Aurore Gorius, Ill. David Lopez, Steinkis
Aurore Gorius est une journaliste experte dans les enquêtes d’investigation. Elle a été récompensée par le prix « éthique » Anticor pour ses enquêtes sur les lobbys et les réseaux d’influence. Le grand public a entendu parler des ravages causés par le glyphosate mais sait-il que des gens ont tout fait pour qu’il soit interdit et qu’ils n’ont pas réussi ? Anne Gorius a mené une longue enquête, pour raconter dans cette bande dessinée, illustrée des dessins réalistes et précis de David Lopez, pour nous révéler comment et pourquoi s’est forgé un des plus grands scandales sanitaires et politique de notre époque.
Au lendemain de la seconde guerre mondiale, l’agriculture intensive va se développer. Dans les années 1970, un nouveau produit, le Roundup, de la firme Monsanto arrive dans les fermes de Beauce, vendu comme désherbant. Auparavant, la Politique Agricole Commune (PAC) de l’Europe, avait déjà entériné l’augmentation de la productivité. Dans une ferme de Beauce, le fils veut produire plus et moins cher. Les agriculteurs pensent qu’ils ne peuvent pas se passer du glyphosate, principe actif du Roundup. Le syndicat des agriculteurs, la FNSEA, les mobilise contre l’étude de l’autorisation de vente du glyphosate par la Commission européenne. La bataille est dure car le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) en mars 2015, a classé le glyphosate « cancérigène ». Cela provoque la colère de Monsanto qui met en doute les conclusions scientifiques. Des victimes se font entendre. La famille Grataloup dont le fils est atteint de malformation, porte plainte. Elle remporte une première victoire, un lien de causalité entre la malformation et le glyphosate a été reconnu. Paul François, victime, crée l’association Phyto-victimes. Depuis 2020, 1 500 victimes ont été indemnisés. Comme le fait remarquer Corinne Lepage, seules les victimes professionnelles sont indemnisées. Alors que bien d’autres personnes dont des enfants en sont victimes. Depuis 2017, la France a interdit le glyphosate dans les espaces publics. La biodiversité est de plus en plus dégradée. Malgré tout cela, en 2017, le glyphosate est réautorisé par l’Union Européenne pour cinq ans et en 2023 pour dix ans !
Pourquoi le glyphosate est reconduit et encore reconduit ? Savez-vous que Monsanto s’est implanté à Bruxelles ? Tout le fonctionnement de la Commission Européenne est expliqué, en particulier l’action des lobbys et comment se passent les votes. Un député est épuisé par les pressions. Monsanto emploie des redoutables techniques d’influence. En 2023, deux chercheurs suédois ont montré que Monsanto a caché des données sur la toxicité. Marie Toussaint, députée vert, se bat pour la reconnaissance des écocides. Il existe des regroupements puissants pour défendre leur vision de la Communauté européenne. Les lobbys essayent d’intégrer des groupes d’expert pour participer à la rédaction de textes. Le lobby des géants de la chimie est capable de lancer des opérations d’influence à grande échelle afin de « fabriquer du doute et qu’ainsi, le grand public reste ignorant des effets néfastes du produit »
Comment la science est manipulée ? Il est rappelé comment ont agi les fabricants américains du tabac face aux dénonciations du danger des cigarettes. Monsanto pourra s’inspirer des techniques de manipulation. Une journaliste a fait une enquête sur l’industrie des pesticides. Des scientifiques signent des articles écrits par l’industriel, c’est « le ghostwriting ». Les scientifiques résistants sont assignés en justice. Des organismes mènent des expériences en agroécologie afin que des systèmes performants soient mis en place. L’INSERM a fait un rapport indiquant le lien avec les maladies mais l’EFSA, Autorité européenne de sécurité des aliments, affirme qu’il n’y a pas de danger ! Les scientifiques subissent des pressions, leur crédibilité et compétence sont remises en cause. La France est le pays d’Europe qui consomme le plus de glyphosate. En 2025, l’Europe pensait l’autoriser sans limite de temps ! Mais la mobilisation continue !
Dans cette bande dessinée, illustrée par David Lopez, Aurore Gorius dresse un tableau accablant sur les agissements d’un système redoutable au cœur des institutions européennes, qui arrive à contrer les démarches demandant l’interdiction du glyphosate, malgré les rapports accablants des scientifiques sur les dangers de ce désherbant, classé « cancérigène ». Un des plus grands scandales sanitaires et politiques de notre époque.





