Dorothée Adam, Ill. Pierre-Yves Cezard, Delcourt (BD)
Dorothée Adam, réalisatrice spécialisée en sujets scientifiques et Jean-Louis Étienne, « figure emblématique de l’exploration », partent en mission, à bord du Persévérance, en Antarctique. Pierre-Yves Cezard, pour marquer différents temps du récit, utilise trois sortes d’illustrations : des dessins précis qui vous immergent, au cours de la mission, dans les paysages de glace et sur la faune ; retour, dans les teintes sépia, de missions effectuées par les deux héros et dessins pleins d’humour, sous forme de dialogues avec le plancton, sur les découvertes et les rêves de Dorothée.
Noan, ingénieur, spécialiste du plancton, les accompagne, avec son propre matériel scientifique. Sont rappelées les grandes expéditions de Jean-Louis, voyage de plusieurs années avec son bateau Antarctica, conçu pour résister à la neige, traverser l’océan Arctique en ballon hybride hélium et air chaud, conception d’une station scientifique dérivante capable de résister aux tempêtes futur Polar Pop et en attendant des missions à bord du Persévérance qui sera le futur navire ravitailleur de la station. Cette mission est une mission de science participative de collecte de planton, suivie par des centaines d’élèves.
Noan leur montre, dans de l’eau de mer prélevée, avec son « curiosity microscope », ce qu’est le plancton. Dorothée discute avec Jean-Louis pour qui « il faut absolument aller au bout de ses envies, ne pas les lâcher… ». Il raconte comment il est arrivé à être médecin. Cela interroge Dorothée sur son parcours. Le lecteur participe à la vie à bord, en particulier lors du passage très difficile du Drake. Noan leur apprend les trois choses essentielles à connaitre sur le plancton : il fournit la moitié de l’oxygène disponible sur notre Planète ; il est à la base du réseau alimentaire océanique et il régule le climat en absorbant le CO2 de l’atmosphère.
Ils arrivent en Antarctique, les icebergs, les manchots papous… très belle illustration de Pierre-Yves Cezard représentant les éléphants de mer. Dorothée fait part de son attirance pour la glace et sa joie de voir des icebergs. Jean-Louis raconte comment l’appel du pôle a été une évidence. Les dessins couleur sépia nous retracent son parcours au Nord du Canada par moins 48°. De même l’épouse de Jean-Louis raconte une mission à Clipperton pour faire l’inventaire de la biodiversité. Noan est inquiet, il ne trouve pas le zooplancton…Dorothée s’interroge sur ses rêves. Sur le terrain, Dorothée filme le vêlage d’un glacier, le krill… Jean-Louis évoque sa traversée de l’Antarctique dans le but d’attirer l’attention sur la protection de l’Antarctique. Dorothée admire le planction qui lui fait penser à de l’orfèvrerie. La vie à bord n’est pas toujours facile. Jean-Louis affiche un texte où il appelle chacun à profiter de « la lente traversée de l’océan qui donne du relief à l’essentiel ». Dorothée l’avoue, maintenant « elle est simplement la femme que je suis ». Jean-Louis se rappelle une expérience au sein du Polar Observer, un programme de mesures et d’informations sur le réchauffement climatique. Il a compris que la banquise « respire, dérive et s’amincit … et que cette région du globe se réchauffait plus vite que partout ailleurs ». Lors d’une visite à une base Ukrainienne, Noan apprend pourquoi il ne trouve pas de zooplancton. Il se fait disputer par le plancton qui le prévient que suite à la prolifération des algues, leur milieu est en danger ! Jean-Louis redit à Dorothée d’accorder du temps, du travail et de la persévérance à ses rêves. Tous se demandent si le plancton ne leur donne pas une leçon : « Habiter la Terre sans chercher à la tenir ». En fin d’ouvrage, un carnet de voyage avec des photos de l’expédition : un album photo de Jean-Louis Étienne, sa jeunesse, la mission au Pôle Nord, Transantarctica, voilier polaire Antarctica, Clipperton, Erebus, Groenland, Mission banquise, Traversée de l’océan arctique en ballon et l’Expédition janvier-février 2024. Reportage sur le plancton. L’Antarctique menacé. Et en conclusion les paroles de Jean-Louis : « le voyage transforme, je deviens le personnage de ma vie ». Cette bande dessinée écologique est d’une grande richesse. A travers le travail de terrain d’une équipe de scientifiques en Antarctique, nous sont apportées plein de connaissances scientifiques, en particulier sur l’importance du plancton. La présence de Jean-Louis Étienne, ce légendaire explorateur, est l’occasion de mieux connaitre tout le travail accompli lors de ses différentes missions. Enfin, ce long voyage, est l’occasion, sous forme d’un dialogue entre la réalisatrice en quête de sens et l’explorateur qui a toujours poursuivi ses rêves, d’aborder des questions essentielles, comment réussir sa vie, en accordant ses choix de vie à ses rêves ?







