Hugo Clément, Vincent Ravalec, Ill. Dominique Mermoux, Dargaud (BD)
Hugo Clément, journaliste, est très impliqué dans les questions environnementales. Il multiplie les interventions sous toutes les formes, écrite et télévisuelle, sur son média en ligne Vakita et les réseaux sociaux, pour alerter l’opinion sur l’urgence écologique. Il est connu pour l’efficacité de ses enquêtes. Sa bande dessinée porte sur « le paradoxe de l’abondance », l’agriculture n’a jamais autant produit de nourriture et les sols n’ont jamais été aussi dégradés. Il a consacré de nombreuses années de travail entre les enquêtes et la réalisation. Il remonte aux origines de l’agriculture pour comprendre comment on est arrivés là ! Il a parcouru la France pour enquêter sur les ravages de l’industrialisation croissante et ses conséquences sur l’environnement, la santé et le monde rural. Les aquarelles de Dominique Mermoux expriment au mieux le ressenti des vingt-cinq intervenants, permettent au lecteur de revivre les différentes périodes qui ont marqué l’évolution de l’agriculture et de comprendre les processus à l’œuvre par des schémas. « L’agonie des sols ». Depuis trente ans, Philippe Frutier photographie les parcelles vues du ciel et constate que les sols sont en train de mourir. Claude et Lydia Bourguignon ont tiré la sonnette d’alarme les années 1970. Les vers de terre ont disparu, de ce fait le cycle est rompu. Une carte de France montre que 89% des terres agricoles sont dégradées. Jonathan, un agriculteur bio confirme que les fertilisants utilisés pour produire plus détruisent le cycle naturel. Ils polluent aussi les points de captage d’eau potable. Yves-Marie Le Lay témoigne des morts survenus sur les plages bretonnes du fait de l’hydrogène sulfuré produit par les algues traitées par nitrates. Comment a-t-on pu en arriver là ? « Le premier sillon ». Les chasseurs-cueilleurs sont passés à la sédentarisation, ce fut une révolution. Les hommes ont vécu en harmonie avec la nature jusqu’à ce qu’un événement climatique change tout. L’homo Sapiens devient agriculteur. De nouveaux aliments ont entrainé des changements pour notre santé. « La dernière goutte d’eau ». Christelle Marlin, professeur d’hydrologie Paris-Saclay, date l’eau. L’eau est sous nos pieds depuis des millénaires mais elle n’est pas inépuisable. Pour faire face à la pollution par les nitrates, l’eau doit être traitée pour la rendre potable. Les pesticides s’ajoutent aux nitrates. Philippe Grandcolas alerte sur la disparition des insectes. Pauline Sevan, toxicologue, explique qu’un pesticide dangereux, le chlorothalonil, dépasse dans l’eau les taux autorisés. Du fait de changement de norme, des puits condamnés ont été rouverts ! Une inquiétante régression ! ». Antoine Foulu-Mion, éleveur et maraicher bio, témoigne de ses difficultés face à la baisse des ventes et de son découragement. Il y a un recul très net du bio. L’arrivée de labels trompe les consommateurs. Des tomates estampillés « HVE » sont en fait cultivées dans des serres chauffées et éclairées au néon pour que les légumes poussent plus vite. Le concepteur du « HVE » est furieux ! Remontons encore le cours du temps : « Une lente évolution ». Les civilisations ont perfectionné leurs techniques agricoles, la culture des céréales et la consommation du lait se développe. Au fil du temps, la culture excessive du blé domestiquera les hommes. « L’accélération de la vitesse ».Le maïs et la pomme de terre nourrissent davantage de monde mais provoquent de nouvelles dépendances. Le système Norfolk de rotation de culture, les progrès de la sélection animale, la mécanisation et l’agronomie annoncent l’industrialisation rurale. Emerge le processus de monoculture localisée et arrivent les premiers pesticides. Après la seconde guerre mondiale, l’arrivée du tracteur et de machines, le remembrement et les engrais de synthèse entrainent une mutation. Les petites exploitations disparaissent au profit de grandes fermes. « La terre devient une surface à rentabiliser ». Apparaissent les géants de l’agro-industrie. Actuellement il n’est pas trop tard pour changer : d’autres chemins existent ! »La voie lactée » Si on explore les fabrications de fromages, on s’aperçoit qu’elles concentrent « toutes les dérives de notre système agricole ». « L’agriculture régénérative n’est pas une utopie. C’est une stratégie économique réaliste pour restaurer nos écosystèmes et nos filières ». Hugo Clément rend compte de ses visites chez des agriculteurs qui ont des « initiatives heureuses » pour résister aux agro-industriels. Les pratiques agro écologiques permettent de restaurer les sols et la biodiversité. Il s’agit de placer l’humain au cœur des pratiques. Il faudra un accompagnement financier. « Transformer l’agriculture n’est pas une option : c’est une question de survie ». A nous d’agir « des combats à notre portée ». Face aux nombreux problèmes de notre environnement et de notre santé, il nous faut soutenir les agriculteurs résistants reconstruisant un circuit local et vertueux. Hugo Clément a bien fait de choisir la bande dessinée, alliance du récit et de l’image, pour restituer des années de travail et tendre concrètes les visites aux scientifiques et agriculteurs. Hugo Clément réussit son pari : démontrer qu’il y a urgence à effectuer des changements si nous voulons sauver les terres agricoles et le monde agricole.






