Luc Truntzler, Thomas Rajeau, Dunod Graphic (Dunod Graphic)
Dunod Graphic publie une nouvelle BD sur un sujet brûlant et polémique. A travers le récit de Natacha et Paul qui passent un été chez leur grand-parent Arix, ancien expert en informatique, les divers développements de l’IA jusqu’à ce jour sont exposés avec quelques ouvertures vers les dernières tendances. Les mécanismes algorithmiques de base sont expliqués de façon pédagogique y compris les idées sous-jacentes – souvent d’ordre biomimétiques. Le graphisme, dans des teintes douces, est agréable, avec des touches d’humour et d’émotion, les textes des vignettes et les dessins se complètent bien.
De façon heureuse, les sujets polémiques ne sont pas évités. Ils sont traités avec équilibre. Les cinq grands dangers identifiés de l’IA – les biais, l’inexplicabilité, les « hallucinations » (propositions avec force assurance, par l’IA, de réponses fausses indétectables par le non spécialiste), la propriété intellectuelle non respectée et enfin l’environnement – font l’objet de discussions approfondies. Si les trois premiers sont sur une voie d’amélioration sans pour autant être éliminables complètement, les deux suivants sont encore loin d’être solutionnés : la RGPD et l’IA Act européen sont des première tentatives fort récentes et limitées à la seule Europe; quant à l’environnement, quelques rares outils sont en développement – Green AI peine tout de même à démontrer qu’il est plus qu’un slogan – et les règlements sont absents. Le risque que l’humain se trouve débordé par la machine est donc majeur et le rôle de l’éducation est centrale comme le soulignent les auteurs. Cette BD est un jalon dans le progrès de cette éducation pour que l’humain, surtout les dirigeants politiques, scientifiques (sciences « dures » et SHS) et économiques, exerce en permanence son esprit critique (de tous ces « progrès » quels sont les seuls utiles au bien-être de l’humanité, celle-ci ne pouvant se passer d’un planète saine) et « refroidisse » un moteur en surchauffe. De ce dernier point de vue, l’auteur semble persuadé que l’IA – pourtant fondée sur des algorithmes comme la machine de Türing – n’a pas de limite alors que, mathématiquement déjà, il existe des fonctions qui ne peuvent se réduire à des algorithmes. L’IA n’est pas intelligente comme un humain peut l’être et la réflexion essentielle à avoir est celle de concentrer l’humain sur les tâches – non réductibles à des algorithmes – qu’il restera le seul à pouvoir faire. Ce devrait être au cœur des réflexions des dirigeants politiques pour choisir les bonnes orientations. Apprendre de toute la littérature antérieure à Marcel Proust ne peut suffire à générer À la recherche du temps perdu, cela devrait suffire à persuader tout un chacun qu’il y a bien, en tout, un domaine à réserver à l’humain et à faire en sorte que nul humain ne devienne esclave de la machine.
Ce livre est facilement lisible et abordable par tout public, en particulier le jeune public adolescent dans le secondaire. Il expose les problématiques pratiques posées et suscite des pistes de réflexions. C’est une bonne entrée en matières qui ne fait pas l’impasse sur le nécessaire esprit critique à exercer plutôt que de foncer tête baissée dans le « progrès ».







