Camille Étienne, Les Arènes
Camille Étienne, diplômée de l’université d’Oxford, a créé l’association « Projet NK » qui alerte sur la santé environnementale. Pendant trois ans, Camille Étienne a mené une enquête scientifique et citoyenne, menée avec de nombreuses personnes dont des chercheurs, des membres de collectifs engagés, des journalistes et avocats, sur le plus grand empoisonnement silencieux de notre siècle. Le nombre de cancers n’a fait que s’accélérer : entre 1990 et 2019, environ de 80% dans le monde. Les maladies neurodégénératives dont celle de Parkinson, ont aussi beaucoup augmenté. On constate une perte de la fertilité masculine. Est-il possible de comprendre ce qui se passe et ainsi de pouvoir agir ? Camille Étienne raconte comment elle a découvert les PFAS. En 2022, un rapport « inquiétant », à Bordeaux, parait sur la dangerosité des PFAS. Suite à la vision du film « Dark Waters », elle se demande pourquoi, s’ils ont été interdits en France, un député, Nicolas Thierry, réclame une loi sur les PFAS ? En fait, il y a « entre 10 000 et 7 millions de structures pouvant être définies comme des PFAS. Camille va consulter de nombreux documents pour comprendre ce que veut dire « persistant ». Elle comprend que ces petites molécules, au moins un atome de carbone lié au fluor, sont hautement toxiques. Inventé aux Etats-Unis, le téflon suite à une découverte d’un ingénieur Français, sera commercialisé sous la marque Tefal. Un chimiste du CNRS lui explique qu’en fait l’industrie chimique américaine a inventé une famille de molécules dont la stabilité n’a pas d’équivalent dans la nature : une liaison incassable ! Persistants, les PFAS ne sont pas éliminés dans l’environnement, ils s’accumulent dans les organismes vivants et en plus ils sont volatiles.
Camille Etienne reconstitue leur histoire, en expliquant comment les PFAS, n’ont pas été interdits mais multipliés. Ils existant partout dont le secteur cosmétique. « Les polluants éternels » s’infiltrent partout, dans l’eau, dans le sous-sol… Il est bien difficile de savoir par quoi chaque PFAS interdit a été remplacé. Elle contacte Stéphane Horel qui a fait une grande enquête sur les PFAS dans Le Monde en 2023. Une équipe sur plusieurs pays est formée pour localiser les sites contaminés : les usines, les sites présumés contaminés et quelles quantités de tel PFAS ont été détectées en Europe. C’est effrayant ! Elle se rend dans la vallée de la chimie, sur l’un des plus grands sites contaminés de France. Des habitants se sont déjà mobilisés car « les taux de PFAS dépassent l’entendement ». 250 victimes seraient contaminées ! Tout est fait pour empêcher la circulation de l’information. Pour attirer l’attention, il est demandé à des célébrités de couper une mèche de leurs cheveux. Un film sera réalisé « Toxic Bodies : comment l’industrie nous empoisonne. En avril 204, a lieu le débat sur la loi sur les PFAS. La loi modifiée sera adoptée en avril 2024. L’industrie se mobilise, « les lobbies s’activent à grande échelle pour défendre les PFAS ». Camille Étienne se rend au parlement européen pour constater comment les lobbies agissent. Tout est orchestré, les arguments scientifiques sont déformés… Les industriels de la chimie profitent des failles de la réglementation européenne. Et pourtant REACH, la réglementation en vigueur, est qualifiée de la plus ambitieuse au monde ! Il faut savoir que ce sont les industriels eux-mêmes qui analysent leurs produits et leurs études ne sont pas vérifiées ! Elle rencontre des chercheurs, menant des études sur les PFAS, dans leur laboratoire à Stockholm puis à Copenhague. Quels sont les seuils qui garantissent la non toxicité ? Y-a-t-il des doses si faibles qu’elles ne peuvent pas nuire ? Il faut comprendre que « la dose ne fait pas le besoin ». Une faible dose de bisphénol A répétée est toxique. Les notions de temporalité et de juxtaposition de molécules sont à prendre en compte. Le constat est sévère : « Nous sommes quasiment seuls face aux industriels et aux substances qu’ils créent en toute impunité » ! Suite à des rencontres à Amsterdam au sujet des pouvoirs publics, elle constate que ceux-ci sont souvent lents à réagir. Ils en savent moins que les industriels et les intérêts économiques comptent plus que la toxicité. Aux Etats-Unis, les Monsanto Pepers ont permis de rendre publics des documents gardés secrets. Monsanto savait que le Roundup est toxique. A Oxford, elle s’intéresse à l’histoire des sciences et techniques, en particulier celle de l’industrie fossile. « Le capitalisme fossile » est la multiplication de polluants chimiques, conséquence d’un système économique installé depuis le XIX° siècle. Comme dans son livre précédent, Camille Étienne constate à nouveau que « la sortie des énergies fossiles est une urgence vitale pour lutter contre le réchauffement climatique, mais aussi contre la pollution chimique ». Savez-vous que la France, en 2025, est le septième plus gros exportateur de pesticides interdits en Europe ? Au Brésil, en novembre 2005, au sommet des Peuples de Belém, elle est bouleversée en voyant l’ampleur des dégâts dus aux produits toxiques.
Rentrée en France, elle est accusée de diffamation par Tefal ! Dans son entourage, de nombreux cas de cancer… Il faut apporter la preuve de la contamination chimique ; Comment procéder ? Comment une substance chimique peut provoquer une maladie ? Quels PFAS étudier ? Quelles disciplines sont concernées ? Comment rendre compte de l’« exposome » d’un individu ?
Comment l’industrie chimique façonne la recherche ? Assistant à une conférence de la SETAC, elle est « atterrée par la puissance titanesque des lobbies industriels sur les régulateurs ». Les chercheurs lui font part des pressions exercées sur leurs travaux par l’industrie qui les finance. Camille Étienne veut créer un atlas de l’exposome : une carte de France superposant les maladies à leurs facteurs de risque environnementaux. Ce sera un long et difficile travail. Parmi les registres, existe le registre des malformations congénitales. Emmanuelle Amar, fait part de ses recherches suite à la naissance des bébés sans bras. Le doute, faute de preuve probante, triomphe toujours !
Camille Étienne démontre comment la classe chimique a empêché la politisation des maladies, en citant des exemples concrets en agriculture et viticulture. Pourquoi, alors que les effets nocifs sont connus, continue-t-on, à utiliser autant de pesticides ? Le nombre de cancers professionnels ne fait qu’augmenter ! Des chercheurs présentent leurs recherches vis-à-vis de scandales dont celui de l’amiante.
Dans sa conclusion, Camille Étienne, redit sa volonté de montrer, dans cet ouvrage, « comment l’industrie chimique… a pu se créer un empire sur le dos de nos corps, sur le dos de nos vies ». Pendant que des malades essayent de prouver leurs préjudices, des substances toxiques par milliers sont déversées. Les instances de régulation européennes et françaises ne sont pas à la hauteur pour faire face à ce scandale sanitaire. Elle espère que son ouvrage contribuera modestement à résister, à faire reconnaitre une maladie professionnelle et à dénoncer une firme polluante.
Camille Étienne a réalisé un extraordinaire travail d’enquête auprès de scientifiques, associations, malades pendant trois ans dans différents pays. Son constat est alarmant ! Dans un récit captivant, elle retrace comment s’est installée cette emprise de l’industrie chimique sur nos corps en expliquant les rouages de la réglementation européenne et en citant des travaux de chercheurs, des compte-rendus de colloques, des réactions de firmes et de politiques avec pour seule réponse la valorisation du « doute », les combats de victimes qui doivent prouver la cause de leurs problèmes de santé. Toutes ces informations scientifiques et ces témoignages nous alertent et nous incitent à être aux côtés de ceux qui mènent le combat contre ce scandale sanitaire, cette contamination chimique, le facteur X.





