Clarisse Le Bas, Ill. Ignacio Tillard, Actes sud
Clarisse Le Bas, historienne de l’art, herboriste et botaniste, travaille sur le lien qui unit l’homme aux plantes dans des enquêtes de terrain ou des recherches dans les textes anciens. Dans le préambule, Clarisse Le Bas écrit : « je suis entrée en botanique comme on entre en religion, intensément et avec discipline. Je suis devenue herboriste ». Un métier interdit qui ne fait que véhiculer un savoir animal acquis lentement par le monde animal. La première trace connue d’utilisation des plantes par l’homme remonte à 50 000 ans. Apprendre à reconnaitre les plantes est essentiel pour que les plantes fassent partie de nos vies. La cueillette des plantes réapprend le rythme des saisons. Les recherches ethnobotaniste permettent de retrouver les savoirs anciens montrant « des connexions à la nature où l’Homo n’est qu’une espèce parmi les autres ». Ignacio Tillard, architecte, illustre les textes de dessins botaniques extrêmement précis, « explorant la plante comme une architecture vivante ». Clarisse Le Bas communique son savoir et son expérience de terrain en trois grandes parties. « Le végétal », elle décrit les différentes phases : germination, montée de sève, débourrage, frondaison, floraison, les racines et la dormance, avec une grande précision, faisant référence à l’histoire de la botanique, à l’histoire de l’art, aux antiques conceptions, aux usages anciens, aux allégories, à la littérature, à l’imaginaire artistique… Elle donne de nombreux exemples de plantes, ne manquant pas en botaniste, de donner les noms latins, en situent les lieux de cueillette et cite les vertus médicinales. « Le saule est doté d’une force de vie exceptionnelle », il soigne les maux causés par le froid. Hildegarde de Bingen, au XX° siècle, recommandait de récolter les feuilles avant la floraison pour qu’elles soient encore riches de sucres, en « principes actifs… ». Les feuilles du peuplier sont recouvertes d’un exsudat orange riche en principes bactériens. Déjà au temps des Grecs anciens, Théophraste savait que les fleurs sont les organes sexuels des plantes. Puis la connaissance botanique a disparu. Carl von Linné fondera sa classification des plantes sur l’observation des fleurs. La fleur du millepertuis diffuse ses bienfaits dans l’hypéricine, un principe actif antidèprime qui donne une couleur spéciale à la préparation, appelée « huile rouge associée au feu qui soigne tout. Les Grecs anciens pensaient que le feu solaire transmettait aux plantes guérisseuses leurs propriétés médicinales. « Lavande vient de « lavare », elle nous lave de nos peurs… elle est associée au chakra de la spiritualité. La gentiane jaune peut vivre de cinquante à soixante-dix ans, grand tonique amer elle agit sur la sphère digestive. La dormance peut être longue : des graines de plus de 2000 ans ont été trouvées sur un site archéologique.
« L’humain », dans les traditions populaires, au siècle dernier, se retrouvaient des vestiges des visions cycliques de la Chine ancienne et de la Grèce antique. Clarisse Le Bas décrit la cosmogonie grecque où les dieux rythment les saisons et les cycles de vie des hommes. Le frêne est le premier arbre cité par Hésiode. Dyonisos le dieu protecteur des arbres était particulièrement célébré. Dans les bois de cyprès, de platanes, de chênes, d’oliviers était honorée Arthémis, la déesse de la fécondité… Dans la Chine ancienne, l’observation des souffles du ciel et de la terre rythmait l’ordre du monde et le cycle des saisons. L’homme trouvait toutes les informations nécessaires dans la maison du calendrier pour vivre en harmonie avec la faune et la flore. Un calendrier très précis, avec des divisions temporelles, permettait d’être « à l’écoute des détails du monde ». Suite au passage à une religion monothéiste, la vision du monde se simplifie. L’homme de la terre continue à être attentif au temps cyclique des plantes. Les jours s’égrènent sur un temps long, marqué par le carnaval, le carême, le lever des pléiades, le cycle de la Saint Jean, la Saint Michel, l’Avent et le cycle de Noël, où les plantes occupaient une grande place. Ainsi à la Saint Michel, « le fenouil était utilisé comme plante magique pour éloigner les forces du mal, on en fourrait les serrures pour éviter qu’elles ne pénètrent dans la maison ».
« Le corps et l’âme », pour préserver sa santé, on écoutait les savoirs ancestraux qui se transmettaient de bouche à oreille. Clarisse Le Bas a étudié la science du corps et la physiologie humaine pendant ses études d’herboristerie. Déjà Socrate recommandait de s’observer soi-même pour conserver une santé parfaite. Elle décrit à chaque saison ce qui se passe dans le corps et comment l’usage de plantes spécifiques nous aident à être en bonne santé. Ainsi l’ortie est une alliée parfaite du printemps. Le romarin utilisé en tisane, a des propriétés dépuratives du foie qui trop rendu, génère des inflammations. En été, le cyprès, riche en tanins et en huiles essentielles, est utilisé comme remède circulatoire. En automne, pour une cure reminéralisante, la prêle a de nombreux minéraux. En montagne, les racines de la gentiane, mises à macérer, permettaient de se préparer à la descente de la lumière. En hiver, la phytothérapie, pour fortifier l’organe de saison, le rein, recommande la sarriette qui tonifie le cortisol. En fin d’ouvrage, un glossaire botanique d’Akène à Xérophile et un des termes liés à la santé d’Alambicà à Vulnéraire. Bibliographie, articles, site et un index français et un latin.
Cette communication de savoirs ancestraux à l’écoute du monde nous rappelle combien nous devons être attentif au cycle végétal et à ses mouvements. Clarisse Le Bas, par ses connaissances approfondies d’herboriste, nous fait connaitre quelles plantes, selon les saisons, peuvent nous aider à être en bonne santé. « Il faudrait raviver nos mémoires anciennes pour que « le temps du végétal » soit de nouveau au cœur de nos vies !






