Enki Bilal, Casterman (BD)
Bug est une œuvre magistrale, sur une dizaine d’années, d’Enki Bilal qui a commencé dans le livre 1, le 13 décembre 2041 quand tous les liens d’internet ont disparu et qu’un un seul homme, Kameron OBB, porte en lui la mémoire de l’humanité. L’univers graphique d’Enki Bilal, talentueux dessinateur visionnaire reconnaissable entre tous, dans les teintes de gris et bleue, est envoûtant. Il met son art au service d’une réflexion sur les menaces qui guettent notre société, sur le « dataïsme » nouvelle religion du tout numérique expansif. Dans ce livre 4, Kameron OBB, contaminé par le dédoublement du Bug, voit sa santé mentale défaillir : Il semble qu’une entité pareille à un dieu, prenne possession de son esprit. « Il me disait que ce que je voyais était dans l’intérieur de mon cerveau… ». OBB vient (Nous venions) d’échouer à Lampedusa. Du fait de son savoir sauvegardé, il a pu réparer l’eau et l’électricité de l’hôpital… Au même moment, sur la planète Mars, une fille oubliée, ne reçoit aucune réponse à ses messages … A Liverpool, a lieu un sommet pour la reconstruction du monde sans numérique. Le monde entier se met à sa recherche. En Sibérie tsariste, un homme est envoyé à Lampedusa. A Paris, est décidée une intervention des forces spéciales. A Lampedusa, l’inquiétude est grande car le bleu d’Obb peut susciter une dangereuse contamination ! Obb est transporté à l’hôpital. Son état s’aggrave. Dans des scènes semblables à des tableaux surréalistes, le bleu et le rouge s’affrontent dans un univers en proie au mal et au bien. « C’est un monstre, je le sais, mais je lui suis soumis sans restriction ni révolte. Pire : je suis en admiration ». Et si c’était Obb qui déclenchait des incendies criminels en chaine, qui est le CHAOS qui a frappé l’Europe ? Horreur : OBB ne reconnait pas son ami… « je n’en éprouve aucune émotion…juste la conviction d’avoir quitté enfin l’insuffisante condition humaine ». Figure tourmentée d’OBB : « Car je suis le MAL sur l’Europe !… Le Mal qui apaise et fait du bien ». OBB les emmène dans un sous-marin accompagné de murènes bleues. Est-ce bien réel ? Combattre le mal par le mal, le bleu par le bleu, une goutte de murène en guise de vaccin ? Un sous-marin en lévitation ? CHAOS sur Terre provoqué par la réactivation de processus numériques complexes que seul OBB possède ! Le bug du mal, double de celui qui me squatte, se désintègre… Œil rouge saisissant « je le vois me voir » … La question des codes est au premier plan, New York, le Vatican menacés… Kameron OBB a envoyé une déléguée pour « inverser le cours de certaines catastrophes à venir ». Le MAL est-il entre les mains de l’intelligence artificielle… ou l’inverse ? Ce quatrième volume est sublime, hors des normes habituelles de la bande dessinée, avec des clins d’œil à d’autres œuvres de Bilal. Par ce dédoublement du bug, Bilal alerte sur un monde humain sous entière dépendance du numérique. « La science-fiction est dépassée, ce qu’on vit aujourd’hui c’est de la science réalité ».






