les enseignements qui en découlent.
Cet ouvrage, d’une grande érudition, est l’œuvre d’un grand spécialiste de l’archéozoologie, science en pleine évolution, qui fait part de milliers de découvertes archéologiques, avec une multitude de détails, permettant d’explorer les interactions entre personnes humaines et non humaines, les animaux familiers, dans la préhistoire et l’Antiquité. De cette enquête passionnante, fruit d’ une archéologie concrète et vivante, il en apparait une synthèse très éclairante sur l’état de ces sociétés.





