Fridtjof Paulsen est peu connu alors qu’il a été un héros ! Alexis Jenni, d’une plume alerte et très vivante, raconte, à la manière d’un roman, la vie de ce personnage qui, en fait, eu plusieurs vies ! Il est né en Norvège. Son enfance fut solitaire, « la forêt était sa seule confidente ». Très vite il se distingua en ski, il fut champion de ski de fond. Doué en tout, étudiant en zoologie, il fit un voyage d’études en Arctique ; il fut nommé au département de biologie marine et étudia le système nerveux. Il excella pour dessiner les coupes histologiques du cerveau, persuadé que « le vrai siège de la pensée était dans cet enchevêtrement de fibres ». Et pourtant il n’y a aucune trace de la thèse de Nansen dans l’histoire des sciences. Il travailla à Naples dans une station de biologie marine. Après avoir participé à une expédition de chasse sur un phoquier, il affirma que l’on pouvait facilement traverser le cœur inconnu du Groenland : il faut organiser une expédition de patineurs scandinaves. Six années plus tard, un Danois mécène subventionna l’expédition qu’il prépara méticuleusement. Au cours de cette expédition, est racontée, avec beaucoup de détails, leur rencontre avec deux Groenlandais qui leur firent connaitre leurs manières de vivre. Puis Nansen et ses hommes vont naviguer avec un groupe. Ils vont découvrir de gigantesques icebergs, entendre les glaciers vêler. Ils atteignent enfin la base de L’inlandsis. Leur périple va durer cinq semaines, trainant leurs traineaux, dans un grand froid sur l’immensité blanche… Ils vont réussir à atteindre le sommet. Ils avaient réussi un exploit : la traversée du Groenland. Au même moment Eiffel achevait la construction de la tour la plus haute ! Ensuite il accepta un poste à Londres, reconnu comme un « grand homme » ! Après son mariage avec une femme forte et sportive, il voulut aller au pôle Nord. Cette expédition fut une affaire Norvégienne dont Nansen, le grand Viking sûr de lui, assurait qu’il réussirait. Il demanda à l’explorateur Peary des informations. Il fit construire un bateau approprié qui fut mis à l’eau en 1892. Dans son récit de voyage, il emploie les mots invisibles et inexplorés pour décrire les paysages. En héros travaillé par la mélancolie, il parle aussi de beauté et de mort. Croyant aux principes universels, il se met en colère quand ils sont bafoués. Ils vont découvrir que l’Arctique est un véritable océan. Quand il s’aperçoit qu’ils ont rétrogradé, il se voit impuissant, estimant que la science est une illusion !… Désespérant d’attendre, il se demande s’il n’a pas gâché sa vie ? Il monta une expédition avec Johansen et des chiens mais c’est un échec, ils doivent retourner au bateau ! En avril, ils décidèrent de battre en retraite. Ce long retour prit fin le 17 juin. Ils rentrèrent en Norvège le 12 août. Tout le monde les croyait morts ! Nansen apprit que le bateau était arrivé en parfait état. Nansen, parti trois ans, fut acclamé comme un héros ! Il écrivit un livre « Le plus loin au Nord ». Avec sa femme, il entreprit une série de conférences en Angleterre et à Paris : « Quand un jour on se trouve devant Nansen, c’est comme si nous croisions le capitaine Nemo ou d’Artagnan dans la rue ». Il eut plusieurs enfants mais cela ne l’empêcha pas de toujours repartir. « Rien n’est lisse chez Nansen, rien n’est comme il veut le montrer… »! Suite à l’exploit de Louis Amédée de Savoie, n’étant plus l’homme le plus au Nord, il se chercha un autre rôle ! En 1906 il est nommé ambassadeur à Londres. Après la mort de sa femme, il rejoint ses enfants. Par la suite, en période de guerre, il voulut se rendre utile. Chargé à Paris d’un organisme qui venait en aide aux victimes de la guerre, en héros polaire, il en imposait ! Touché par la souffrance, il créa « le passeport Nansen » destiné aux apatrides laissés pour compte par l’effondrement des empires. Il reçut le prix Nobel de la paix. Comme dans toute sa vie, personnalité complexe aux multiples facettes, il se demandait pourquoi il recevait ce prix. Cette biographie d’un scientifique, explorateur hors norme, retraçant le contexte des expéditions en Arctique, et d’un diplomate qui sauva des milliers de vie à la fin de la guerre, est captivante !
Alexis Jenni, Paulsen (Poche)