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Jean Jouzel. Entretiens

Après une préface de Pierre Larrouturou, député européen, qui fait un bref historique du réchauffement climatique, Jean Jouzel nous raconte sa vie. Elle commence à Jauzé dans la ferme de son père, ce lieu restera un point de ralliement toute sa vie. De l’école au Lycée, il ne tarde pas à montrer toutes ses qualités. Comme ses parents souhaitent qu’il fasse des études courtes, il intègre l’École supérieure de chimie industrielle de Lyon. Il regrette un peu de n’avoir pas suivi la voie des grandes écoles. Il rentrera quand même à Ulm mais plus tard et d’une autre façon. Finalement, c’est la recherche qui l’attire depuis longtemps et il rentre au CEA de Saclay accueilli par Étienne Roth, chef des services des isotopes stables. Celui-ci crée le Laboratoire de Géochimie Isotopiques qui dispose d’un spectrographe de masse et propose à Jean Jouzel de faire une thèse sur la formation de la grêle. On commence à comprendre son itinéraire qui, avec sa formation de chimiste, va l’emmener assez vite à faire des découvertes majeures. C’est alors, en 1969, qu’il va rencontrer Claude Lorius. C’est lui, avec Liliane Merlevat, qui montre, grâce à l’analyse isotopique de la glace, « que plus il fait froid, moins il y a de deutérium ». C’est un « thermomètre isotopique » avec lequel on va pouvoir « reconstituer l’évolution passée du climat. » Cette idée avait été découverte dès les années 1960 par le Danois Willi Dansgaard avec la mesure de la teneur des neiges du Groenland en oxygène 18. En 1965, Claude Lorius, en observant dans son whisky les bulles émises de son glaçon issu de carottage, a l’intuition « que la glace pourrait contenir les archives de l’atmosphère. » La grande aventure des carottages en arctique et en antarctique commence. Jean Jouzel, après sa thèse, devient glaciologue au CEA. Entre 1979 et 2008, vont alors paraître pas moins de 27 articles remarquables dont 18 dans la prestigieuse revue Nature (3 articles en 1987 avec une couverture), qui pour la plupart ont sa signature et celle de Claude Lorius. Celle qui va prendre sa suite, Valérie Masson-Delmotte, apparaît en 2004. Cette aventure est contée avec une joie et un enthousiasme communicatifs, évoquant ses explorations, ses voyages et ses collaborations avec les équipes russes, américaines, argentines, australiennes, japonaises, chinoises et bien sûr européennes. Finalement c’est 800 000 ans du climat de la Terre, 8 cycles glaciaires, qui mettent en évidence le rôle du CO2 pour son effet de serre. Le discret Jean Jouzel n’est pas peu fier de sa médaille d’or du CNRS en 2002 puis en 2012 du prix Vetlesen et d’entrer dans le Petit Larousse illustré et dans le Robert illustré ?
Suit une chronologie du climat et le chapitre 3 « Trente ans avec le GIEC » . Jean Jouzel raconte son histoire, ses relations avec les politiques, ses rapports successifs auxquels il va participer pendant plus de 20 ans, de 1994 à 2015, les controverses, les climatosceptiques, le Nobel de la paix en 2007, les COP, les déceptions… La courbe de la figure 8 qui montre le lien des activités humaines avec le réchauffement est dans le 6e rapport. Un message, « Réduire les émissions mondiales d’ici 2030 » est possible, il faut agir. Suit une rencontre entre Léo Cohen et Jean Jouzel où est évoquée la convention citoyenne pour la transition écologique, 2019-2020. Jean Jouzel fait part de sa « plus profonde désillusion » et de ses vœux pour les futures conventions.
Le chapitre 4 est intitulé « Alerter sans relâche ». Il nous parle de ses relations avec les politiques et la haute administration. Une réflexion qui en dit long de la part du très conciliant Jean Jouzel parlant des énarques : « Ils ont le sentiment de détenir la vérité, de savoir prendre les bonnes décisions sans qu’ils sentent le moindre besoin de s’appuyer sur des avis consultatifs ». Il est aussi très sévère avec le président Macron qui « tourne le dos à ses engagements ».
En conclusion « Oui il faut agir. Chaque dixième de degré compte ». Pas effondrement mais « Je nous vois griller à petit feu ». Un ouvrage à lire et à relire.

Paul Goupil, Éditions Ouest-France

5/5
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