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Le peuple des humains. Sur les traces génétiques des migrations, métissages et adaptations

D’où venons-nous ? Que sommes-nous ? Où allons-nous ? Llouis Quintana-Murci, généticien, est un pionnier dans ses travaux sur la diversité du génome à travers les populations humaines et sa relation avec les maladies infectieuses. Il a été directeur scientifique de l’Institut Pasteur en 2016-2017. Il nous invite à une nouvelle lecture de l’histoire de l’Humanité grâce aux progrès des outils scientifiques en génomique et la découverte de vestiges fossiles permettant de dater les migrations. Les informations sont données avec une grande clarté en se référant aux différentes recherches et découvertes menées par des scientifiques du monde entier. Le point de départ est la théorie de l’évolution de Darwin à laquelle s’ajoute la découverte de l’ADN et la génétique des populations avec la connaissance de la diversité des génomes. Les données issues de l’ADN ancien ont fait surgir de nouvelles données à propos de l’homme de Néandertal et celui de Denisova. En 2010 le premier génome entier provenant d’un Néandertalien a montré qu’il ressemblait plus à celui des Eurasiens qu’à celui des Africains ! Les Eurasiens portent dans leurs génomes, en moyenne 2 à 3 % du matériel génétique provenant des Néandertaliens. Nos ancêtres se sont métissés avec les néandertaliens et autres espèces disparues. Grâce aux apports de la génomique, nous savons de mieux en mieux reconstituer l’histoire de l’Homo sapiens sortant d’Afrique, conquérant différents territoires en Europe, Asie, Océanie, Amérique. Nos gènes portent les traces des différentes rencontres : nous sommes des « métis ». Quand les premiers sapiens ont quitté le continent africain ? Quelles ont été les grandes étapes de peuplement de l’Europe ? Les populations actuelles de l’Europe sont le résultat d’un métissage entre trois composantes génétiques: les chasseurs-cueilleurs de l’ouest de l’Europe au mésolithique, les peuples fermiers provenant de l’Anatolie au néolithique et les migrations provenant des steppes de l’Asie centrale. Il est possible de reconstruire le passé migratoire d’une région ou d’un pays. Le peuplement du Pacifique est très singulier, impliquant les premières grandes traversées maritimes. D’abord, les hommes ne se sont pas lancés à l’aveugle car le niveau de la mer était inférieur au niveau actuel, ils voyaient les terres. Pour l’Océanie lointaine, ils sont allés au hasard naviguant sans carte ni boussole dans les mers du sud ! L’histoire du peuplement des Amériques est aussi unique ! Il faut constater, comme le dit Jean-Jacques Hublin, que l’Homo sapiens serait comme une espèce « invasive », là où il va, les autres espèces disparaissent ! « Nous sommes également le résultat de plus de 200 000 ans d’adaptation biologique à notre milieu ». Comment notre espèce s’est-elle adaptée à son environnement : aptitude au langage, couleur de peau, taille, résistance au manque d’oxygène… Un bel exemple de sélection positive est le gène de la lactase, responsable de la tolérance au lactose chez l’adulte. Des mutations sont constatées chez les populations dont le mode de vie est fondé sur l’agriculture. Quelles ont été les relations entre les hommes et les microbes ? Des éclairages nouveaux sont apportés grâce à la génomique. La génétique permet aussi de faire l’histoire de pratiques culturelles. Savez-vous qu’en étudiant l’expansion démographique de poux, on a pu dater à 100 000 ans l’apparition des premiers vêtements ? Les savoirs acquis ouvrent des perspectives nouvelles en médecine. L’avantage adaptatif acquis des Dénisoviens concerne par exemple l’adaptation à l’altitude des Tibétains. Les Néandertaliens ont transmis aux Européens des mutations clés pour les réponses immunitaires. Mais cet héritage est à double tranchant : un morceau d’ADN hérité de Néandertal serait aujourd’hui un facteur aggravant du Covid-19 ! Une médecine de précision pourra ainsi tirer avantage des dernières connaissances acquises en génomique. Les études vont continuer pour étudier une encore plus grande diversité humaine et voir comment notre espèce évolue sur plusieurs générations. Comme l’écrit l’auteur en conclusion, ce livre montre que « l’étude de la diversité de nos génomes permet de répondre à des questions capitales en anthropologie, en biologie de l’évolution, en histoire mais aussi et c’est important pour l’avenir, en santé humaine. Et que, sans diversité, sans différence, il n’y a pas d’évolution ni de progrès, et cela dans tous les sens du terme ».Très bien expliqué, cet ouvrage médiatise pour le grand public les progrès réalisés en génomique. Un bel exemple d’ouvrage de culture scientifique montrant l’interdisciplinarité des domaines scientifiques dans cette étude des migrations, métissages et adaptations des populations humaines montrant que nous sommes « tous des métis ».

Lluis Quintana-Murci, Odile Jacob

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